Lucius II fut sacré le 12 mars
mouvement auquel Innocent avait tenté en vain de s'opposer, et qui avait persisté sous le pontificat de Célestin, prit un caractère plus décisif à l'avènement de son successeur. Arnauld de Broscia, qui en 1139 s'était vu obligé de .quitter r Italie, y était rentré quelque temps après la mort d'Innocent. Dans les divers lieux où il avait passé son exil, il avp.it continué, malgré les défenses du saint-siège, ses mêmes attaques contre les richesses et le pouvoir temporel du clergé K Selon toute vraisemblance, des rapports s'établirent alors entre lui et les Romains, qui, s'appropriant ses doctrines, poursuivirent leurs revendications et au nom de la liberté et au nom de la religion ^. L'institution du sénat, dont ils achevèrent de régler les attributions, et qui fut composé de cinquantesix membres, ne suffit pas à leyrs vues d'indépendance. Ils créèrent, sous le titre de patrice de Rome, un magistrat qui devait représenter la majesté de la nouvelle république et auquel ils jurèrent obéissance; et, comme pour n^ieux marquer leur scission avec le chef de TÉglise, ils portèrent à cette dignité un frère de l'antipape Anaclet, du nom de Jourdain ^ Ils allèrent ensuite trouver le pontife et le sommèrent de renoncer à lous les « droits régaliens » dont il jouissait « ^
1. s. Bernard, ep. 195. 196. — Olto Frising. De gest. Frider. h II, c. 20. — Historia pontificalis» c. 31 (Pertz. ss. t. XX, p. 337).
2. On ij?nore à quelle date précise Arnauld de Brescia rftTint en Italie. 01lon de Freisingen, loc. cit., se borne à dire: u Gomperta morte Innocentil» circa principia pontificatus Eugeiiii pestifer Amaldus Romain ingressijs. >> Près de dix-sept mois s'étant écoulés entre la mort d'Innocent et l'avénement d'Eugène III (13 février 1145), il est à croire qu'Arnauld n'attendit pîls jusque-là pour rentrer en Italie et aller ensuite à Rome. L'aut§ur.de VHisioria pontificalis dit en des termes un peu plus explicites : « Exinde (Arnaldus) post mortem Innocentii reversus est in Italiam »; et il ajoute qu'avant d'aller à Rome Arnauld s'arrêta à Viterbe où était alors Eugène. Quant aux rapports qui se seraient établis à ce moment entre lui; et les Romains, ils nous semblent résulter d'un double fait : d'une part, les Romains, en exigeant de Lucius II qu'il abandonnât ses prérogatives temporelles et se contentât des oblations et des dîmes, reproduisaient visiblemen. les idées d' Arnauld ; d'une autre part, le rôle important que, sous Eugène lïl, paraît prendre Arnauld dès son arrivée à Rome, s'expliquerait difficilement si des relations antérieures avec les Romains ne l'eussent déjà. prép?iré. ^
3. C'est dans l'automne de 1144 qu*(nit lieu cette institution du.patricjat Gregorovius, Storia di Roma, t. IV, p. 563, note 1.
Romo et hors de Rome », déclarant que ces droits appartenaient au patrice et que le pape devait se contenter, comme ses plus anciens prédécesseurs, des oblations et des dîiVies ^ Pour la deuxième fois, était soulevée la question du pouvoir temporel de TÉglise. La première fois, c'était un pontife, Pascal II, qui, pour ramener le haut clergé à des mœurs plus conformes aux lois de l'Évangile et l'affranchir de la sujétion des souverains séculiers, avait voulu déposséder Tépiscopat de ses régales; aujourd'hui c'était le peuple romain qui, alléguant tout ensemble ses droits à la liberté et les traditions de l'ancienne Église, exigeait du pape l'abandon do sa souveraineté temporelle. Comme la première fois aussi, une révolution dans l'état général de l'Église pouvait naître de ces événements. Si la papauté, cédant à l'exigence des Romains, en eût résolument accepté les effets, nul doute que la constitution du haut clergé ne se fût peu à peu modifiée, comme la papauté se fût elle-même insensiblement transformée si, au temps de Pascal, les évoques eussent consenti à se dessaisir de leurs régales. Mais, à l'exemple d'Innocent, Lucius II ne voulut pas abandonner un pouvoir que lui avaient transmis ses devanciers. Il se refusa à la renonciation que le peuple exigeait de lui et n'hésita pas à employer la force pour sauvegarder des droits qu'il considérait comme légitimes. Il écrivit à Conrad, qui était enfin parvenu à imposer son autorité en Allemagne, et lui demanda d'aider le saint-siège à remettre les Romains sous son obéissance ^. Sans attendre les suites de cette démarche, le pontife, qui, dès son avènement, avait cherché dans la noblesse un appui contre les rebelles ', se porta en armes au Capitole où siégeait le sénat et voulut l'en chasser*. Cette hardiesse lui fut fatale. Repoussé par le peuple
1. cDeinde pontiflcem adeunt ac oisnia regalia ejus, tam in urbe qnam extra posita, ad jus patHcii reposcant, eumque more antiquoruin sacerdotum de dpcimis tantum et oblationibus, sustentari oportere dicentes. >^ Otto Frising. Chron, 1. Vil, c. 31.