C'était ce qu'on appelait le fodrum
2. Urbain II, comme Grégoire VII, revendiquait la Corse en se fondant sur la donation de Constantin. Voir dans Migne, t. 151, ep. 51 (28 juin 4091). D'une manière générale, il revendiquait, en vertu de la même donation, toutes les lies situées à Touest de l'Italie. Dans une lettre du 3 juin 1091, Migne, ep. 50, il disait : « Heligiosi imperatoris Constantini privilegio in jus proprium Petro ejusque successoribus occidentales omnes insulœ condonatse sunt, maxime quœ circa Italiae oram habentur. » Adrien donnait encore un autre fondement à ces revendications. En 1155, il écrivait à propos de l'Irlande, dont le roi d'Angleterre» Henri II, préparait alors la conquête : « Omnes insulas, quibus sol justitia Christus illuxit, .. ad jus beati Pétri et sacrosancta romanae ecclesias non est dubium pertinere. » £p. 76, Migne, t. 188.
3. Pour tous ces faits, voir Ragew. Frising. 1. II, c 9, 10. Au dire de quelques historiens qui paraissent se fonder sur un passage un peu incertain de VHisloria Welforum (Pertz, ss. t. XXI), Frédéric aurait conféré ces fiefs au duc Welf dés 1153. Mais il n*est pas admissible que Frédéric ait eu cette hardiesse avant son couronnement à Rome, ni qu'Adrien ait attendu jusqu'en 1159 pour faire des réclamations. D'ailleurs la chronique d'Ursperg, qui parfois reproduit et complète VHistoria Welforum, place cet acte de Frédéric après la diète de Ratisbonne de septembre 1156 (Pertz, ss. t. XXIII, p. 345). On peut donc croire que cet acte eut lieu, sinon lors de la seconde expédition d'Italie, du moins quelqne temps après le traité de Bénévent, alors que Frédéric songeait déjà à cette expédition et qu'il était mécontent du pape.
revenir aux traditions de l'Empire, ordonna que désormais, dans la suscription de ces lettres, le nom do l'empereur serait placé avant celui du pape *.
Il n'en fallait pas tant pour émouvoir Adrien. Il craignit que Tambitioux souverain ne voulût étendre jusque sur Rome ses audacieuses entreprises, et, au mois d'avril H59, quatre cardinaux allèrent signifier à l'empereur les réclamations du saint-siège. Frédéric se trouvait alors sur le territoire de Bologne et se préparait envers Milan et d'autres cités lombardes à de nouveaux actes de rigueur. En voyant arriver dans leurs murs les commissaires chargés d'instituer le podestat nommé par l'empereur, les Milanais s'étaient révoltés ; ils avaient chassé les délégués impériaux et, bravant les décrets de Frédéric, s'étaient ligués, pour le maintien de leurs libertés, avec les villes de Crème, de Brescia et de Plaisance*. Le monarque irrité, après avoir, par un édit, mis au ban de l'Empire les cités révoltées, avait résolu do châtier d'abord la ville de Crème pour se porter ensuite contre Milan '. C'est dans le moment où il venait de prendre ces résolutions que se présentèrent les cardinaux. Les 'réclamations d'Adrien étaient précises et impérieuses. Il exigeait, avec la restitution de la Corse et de la Sardaigne, celle du duché de Spolète et des autres biens de la comtesse Mathilde dont l'empereur avait indûment disposé. Il lui défendait de rien requérir sur le territoire do l'Église pour le besoin de ses armées, disant que les souverains allemands n'étaient autorisés à user de ce privilège que lorsqu'ils étaient appelés à Rome pour recevoir la couronne impériale. Il lui déniait le droit de contraindre les évéques italiens au serment de vassalité, et, s'appuyant, autant qu'on peut le croire, moins sur des principes établis que sur un état de choses qui depuis l'avènement de Lothaire s'était maintenu en Italie, affirmait que ces évô-
1. Ragew, Frising. 1. II, c. 16-18. L'usage de nommer d'abord le pape dans la suscription des lettres adressées au saint-siège remontait à une date très ancienne. Voy., dans La Papauté au Moyen- AgCy l'étude sur Nicolas I*'.