s. Bernard, ad Romanos* ep
2. S. Bernard, ad Gonridam regem ep. 244. Ni dans cette lettre à (Jlanrad, ni dans la lettre aux Romains, Bernard n'abor do ouvertement la question du pouvoir ti^roporel du saint siège. Il croyait sans nul doute, comme ses contemporains, à Tauthenticité de la donation de Constantin. Mais il ressort de l'ensemble de ses écrits et, en particulier, de son traité De la considération qu'il était au fond défavorable à ce pouvoir. On peut en dire autant de Géroh de Reichesberg qui, dans son ouvrage De edificio Dei (c. 27, Migne t. 194, p. 1265), cite ce mot de S. Paul, cité aussi par Bernard dans son traité De la Considération : « Nemo militans Deo implicat se negotiis secnlaribus. i>
constitution de Rome et des cités lombardes et par les progrès envahissants du roi de Sicile. Dans ces dispositions, il eût vraisemblablement répondu aux sollicitations de Bernard et porté un plus grand ébranlement à la république romaine, si des événements, qui se passaient en ce moment en Terre sainte, no l'eussent arrêté dans l'accomplissement de ses desseins. La ville d'Édesse, Tune des plus fortes places des chrétiens d'Oritmt, était alors tombée aux mains du sultan de Mossoul *. Depuis la fondation du royaume de Jérusalem, c'était le dommage le plus sensible qu'eussent souffert les établissements de Palestine. Mais ce qui en augmentait la gravité, c'était que, par la perte de cette place, poste avancé des Chrétiens sur TEuphratc, la Ville sainte, se trouvant à découvert, était elle-même en péril. Eugène avait connu cette prise d'Édesse, un mois environ avant de rentrer à Rome, par un prélat de Syrie, l'évèque de Gadale, venu en Europe pour solliciter, au nom de ses frères d'outre.-mer, les secours de l'Occident ^. Ému des dangers qui menaçaient l'Église de ces contrées, le pape résolut d'appeler les fldèles à une nouvelle croisade. Lors de la première expédition, Urbain avait accordé l'absolution des péchés à tous ceux qui y avaient participé, et mis leurs familles et leurs biens sous la protection de rÉglise. Eugène suivit cet exemple. Il écrivit à Louis VII et à ses barons, et, leur remontrant qu'il était do leur honneur de défendre des possessions que leurs pères avaient conquises par leur valeur, il les exhorta, sous la promesse des mêmes grâces concédées par Urbain, à s'armer contre les Sarrazins ^.
L'impression qu'en se répandant en Occident y avaient causée les nouvelles de Terre sainte, aida aux vues du pontife. Bernard, qui, sous cette impression, avait oublié Rome
1. OUo FriBing. Chron. 1. VII, c. 30. — Willelm. Tyr. 1. XVI, c. 5. Prise le 25 décembre ii44 par le sultan de Mossoul, Zenghi, puis reprise en 1146 par les chréliens d*Orient, la ville d'Édesse fut, cette môme année, assiégée et détruite par le flls et successeur de Zenghi, Noureddin.
i. Otto Frisinj?. ibid. c. 33.
3. Ëugen. ad Ludov. ep. 48, 1*' décembre 1145. Migiie, 1. 180.
pour Jérusal(Mîi, fut cliargé par lui de prêcher la croisade. Déjà Louis VII, poussé peut-être par le repentir qu'il avait conçu de Tincendie de Vitry, avait fait vœu de se croiser *. Au reçu de la lettre du pape, il convoqua les évoques et les barons de son royaume en une grande assemblée à Vézelai, en Bourgogne, pour la Pâques de 1146. Sur la demande de ce prince, Bernard se rendit à cette assemblée. Il sut par ses discours émouvoir les esprits à ce point, qu'il dut déchirer ses vêtements pour en distribuer les lambeaux, en forme de croix, aux assistants qui tous voulaient recevoir de sa main l'emblème de la guerre sainte ^. On revit là, quoique à un moindre degré, l'élan qui s'était manifesté jadis au concile de Clermont. Avec le roi, nombre de seigneurs et de prélats jurèrent de partir pour la Palestine. Bernard alla ensuite prêcher la croisade en Allemagne. Sa parole y produisit les mêmes effets. A Francfort, il fallut à un moment, pour le protéger contre l'empressement de la foule, que Conrad, qui était présent, le couvrît de son manteau et le prît dans ses bras ^. Néanmoins ce monarque, que ses intérêts appelaient en Italie, hésitait, malgré les instances de l'abbé, à promettre son concours à la croisade. Mais, dans l'église de Spire, Bernard, à la lin d'un sermon qu'il avait prononcé, s'adressa publiquement à Conrad et déploya en cette allocution une telle éloquence, que le souverain, touché comme si Dieu même eût parlé, se déclara prêt à servir la cause du Christ, entraînant à son tour, par cette preuve de piété, les princes et les évêques qui se trouvaient réunis *. De Spire, Bernard se rendit à Cologne, à Aix-la-Chapelle, à Liège. Le mouvement imprimé par ses prédications gagna bientôt toute l'Allemagne, ainsi que déjà il avait gagné la France, et s'étendit de là aux autres États de la catholicité. « Vous avez ordonné,
1. Otto Frising. De gest, Frider, 1. I, c. 34. — D'Arbois de JubainyiUe, Hitt, des comtes de Champagne, t. II, p. 385.