Baron, anno !145. n
3. Eugène resta éloigné de Rome jusque Ters la fin de décembre 1145, et. dans cet intervalle, résida près de huit mois à Viterbe.
4. Selon l'auteur de VHistoria pontificalis^ Arnauld, revenu en Italie après la mort d'Innocent, aurait d'abord été à Viterbe faire acte d'obéissance à Eugène et de là se serait rendu à Rome, où il aurait attaqué publiquement dans ses discours le saint-siège et le haut clergé. Mais, outre qu'Otton de Freisingenne dit rien de cette entrevue avec le pape, il n'est guère admis Bible qu'Ârnauld eût fait auprès d'Eugène une démarche qui lui eût aliéné les Romains, et qui était en si complet désaccord avec sa conduite ultérieure.
5. « NihU in dispositione urbii ad romanum spectare pontiûcem, sufficere tibi ecclesiasticum judicium. )) Otto Frising. De gesL Frider, 1. II, e. 20.
de rebâtir le Capitole en lui rendant sa splendeur, de rétablir, à côté du sénat, Tordre illustre des chevaliers, de faire revivre en un mot les antiques et glorieuses institutions avec lesquelles les premiers Romains avaient vaincu Tunivers *. Excité par ces discours, le peuple se répandit dans la ville, voulut contraindre^tous les principaux citoyens à faire acte de soumission au patrice Jourdain, et pilla ou détruisit les palais des cardinaux et de quelques nobles qui s'opposaient au régime établi*. Informé de ces désordres, Eugène, qui était en ce moment à Viterbe, lança une sentence d*anathème contre Jourdain et ses partisans. Il ne se borna pas aux sévérités ecclésiastiques. A Taide de troupes que lui avaient fournies les Bdèles habitants de Tibur, et que vinrent renforcer les nobles des environs, il pénétra dans Rome, au mois de décembre 1145, et contraignit les Romains à accepter un traité par lequel le patriciat était supprimé et la dignité de préfet rétablie. Il est vrai que le sénat était conservé, mais à la condition que, tout en étant élu par le peuple, il reconnaîtrait tenir son autorité du pape ^. C'était un premier coup porté à la nouvelle république.
Eugène n'avait ni la fermeté impérieuse, ni l'esprit entreprenant que semblait indiquer sa conduite à l'égard des Romains. D'un caractère doux et humain, il joignait à une modeste simplicité une piété vive et profonde. Il avait été moine quelque temps à l'abbaye de Clairvaux sous la direction de Bernard, dont il s'était fait estimer et chérir. Connaissant ses vertus, les hommes pieux, qui eussent voulu les mœurs du clergé plus pures et le saint-siège plus attentif à en réprimer les écarts, avaient salué son élévation comme un bienfait pour la religion. « L'Église a raison de se réjouir, lui écrivait, quelques mois après son avènement, Tabbé de Clairvaux. On espère de vous plus que d'aucun des papes