‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 205 sur 357 · Ep. 148 (décembre H57), Migne · texte numérisé non relu

Ep. 148 (décembre H57), Migne

là droite voie, notre fils égaré. » Les évoques portèrent à Frédéric les représentations du pontife. La réponse du monarque ne fut pas moins hautaine que ne Tavait été sa circulaire. Il répondit qu*il n'entendait pas refuser au pape le respect auquel il avait droit ; mais qu*en ce qui regardait sa couronne, il persistait à soutenir qu'il la devait à Dieu seul; que, lorsque Dieu s'était servi de l'Empire pour mettre l'Église à la tête du monde, il était étrange que l'Église voulût maintenant détruire l'Empire. « On a commencé par une peinture; aujourd'hui on y ajoute les écrits. Nous ne le souffrirons pas. Qu'on efface les peintures et qu'on rétracte les écrits ^ » En transmettant cette réponse à Adrien, les évoques lui mandaient que toute l'Allemagne, et non pas seulement les princes, s'était émue des lettres apportées à Besançon ; qu'eux-mêmes, malgré leur révérence pour le saintsiège, n'avaient pu approuver les termes « ambigus et inusités » qu'elles contenaient ; ils l'informaient en même temps que l'empereur se préparait à une nouvelle expédition au delà des Alpes, et le suppliaient d'écrire à Frédéric en des termes propres à calmer sa colère 2. Adrien jugea prudent de ne pas laisser l'empereur à ses ressentiments dans le moment où il s'apprêtait à reparaître en Italie. Il lui adressa une lettre d'explication, presque d'excuse, dans laquelle, exprimant sa surprise de l'interprétation donnée à sa précédente missive, il affirmait que, par ce mot bénéfice^ il avait entendu, « non pas un fief, mais un bienfait, selon l'acception usitée dans les saintes Écritures ^ »

Les esprits étaient déjà loin, comme on le voit, des doctrines de Grégoire VII, disant que le prêtre seul avait été institué par Dieu, tandis que les rois devaient leur origine

i. (c Picturse deleantur, scripturaB retractentur. » Hagew. Frising. 1. 1, e. 16.

2. Voir cette lettre dans Migne, t. 188, p. 1641, i642. Cette seconde expédition d'Italie avait été décidée à Wurtzbourg, le 16 mars 1157, et Frédéric en avait annoncé le projet dés Tannée précédente. Jaffé, Monum, Corbeiensia, n» 456. Cf. Zeller, Hist d'Allem., t. IV, p. 150.

3. « Beneficium apad nos non feudum, sed bonnm factum ; in qua significatione in universo sacrse scripturse corpore invenitur. » Ep. 181 (janvier 1158), Migne.

aux hommes de rapine et de meurtre qui avaient opprimé les nations. Pour la première fois, depuis la mort du célèbre pontife, les princes, par la bouche de Frédéric, opposaient le droit divin de la royauté au droit divin du sacerdoce. Ce n'était pas uniquement dans son orgueil que Frédéric puisait ces idées d'indépendance. Le progrès des lumières, les doctrines répandues en Italie par Arnauld de Brescia, les hérésies qui avaient commencé de se produire en France et sur les bords du Rhin et que caractérisait un égal esprit d'hostilité contre le saint-siège, enfin le droit romain enseigné alors dans certaines écoles concurremment avec le droit canon ^ et qui admettait comme légitime le pouvoir absolu du « prince », tout contribuait à rendre les souverains séculiers moins dociles au joug apostolique. Par une coïncidence digne de remarque, le roi d'Angleterre, Henri II, qui avait succédé depuis peu^ à son frère Etienne II, tenait alors un langage analogue à celui de Frédéric. Dans une assemblée d'évèques et de barons qu'il avait réunie au mois de mai H67 à Chester, on jugeait un différend qui s'était élevé entre Tévèque de ce diocèse et l'abbé de Saint-Martin de Bel. L'évèque prétendait avoir droit de juridiction sur l'abbaye, et l'abbé objectait que Guillaume le Conquérant, fondateur de ce monastère, l'avait affranchi de toute sujétion épiscopale. Lecture ayant été faite de la charte de fondation qui confirmait les dires de l'abbé, l'évèque répliqua que, « d'après les usages les plus anciens de l'Église, aucun laïque, fût-il roi, ne pouvait accorder dos privilèges aux églises, non plus que les leur enlever, sans l'assentiment du pape ». A ces mots qui Tatteignaient personnellement: « Je ne tolérerai pas, s'écria Henri avec colère, qu'on oppose artilicieusement l'autorité du pape au pouvoir que j'ai reçu de Dieu » ; et il obligea l'évèque à rétracter ses paroles ^

i. Boissier, Le huitième centenaire de Vuniversité de Bologne, Revue des Deux-MondeSf i» août 1888.

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