Bonitho, 1. V
3. « Yeniente eo (Leone) Vesuntium, abbas claniacensis obviam ei processit, ducens secum... Hildebrandum. n Bonitho, ibid. D'après Bruno, évoque de Segni, la rencontre aurait eu lieu à Worms, ce qui parait moins probable. Voy. ce que disent à ce sujet Dom L'huiUier {Vie de saint Hugues^ abbé de Cluny, Solesmes, 1888) et Tabbô Delarc {Saint Grégoire VII et la réforme de l'Eglise au onzième siècle ^ 1. 1, Paris, 1889) qui l'un et l'autre se prononcent pour Worms. L'abbô de Cluny Hugues, dont il s'agit ici, avait été élu abbé par les moines de Cluny aussitôt après la mort d'Odilon, décédé à Sou Vigny dans la nuit du 31 décembre au 1" janvier 1049. Il se trouvait à ce moment dans la Bourgogne allemande où il était allé régler une afTaire concernant le couvent do Peterlingen et où l'avait vraisemblablement accompagné Hildebrand. Informé de son élection, il revint se faire consacrer le 18 janvier à Cluny. Ce fut dans ce trajet qu'il dut, en se détournant de sa route, aller à Besançon visiter le pape, qui lui-môme avait quitté Toul le 27 décembre pour se diriger sur Rome.
génie ^ Mais il osa lui faire entendre qu'appelé au saint-siège par la volonté do Tompereur, il n'était point pape selon TÉglise et qu'il devait obtenir l'adhésion des Romains*. Bruno, qui lui-même n'était pas sans avoir conçu des doutes sur la légitimité de son élévation, se rendit à ces pieuses remontrances et, arrivé à Rome, se présenta en habit de pèlerin et pieds nus dans l'église Saint-Pierre, où il sollicita le consentement du clergé et du peuple'. C'était déjà comme un premier retour vers la liberté des élections pontificales. Sacré le 12 février 1049, le nouveau pape adopta le nom de Léon IX.
Sous ce prêtre vertueux, la papauté commença de reprendre un rôle digne de son caractère *. Soutenu de la protection de l'empereur et éclairé des conseils d'Hildebrand *, qu'il avait fait sous-diacre de l'Église romaine, Léon IX, pendant les cinq années que dura son pontificat, s'appliqua tout en-» semble à rehausser l'autorité apostolique et à épurer les mœurs du clergé. Un mois après son sacre, il réunissait à Rome un concile, auquel n'assistèrent guère, il est vrai, que quelques évêques italiens, et dans lequel il renouvelait les lois sur le célibat, prohibait l'achat des charges ecclésiastiques et ne craignait pas de déposer plusieurs prélats coupables de simonie •. Il comprit toutefois que ce n'était pas de Rome, où la papauté s'était avilie par ses excès et pouvait être exposée
1. « Invitas cnm domino papa Leone IX ad vestram ecclesiam (Romanam) redii, » Greg, VII, ep. VII, 140.
2. Bonizo et Brano de Segni s'accordent sur le rôle attribué ici à Hildebrand, tandis que Wibert fait honnear de ces scrupules au pape seul qui les aurait exprimés dés l'assemblée de Worms en présence môme de Henri III. Mais, en ce qui concerne Ilildebrand, il importe de remarquer que Wibert, qui, ami particulier de l'évoque de Toul, a écrit le récit de son pontificat entre 1058 et 1069, semble prendre à tâche d'effacer Hildebrand, dont le nom n'est pas même mentionné une seule fois dans le cours de son récit.