‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 210 sur 357 · Id. ihid. c · texte numérisé non relu

Id. ihid. c

ques n'étaient obligés envers lui qu'au serment de fidélité. Il lui interdisait enfin d'envoyer à Rome des fondés de pouvoir sans son assentiment, par la raison, mandait-il, « que, dans Rome, l'autorité souveraine et toutes les magistratures appartenaient à saint Pierre ^ »

A ces réclamations, à ces hautaines exigences Frédéric répondit par des récriminations. Il accusa de nouveau Adrien d'avoir violé le pacte do Constance par le traité qu'en dehors de lui il avait conclu avec le roi de Sicile. Il se plaignit que, sans le consulter, le pape s'arrogeât le droit d'envoyer, des cardinaux dans toute l'étendue de l'Empire; il se plaignit également des malversations des légats, de l'irrégularité des appels et d'autres abus qu'il disait avoir été introduits par le saînt-siège dans les églises d'Allemagne *. Venant ensuite à quelques-uns des griefs formulés par les cardinaux, il déclara qu'il consentait à dispenser les évéques italiens du serment de vassalité, à la condition qu'ils abandonneraient les droits régaliens qu'ils tenaient de lui en fief; « car, obscrvait-il, 8*il plaît à ces prélats de s'entendre dire par le pape : Qu'avez* vous de commun avec le roi ?, ils ne peuvent trouver mauvais que, de son côté, l'empereur leur dise : Qu'avez-vous de commun avec l'État?^ » A l'égard de la souveraineté que le pontife revendiquait sur Rome, il fut plus explicite. « Il y a là, dit-il, une question grave et qu'il importe d'examiner mûrement; puisque, par l'ordination divine, je suis et me nomme empereur romain, je n'aurais que l'image du pouvoir et je porterais un titre sans réalité, si le gouvernement de Rome ne m'appartenait pas *. »

4. « Nuncios ad urbem, ignorante apostolico, ab imperatore non esse mittendos, cum omnis magistralus inibi B. Pétri sit cum universis regalibus. »

2. a De cardinalibus sine permissione imperiaU libère par regnum transeuntibus ... et ecclesias Dei grayantibus, de injustis appellationibua et oœteris quam pluribus brevitatem superantibus. »

3. « Qui si gratanter audierint a romane prxsule : Quid tibi et regiJ Gonsequenter, quoque eos ab imperatore non pigeai audire : Quid tibi et posteêsioniJ »

4. « Haec res magna est et gravis graviorique et maturiori cgens consilio ;

Ces réponses de Frédéric, comme les actes qui les avaient précédées, montraient clairement ses desseins. Il ne voulait pas seulement subjuguer la Lombardie et s'emparer du royaume de Sicile; il prétendait exercer dans les États de rÉglise et à Rome même les droits de la souveraineté. Laissant la papauté maîtresse sur le terrain religieux S il l'attaquait sur le terrain politique. C'était reprendre à son profit les doctrines d'Arnauld de Brescia et continuer après lui le mouvement qu'il avait suscité contre le pouvoir temporel du saint-siège. Une lutte d'un caractère nouveau s'annonçait ainsi entre l'Église romaine et l'Empire. Aux premiers signes de ce conflit, l'évêquo de Bamberg, dévoué, il est vrai, aux intérêts de Frédéric, avait écrit au pape : « Le feu est près d'éclater. Que votre paternité se hâte d'adoucir l'empereur par des paroles conciliantes, si elle veut arrêter l'incendie qui menace ^. » De leur côté, les légats qu'Adrien avait envoyés vers Frédéric s'efforcèrent de ramener le monarque à des sentiments de paix. Il parut céder à leurs sollicitations et proposa de soumettre les questions en litige à un tribunal arbitral composé de six évêques qu'il choisirait lui-même et de six cardinaux désignés par le pape. Mais il ne s'agissait plus pour Adrien, comme lors de la diète de Besancon» d'un simple mot à retirer. Sur quelque point qu'il eût cédé, que ce fût sur les abus dont se plaignait l'empereur ou sur le temporel, c'eût été un amoindrissement de son autorité. Il se refusa à toute négociation, et signifia qu'il n'entendait consentir à aucune concession'.

nam, cum diviaa ordinatione ego romanus imperator et dicar et sim, speeiem tantam dominantis efiingo, et inane utique porto nomen ac sine re, si urbis Romœ de manu nostra potestas faerit exeussa. » Pour toutes ces réponses de Frédéric, voir Ragew. Frising. 1. II, c. 30.

i. Se fondant sur des documents dont l'authenticité avait été plus d'une fois mise en doute et aujourd'liui reconnus généralement comme apocryphes* certains historiens allemands et, en particulier Rëuter, dans son ouyrage sur Alexandre III, 1. 1, p. 31 et ss., ont cru à tort que Frédéric Barberousse ayait conçu le plan d'une Église nationale allemande. Voir, à ce sujet, Héfélé, Orne. t. VU, p. 344-349.

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