‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 200 sur 357 · Otto Frising. làid. c · texte numérisé non relu

Otto Frising. làid. c

4. w Accipe nunc Roma pro auro arabico teutonicum ferrum. Hîec est pecunia, quam tibi princeps tuus pro tua ofTert corona... Talia tibi a principe tuoreJdunturcommercia, talia prîcslantur juramenla. » Otto. Frising. ihid. c. 22.

dans le fleuve, de peur, écrit le même chroniqueur, qu'elles ne fussent recueillies, comme celles d'un martyr, « par l'imbécile superstition du peuple *. » Ainsi périt celui qui, après avoir voulu, au nom de l'Évangile, ôter au chef de l'Église sa royauté temporelle, avait tenté de donner aux Romains la liberté. Au dire des contemporains, ce fut le préfet de Rome qui ordonna son supplice ^. Mais le préfet n'était lui-même qu'un instrument. Cette perte d'Arnauld do Brescia avait-elle été concertée d'avance entre Frédéric et Adrien, et fut-elle le gage secret de leur accord? Le pontife l'abandonna-t-il à la colère de l'empereur, en échange dos prisonniers qu'il lui avait arrachés ? On ne saurait à cet égard rien affirmer de précis. Ce qui est certain, c'est que, s'il est des raisons d'imputer cette mort à Frédéric, Adrien ou, en son nom, la cour do Rome y eut une part de responsabilité. Géroh de Reichersberg, le même qui déplorait en termes si amers que l'Eglise romaine se fût changée en curie, parlant plus tard de cet événement, disait : « Du moment que les doctrines d'Arnauld étaient jugées dangereuses, j'aurais voulu qu'on le punît par la prison ou l'exil, et non par la mort ; mais, puisqu'on Ta fait périr, j'aurais souhaité que ce fût dans de telles conditions qu'on ne pût en accuser l'Église romaine ^. »

La sanglante victoire que Frédéric avait remportée le jour de son couronnement et sans doute aussi le supplice d'Arnauld de Brescia, en réveillant pour lui les sympathies populaires, avaient soulevé contre l'empereur l'indignation des Romains. N'osant pour le moment attaquer une ville,

1. « Ne a slolida plèbe corpus ejus venerationi haberetur. » Otto Frising. Ibid, c. 20. Cf. Geroh. Reichersperg. De investig. antichr. 1. I (apud Gretser, Proleg. ad scriptor. adv. Waldenaes, c. 4).

2. « A praefecto urbis ligiio adactus. » Otlo Frising loc, cit. —«A prsefecto urbis .. ereplus ac .. occisus ab ejus servis est. » Geroh. Keichersperg. loc. ci7. — « Prefecto Iraditur et suspendio adjadicatur. » AîinaL Palidens (Pertz, 11, XVI, 89). Voir Gregorovius, Sloria di Roma, t. IV, p. 621, 622.

3. Quem ego vellem pro tali doctrina... vel exilio, vel carcere, ant alia pœna, praeter mortem, punitam esse; vel saltem occisum, ut romana ecclesia seu curia ejus neeis qusestione careret... » Geroh. Reichersperg.

oc. cil.

OÙ le peuple, armé et frémissant, semblait résolu à se défendre, Frédéric s'éloigna le lendemain avec son armée, accompagné d'Adrien, qui lui-même ne se croyait plus en sûreté dans la cité Léonine. Il porta d'abord son camp à Albano, puis à Tusculum, ensuite à Tibur, incertain dans sa marche, hésitant entre Rome, où l'attiraient ses ambitieuses convoitises, et le royaume de Sicile qu'il s'était proposé d'envahir. La résistance de ses vassaux allemands, qui, las d'une expédition déjà longue, voulaient regagner leurs domaines, et des fièvres qui se mirent dans son armée * le décidèrent enlîn à remonter vers le Nord ; et, tandis qu'Adrien se rendait à Civita Castellana, il reprit la route de l'Allemagne, forçant les villes sur son passage à lui payer tribut, brûlant Spolète comme il avait brûlé Tortone, et soulevant de nouvelles haines contre la domination allemande. Il avait également mécontenté Adrien et excité ses défiances. Non seulement il n'avait pas ramené les Romains à l'obéissance du saint-siège; mais le différend qu'il avait eu avec le pape à Campo Grasso, les prétentions mal dissimulées que, dans sa réponse aux députés romains, il avait manifestées en sa présence au sujet de la souveraineté de Rome, prétentions qui étaient un démenti donné à ses engagements, tout montrait à Adrien qu'il ne devait attendre du nouvel empereur ni la même déférence, ni les mêmes secours que le saint-siège avait obtenus de ses derniers prédécesseurs.

Déçu dans l'espoir qu'il avait eu de subjuguer les Romains par les armes de Frédéric, Adrien reporta son attention vers le sud de l'Italie. Il crut qu'aidé des révoltés de la Fouille, il pourrait du moins faire sentir au roi de Sicile le poids de son autorité. Il appela sous la bannière de l'Église, avec les barons de la Campanie, d'autres feudataires du saint-siège, et, après avoir envahi à leur tête la Terre de Labour, se rendit à Bénévent. Là il reçut l'hommage des comtes et des barons de

1. Otto. Friaing. De gesL Frider, l. II, c. 23, 24. — Voir une lettre adressée par Frédéric à Otlon de Freisingen, dans Murât, rer. ital. t. VI, p. 635, 636.

la Fouille qui lui jurèrent fidélité « comme à leur principal seigneur » et « remirent entre ses mains leurs personnes et leurs biens *. » Peut-être avait-il conçu le projet, comme autrefois Honorius, de réunir cette province aux domaines de l'Église romaine. L'empereur de Constantinople, Manuel Comnène, qui possédait au bord de l'Adriatique la forte ville d'Ancône et qui eût voulu s'étendre le long de la mer, lui proposa de l'argent et des secours pour chasser le roi de Sicile de l'Italie méridionale, à la condition que trois villes maritimes do la Fouille seraient cédées à l'empire grec. En vain Guillaume demanda-t-il la paix au pontife, allant jusqu'à s'engager à lui soumettre les Romains. Abandonné d'une partie de ses sujets, ce prince, qui, après avoir craint d'être attaqué par Frédéric, se voyait menacé par le saint-siège et par les Grecs, ne prit conseil que de son courage. Il rassembla de Tîle de Sicile et de la Calabro toutes les forces dont il pouvait disposer, se jeta sur la Fouille qu'il parvint à replacer sous son obéissance, et, marchant contre Adrien qui s'était enfermé dans Bénévent, le contraignit enfin, par un traité du mois de juin 1156, à l'absoudre de l'excommunication et à le reconnaître comme roi ^.

Bornée à ces faits, cette lutte entre Adrien et Guillaume le Mauvais n'était guère que la répétition de celle qui s'était élevée jadis entre Innocent II et Roger. Mais ce qui était nouveau, c'étaient les conditions et les termes mêmes du traité. Guillaume exigea qu'on insérât dans ce traité que le pape, en y donnant son adhésion, l'avait fait en toute indépendance et était alors en sûreté à Bénévent '. Il exigea en outre que les appels à Rome, libres seulement pour le sud de l'Italie, ne fussent valables, en ce qui regardait la Sicile, que s'ils avaient d'abord reçu l'approbation royale. Il stipula enfin que des légats ne seraient envoyés en Sicile

1. « Rogantes... personas et eorum bona in manu et potestate sua reciperet ».

2. Boson. in Vita Adriani, Watterich. t. II. p. 332-334. — Willelm. Tyr. 1. 18, c. 8. — Romuald. Salern. Chron,

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