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avaient conquis, pour la plupart, cette indépendance municipale, dont, protégéesparleursituation maritime, les villes de Venise, de Gênes et de Pise étaient depuis longtemps en possession. Ce mouvement d*émancipation, qui commençait de gagner les villes de Toscane et dont on trouvait alors l'analogue en Franco dans Tinsurrection communale, gagna aussi les Romains, qui, à leur tour, voulurent se rendre libres. Un différend survenu entre eux et Innocent au sujet des Tiburtins dont ils avaient eu à souffrir les incursions, et contre ' lesquels le pontife refusa de sévir, fut l'occasion qui détermina la révolte. Ils se rassemblèrent en tumulte dans les ruines du Capitole, et, s'inspirant à la fois de l'exemple des villes libres de l'Italie et des souvenirs de l'ancienne République romaine, rétablirent le sénat qui depuis des siècles avait cessé d'exister *. Telle fut du moins la dénomination qu'ils donnèrent à un conseil dont les membres, élus annuellement par le peuple, devaient désormais gouverner la cité *. C'était ouvertement attaquer la papauté dans sa puissance temporelle.
Cotte entreprise des Romains, qui succédait d'une manière aussi inattendue aux difficultés du schisme, surprit d'abord Innocent, qui essaya de s'y opposer par les promesses et les menaces. Ce n'est pas que le maintien de sa souveraineté temporelle lui parût indispensable au libre exercice de son pouvoir spirituel. De même qu'on ne croyait pas alors que les évêques eussent besoin de leur seigneurie temporelle pour exercer avec indépendance leur autorité ecclésiastique
1. « In Gapitolio conTenientes, antiquam urbis dignitatem renovare eupientes, ordinem senatorum, qui jam per multa curricula temporum deperierat, constitaunt. » Otto Frising. Chron. 1. VII, c. 27. L'on doit noter toutefois que les noms de ténateura, de consuls avaient survécu à Rome aux anciennes institutions et y désignaient en général les nobles Romains. Le nom de sénat était donné aussi à certaines assemblées de la noblesse. Mais aucune constitution ne régissait ces assemblées ; et c'est ainsi que le sénat établi en 1143, et dont la composition était d'ailleurs essentiellement démocratique, a pu être considéré comme une nouveauté par les contemporains. Voir Gregorovius, Storia di Roma, t. IV, p. 521-533.
2. Pour l'historique de cette révolution, voy. ^Gregorovius, ibid., t. IV, p. 515 et ss.
dans leurs diocèses, on no croyait pas davantage qu*il fût nécessaire aux papes d'être princes pour gouverner TÉglise. Mais, à Texomple des pontifes qui Tavaiont précédé, Innocent voyait dans « la seigneurie séculière de Rome » un legs fait au saint-siège par la pieté de Constantin; et, sans considérer ce qu'il y avait là de préjudiciable au caractère de la papauté ou de contraire à sa mission, il entendait ne pas laisser perdre un héritage « qu'avec la permission de Dieu, disait-il, rÉglise romaine avait conservé durant un si grand nombre d'années ^ » Néanmoins toutes ses tentatives pour ramener les Romains demeurèrent infructueuses. Atteint par la mort au milieu de ces agitations qui n'avaient pas été sans accélérer sa fin, il expira à Rome le 24 septembre 11*3, laissant à ses successeurs le soin d'arrêter dans ses suites une révolte dont il n'avait pu triompher.
i. « PrsBvideas ne forte ecclesia Dei, quœ per multos annos secularem urbifl honorem a Constantino sibi traditnm potentissime habuit, bac occasioDe perderet... » Otto Frising. ibid.
GÉLESTIN II, LUGIUS II, EUGÈNE III.
Malgré le trouble qu'avait jeté dans l'Église romaine ce premier essai de restauration républicaine, il eut du moins ponr résultat d*empêcher le retour des divisions qui avaient signalé Tavéncment d'Innocent. En présence du danger qui menaçait le saint-siège dans ses prérogatives temporelles, les cardinaux n'eurent garde de se désunir, et, deux jours après qu'Innocent avait expiré, ils élurent tout d'une voix le cardinal Gui de Castello, sous le nom de Célestin II ^ Le nouveau pape, dont l'un des premiers actes fut de lever l'interdit qui pesait sur les domaines du roi de France ^, n'eut pas le temps de concerter les mesures qu'il était sans doute disposé à prendre contre les Romains. La mort Tenleva après cinq mois de pontiflcat, le 9 mars 1144. Les cardinaux désignèrent avec une égale hâte et un même accord un autre de leurs collègues, le cardiniil Gérard, qui adopta le nom de Lucius II '. Le