‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 19 sur 357 · Herimanni Aug. Chron. anno · texte numérisé non relu

Herimanni Aug. Chron. anno

encore aux entreprises du parti féodal, qu'il convenait de diriger cette œuvre do réparation, et il résolut d'aller luimême dans les divers pays do la catholicité imposer au clergé le respect des canons. Il se transporta d'abord à Pavie *, où il tint un second synode, puis, traversant l'Allemagne et se rendant en France, alla présider à Reims un troisième concile, auquel il avait convoqué tous les prélats du royaume. Los abbés s'y présentèrent en grand nombre, tandis que les évoques, plus jaloux do leur indépendance que sensibles aux intérêts de rÉgliso, refusèrent d'y paraître, et tentèrent môme de persuader au roi Henri I" qu'il ne pouvait, sans injure pour sa couronne,laisser le pape exercer on France quoique juridiction*. Léon IX frappa ces évêqucs d'excommunication et fit lire devant l'assemblée des textes canoniques établissant que le pontife de Rome était le chef suprême do l'Eglise^. Dans ce concile, le plus important de tous ceux qu'il réunit pendant le cours de son pontificat, il ne se borna pas à prescrire l'observation du célibat et à prohiber la simonie; il interdit aux ecclésiastiques l'usage des armos et le service militaire, et; contestant aux souverains séculiers, par une voie détournée, le droit qu'ils s'attribuaient do nommer aux prélatures, défendit d'occuper aucun siège de l'Église sans le consentement

du clergé et du peuple *.

Do Reims Léon IX reprit le chemin de l'Allemagne et se rendit à Mayence, où il tint un nouveau synode en présence de l'empereur ^ Mais, moins hardi en Allemagne qu'il ne

i, Id. loc. cit.

2. Anselm. Itinerar. I^ort. iXapud Mabill. aa. ss. Bened. sœc. vi, prima pars.

3. « Loctis sententiis super hàc re ollm promulgatis ab orthodoxîs patribus, declaratum est quodsolus Romance sedis pontifex umversalis Ecclesise primas csset et apostolicus. » Ibid, C'est en se fondant sar ce passage que Giesebrecht {Geschichie der deutschen Kaiserzeit, II, p. 431) a prétendu à tort que Léon IX était venu en France pour y introduire les Fausses Dôcré talcs.

4. « No quis sine élections cleri et populi ad rcgimenccclesiasticum proveheretur. » Pour les détails sur ce concile, voy. Héfélê, Conc, t. VI, p. 299-312.

o. Wiberti, Viia Leonis, 1. II, c. v.

22 LIVRE PREMIEU

l'avait été en Franco, il n*osa réitérer sa défense au sujet de la nomination aux charges ecclésiastiques. Revenu en Italie, il ne tarda pas à s*en éloigner encore pour visiter la Bourgogne, la Lorraine, et retourner ensuite en Allemagne. Son pontificat fut ainsi comme une continuelle pérégrination à travers TEurope. Sans abandonner Rome, où, de 1049 à 1053, il réunit successivement quatre synodes, il ne cessa de parcourir les pays chrétiens, et, en se montrant, pour ainsi parler, partout présent dans TÉgliso, il restitua à la papauté son caractère d'universalité qu'elle avait perdu dans Tanarchio féodale. Il chercha également à lui rendre quelques-unes de ses possessions temporelles et, vers la fin de sa vie, voukit expulser du territoire de Bénévent, sur lequel le saint-siège revendiquait des droits, ces redoutables aventuriers normands qui commençaient alors à s'établir au sud de Tltalie. Oubliant qu'il avait interdit au clergé l'appareil mihtaire, il marcha lui-même contre eux à la tète do troupes qu'il avait recrutées en Allemagne. Il fut défait et demeura quelque temps presque captif dans Bénévent *. Les hommes pieux, qui lui reprochaient d'avoir déserté sa mission spirituelle pour des intérêts profanes, regardèrent sa défaite comme un châtiment de Dieu ^. Mais, tout vaincu qu'il était, il ne laissait pas d'agir en chef de l'Église et, de Bénévent, envoyait des légats à Constantinople, où depuis doux siècles ne s'était montré aucun représentant du saint-siège. Dans une lettre qu'à cette occasion il adressait au patriarche grec, il rappelait la donation de Constantin, refusait au patriarche le droit de se qualifier d'universel et déclarait que seul le pontife do Rome avait un pouvoir de juridiction sur toutes les églises de la chrétienté '.

1. Le combat eut lieu le i8 juin 1053 à Givitate. Voy. l'ouvrage cité de l'abbé Delarc, 1. 1, p. 311-330, où l'auteur a rassemblé tous les textes relatifs à cet événement.

2. « Dei judicio, quià tantum sacerdotem spiritalis potius quàm, pro caducis rébus, carnalis pugna decebat. » Herimanni Aug. Chivu, anno 1053. Cf. une lettre de Pierre Damien, dans Migne, t. 144, p. 316.

Page 1