Le 9 juin
et de lui tenir l'étrier, Frédéric l'attendit dans sa tente en touro de son armée. Les cardinaux, effrayés, comme si par un sacrilège il eût donné le signal d^s hostilités, s'enfuirent à Civita Castellana. Le pape, laissé seul, descendit de sa haquenée et entra, non sans appréhension, dans la tente du monarque. Comme celui-ci s'approchait pour recevoir le baiser de paix, le pape déclara qu'il no lui accorderait cette faveur qu'après avoir obtenu de lui les mêmes hommages que ses prédécesseurs avaient rendus jusqu'ici à la personne du vicaire do saint Pierre *. Frédéric prétendit qu'il n'y était pas obligé, et deux jours s'écoulèrent, après lesquels le monarque, craignant que le pontife ne lui refusât la couronne et ayant interrogé des seigneurs allemands qui avaient été témoins à Liège de l'entrevue de Lothaire et d'Innocent II, céda aux exigences d'Adrien. Pour que la réparation de l'injure faite au pontife fût plus éclatante, il dut aller camper à un autre endroit, sur le territoire de Népi. Le pape se présenta de nouveau, accompagné cette fois de tous les cardinaux. Frédéric s'avança à sa rencontre, et, aux yeux de toute l'armée, se soumit enfin à une formalité dans laquelle ce prince voyait une marque d'humilité qui offensait son orgueil, et la cour de Rome une marque de sujétion qui attestait sa puissance ^.
A la fin de cette entrevue, eurent lieu entre Frédéric et Adrien des conférences secrètes, dans lesquelles furent sans doute renouvelés les engagements du traité de Constance. L'un et l'autre se dirigèrent ensuite vers Rome. De leur côté, les Romains, tout en s'apprêtant à résister aux armes, de Frédéric, essayèrent de le gagner et renouvelèrent auprès do lui la démarche qu'ils avaient faite jadis auprès de Conrad. Lorsqu'il approchait de leur ville, des députés allèrent
1. « Tu illum mihi .. debitum honorem subtraxisli, quem praedocessores tui orthodoxi iraperatoros ... prsedecessoribus mois romanis pontificibus exhibere coDsueverunl; doncc mihi satisfacias, ego te ad pacis osculum non recipiam. »
2. Pour les détails de cette entrevue, voir Boson. in Vita Adrianif Watterich, t. II, p. 327, 328. Cf. Gencius camer. ibid., p. 342, 343.
lui offrir, au nom du peuple, cette couronne impériale qu'il venait demander au pontife. Après lui avoir parlé de luimême en des termes qu'ils croyaient propres à flatter sa Certé : « Nous avons, dirent-ils, rétabli le sénat et Tordre équestre auxquels nos aïeux ont dû de dominer le monde d'une mer à l'autre, et nous ne doutons pas qu'avec votre concours ces temps glorieux ne reparaissent et que Rome ne devienne encore la maîtresse de la terre. Pour prix de cette couronne que nous vous offrons, nous attendons de vous que vous nous aidiez à secouer à jamais le joug illégitime des clercs; nous demandons aussi que vous juriez de défendre la république et de garder ses privilèges et ses lois, n Ils réclamaient enfm, comme un tribut de sa munificence, cinq mille livres d'argent pour les officiers de la cité qui le proclameraient empereur, ajoutant que, dès qu'il aurait prêté le serment exigé par le peuple, cette proclamation aurait lieu au Capitole *. Cette harangue ne produisit pas l'effet qu'en attendaient les députés. Frédéric n'était pas plus disposé que ne l'avait été Conrad à reconnaître la démocratie romaine, et les idées religieuses avaient alors trop d'empire pour qu'il ne crût pas contraire à ses intérêts de recevoir la couronne d'autres mains que de celles]du chef de l'Église. Il interrompit brusquement les orateurs, leur disant qu'ils montraient dans leurs discours plus d'arrogance que de sagesse. « Vous prétendez faire revivre les institutions de l'ancienne Rome; mais c'est en Allemagne que sont maintenant votre sénat) vos chevaliers ^. Charlemagne et Otton, mes devanciers, ont conquis Rome avec l'Italie et l'ont incorporée à leur Empire. Vous m'offrez la couronne ; je n'ai rien à recevoir de vous. Vos princes, vos nobles sont devenus mes vassaux, et je suis votre maître légitime. Quant aux privilèges et aux libertés dont vous demandez le maintien, sachez que c'est au sou-