Adrian. IV, ep. 155, 215, 230-233. Migne
de ces prêtres fastueux TÉglise du Christ s'avilit; mais un jour viendra où le fléau de Dieu s'appesantira sur eux. Voilà, ô saint Père, ce que dit le peuple, puisque vous m'avez ordonné de parler. » Et comme Adrien pressait son interlocuteur d'exprimer à son tour sa propre pensée, celui-ci, après quelque hésitation, reprit : « Je crains d'être accusé de flatterie, si je parle autrement que le peuple, d'autant que déjà, en présence du pape Eugène, et en plein consistoire, un cardinal n'a pas craint de dire que l'Église romaine renfermait en son sein un ferment d'avarice et de duplicité funeste à la religion. J'affirme toutefois, contrairement à ce que croit la multitude, qu'il y a dans cette môme Église romaine des hommes d'une intégrité exemplaire et inaccessibles à la corruption. Mais tous n'ont pas ces vertus. Pourquoi n'appelez-vous pas autour de vous des hommes qui, comme eux,méprisent la richesse et la vaine gloire ? Pourquoi tolérez-vous qu'on vende la justice rendue en votre nom? Si vous êtes père, convient-il que vous demandiez à vos fils le prix de votre sollicitude? J'ose le dire, saint Père, vous êtes dans une mauvaise voie *. »
Si exagérées que, de l'aveu de Jean de Salisbury, pussent être les accusations dont il se faisait l'écho, elles n'en étaient pas moins significatives. Aux plaintes discrètes et aux avis que certains membres du clergé adressaient jadis à Honorius et à Innocent II, aux avis plus pressants que l'abbé de Clairvaux faisait entendre à Eugène III, s'ajoutaient maintenant les réclamations des princes et le murmure des peuples. Cet état des esprits ne devait pas peu contribuer à encourager chez les souverains séculiers les idées d'indépendance qu'ils commençaient à manifester, et Frédéric Barberousse allait donner bientôt les preuves d'une plus grande hardiesse. Aussitôt après la diète de Besançon, il avait pris des dispositions en vue de la seconde expédition qu'il avait résolu de diriger au delà des Alpes, et, au mois de juin de l'année 1158, une
1. « In invio, Pater, es, et non in via. « Joann. Sarisber. Polycr. 1. VI, c. 24.
armée était de nouveau rassemblée à Âugsbourg. Cette armée, plus considérable que la première et dans laquelle on voyait de même, avec les princes de TAllemagne, les plus hauts prélats accompagnés de leurs vassaux, se montait à plus de trente mille hommes dont quinze mille chevaliers. Frédéric se flattait cette fois de mener à fln les ambitieux projets que, lors de la précédente expédition, il n'avait pu réaliser. Arrivé dans la Haute Italie, il tourna d'abord ses forces contre Milan. Comme en 1155, il fut servi par les rivalités qui divisaient les communes lombardes. Aidé des milices de Pavie, de Crémone, de Lodi et d'autres cités ennemies des Milanais, il investit la ville rebelle*, qui, après cinq semaines d'une courageuse résistance, se décida à faire soumission. Ses principaux citoyens durent se rendre au camp de Frédéric, pieds nus, les habits déchirés en signe de repentir, avec l'épée suspendue au cou, et là, prosternés devant le vainqueur, lui jurer fidélité *. Après avoir triomphé d'une cité qui, par son importance et le nombre de ses alliés, était comme la capitale de la Lombardie, l'empereur alla tenir, au mois de novembre, dans les plaines de Roncaglia, cette diète célèbre où, sous apparence de rendre la paix à la péninsule, il se fit attribuer le droit de l'opprimer, et qui, en lui donnant une opinion exagérée de sa puissance, allait le portera braver Adrien lui-même.
A cette diète, où l'archevêque do Milan, dans un discours adressé à l'empereur, rappela par flatterie ou par crainte Pancienne formule du droit romain « que ce qui plaît au prince fait loi, ^ » avaient été convoqués, avec les juges ou consuls des différentes villes lombardes, les marquis, comtes