‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 228 sur 357 · LÀ COUR DR ROME · texte numérisé non relu

LÀ COUR DR ROME

vint lui créor dos difficultés inattendues et affaiblir ses espérances.

On sait comment, à Toccasion d'un prêtre convaincu d'homicide que Thomas Becket s'était borné à reléguer dans un cloître après l'avoir déposé, naquit ce célèbre différend. Le roi ayant déclaré que les peines ecclésiastiques ne constituaient pas une répression suffisante et que les clercs reconnus coupables d'un crime, une fois punis canoniquement, devaient être livrés à la justice séculière, Thomas et les évoques anglais opposèrent au souverain les lois ecclésiastiques qui réservaient les clercs au jugement de l'Église. Henri, se fondant à son tour sur do prétendus droits qu'il disait avoir été exercés par ses prédécesseurs, fit rédiger, sous le titre « d'anciennes coutumes du royaume », une série de règlements, qui, tenus d'abord secrets, furent ensuite publiés dans une assemblée de prélats et de barons réunis à Clarendon au mois de janvier 1164. Ces règlements établissaient que les clercs convaincus de crime étaient justiciables, non seulement des tribunaux ecclésiastiques, mais des tribunaux séculiers ; qu'aucun évèque ne pouvait se rendre à Rome sans la permission du roi ; que les appels devaient suivre la voie hiérarchique et n'aller au delà du métropolitain, c'est-à-dire au pape, qu'avec l'assentiment du souverain; qu'enlin, sans cet assentiment, aucun vassal ou officier de la couronne ne pouvait être frappé d'excommunication, ni ses terres mises en interdit *.

Par ces dispositions, où apparaissait une nouvelle preuve du changement qui s'opérait alors dans l'esprit des princes à l'égard de la cour do Rome, Henri portait une atteinte manifeste à l'autorité spirituelle du saint-siège. Bien que jaloux de ses prérogatives et avec un caractère prompt à la violence, le roi no se dissimulait pas ce qu'il y avait de hardi dans ses prétentions; et, recourant tout ensemble aux promesses et aux menaces, il avait obtenu des évêquos le ser-

1. Thom, Cantuar. Vila quadrip. 1. I, c. 17 à 39. -- Mansi, Conc. t. XXI, p. 1187 et 8S.

ATTAQUES DES SOUVERAINS SÈGULIEftS 375

ment d'observer ces coutumes avant que le texte leut* en eût été communiqué. Thomas avait prêté le même serment; mais quand Técrit lui fut présenté, se retranchant derrière les lois ecclésiastiques, il refusa d'y apposer son sceau. Alors commença entre lui et le monarque une querelle dans laquelle, à des titres divers, les prélats et les barons prirent parti, et qui agita bientôt tout le royaume. Cité à la cour du roi, nori, il est vrai, comme évêque, mais comme vassal rebelle à son suzerain, Thomas déclina cette juridiction et appela au saint-siège. Au lieu de le soutenir, les évoques, intimidés ou séduits, se tournèrent contre lui. Menacé dans sa liberté, craignant peut-être pour sa vie, Thomas résolut de se retirer auprès d'Alexandre. Il gagna secrètement les côtes d'Angleterre *, passa la mer sur une barque et aborda en Flandre, d'où il prit le chemin de la France. Le roi, aux yeux duquel cette fuite était un nouveau grief, se hâta de son côté d'envoyer des députés au pontife, avec mission de présenter ses plaintes au sujet de l'archevêque*.

Les députés de Henri II, arrivés vers le pape avant Thomas Becket, surent d'abord rallier à la cause du roi la plupart des cardinaux. Ils flrent valoir la piété de ce prince, son empressement à reconnaître Alexandre, et, sans s'expliquer sur le fond du débat, imputant à la seule témérité de l'archevêque la division qui troublait le royaume, demandèrent au pontife de le déposer. Mais lorsque Thomas, se présentant à son tour, eut montré l'écrit des coutumes, les sentiments changèrent et l'on comprit que sa cause était celle de l'Église. Le prélat ayant offert de se démettre de son siège dans l'intérêt de la paix, plusieurs cardinaux, que combattirent à la vérité un certain nombre de leurs collègues, déclarèrent qu'il fallait non seulement le conserver dans sa dignité, mais le soutenir contre le roi, sans quoi aucun évêque, disaient-ils, n'oserait résister à la volonté des princes. Alexandre ordonna en effet à Thomas de garder Tépiscopat; mais, par condescen-

i. Novembre 1164.

2. Thom. Canluar. Vila quadrip. 1. I, c. 22. 25, 29 ; 1. II, c. 2 et 3.

dance pour le roi, il lui proscrivit de demeurer en France dans un monastère jusqu'à des temps plus favorables ^ Henri, qui s'était flatté d'obtenir une autre suite à ses plaintes, répondit à la décision du pape en frappant de bannissement tous les proches et les partisans de Tarchevêque, menaça de la prison quiconque, en ses Élats, entretiendrait des rapports avec lui, et, bien qu'il sût la cour pontificale contraire à l'écrit des coutumes, en appliqua ouvertement les dispositions ^. Il fit plus; il voulut contraindre Alexandre tout à la fois à déposer l'archevêque et à reconnaître l'écrit des coutumes, et, dans cette intention, s'écartant de la politique qu'il avait suivie jusque là, il résolut de se rapprocher de l'empereur.

L'occasion s'offrit bientôt à son ressentiment. Frédéric était alors revenu en Allemagne, décidé à user des moyens les plus énergiques pour y imposer Pascal, et, le 22 mai il65, il ouvrait dans ce but une diète à Wurtzbourg, à laquelle avaient été convoqués, avec le haut clergé, les princes et les seigneurs de l'Empire. L'assemblée fut toutefois moins nombreuse qu'il ne s'y était attendu. Cinq princes seulement s'étaient rendus à l'appel de l'empereur ; encore l'un d'eux se déroba-t-il avant la fin de la diète. Parmi les ecclésiastiques, on remarquait l'absence des archevêques de Salzbourg et de Trêves et de tous leurs suffragants. Frédéric ne se laissa pas arrêter par ces signes de résistance. Afin d'amener l'assemblée à entrer dans ses desseins, il commença par s'engager luimême, de la manière la plus solennelle, à en poursuivre l'accomplissement. Il jura sur les Évangiles que, tant qu'il vivrait, il soutiendrait Pascal comme étant le seul et véritable pape et que jamais il ne reconnaîtrait le schismatique Roland, ni ne favoriserait, en quoi que ce fût, aucun de ses partisans. Il invita ensuite les membres de la diète à prêter le même ser-

1. L'archoTÔque se retira dans le couvent de Pontigny, de l'ordre de Giteaux, à douze lieues de Sens.

2. Thom. Cantuar, Vita quadrip, 1. II, c. 8-14. Pour les commencements de cette querelle du roi d'Angleterre ayec Thomas Becket, voir l'exact résumé qu'en donne Héfélé, Conc. t. VII, p. 394-429.

mont. Les princes et les soigneurs obéirent. Quant aux évoques, ils jurèrent aussi, mais avec cette réserve que leur serment ne serait valable que si tous les évoques absents le prêtaient également. Frédéric entendait lui-même ne pas se contenter du seul consentement de la diète, et un édit fut publié, par lequel, notifiant les décisions de l'assemblée, il enjoignait à tous les prélats et seigneurs de TEmpire de prêter, dans un délai déterminé, un semblable serment, sous peine, pour les ecclésiastiques, de se voir dépossédés de leurs offices et de leurs biens, et, pour les séculiers, de perdre leurs alleux et leurs fiefs ^

Henri II avait été prévenu de la réunion de cette diète par le chancelier Rainald, qui était allé à dessein le trouver en Normandie*. N'écoutant que ses griefs contre Alexandre, le roi avait envoyé à Wurtzbourg dos députés, qui déclarèrent à l'assemblée que leur maître, d'accord avec Temporeur, s'engageait à soutenir Pascal. Cette déclaration que Frédéric avait eu soin de reproduire dan» son édit ^ en contribuant, avec les mesures rigoureuses décrétées par l'empereur, à relever le parti de l'antipape, était un coup porté à celui d'Alexandre. A la vérité, l'archevêque de Rouen, dans une lettre adressée à l'un des cardinaux orthodoxes, affirma que les représentants du roi d'Angleterre avaient excédé leur mandat*. Henri luimême, sans toutefois désavouer ses ambassadeurs, mais hésitant encore à rompre ouvertement avec 'le pape, laissa croire qu'ils avaient dépassé ses intentions ^ La présence de ces députés à la diète n'en était pas moins une menace. Quelques évoques anglais crurent devoir avertir Alexandre, et, craignant qu'en raison de la gravité qu'avait prise la que-

1. Voir, dans Pertz, Leg, t. II, p. 135-138, cet édit adressé par Frédéric » à tous les peuples de TËmpire (cunctis populis). » Cf. Iléfélé, Conc, t. VII, p. 435-441.

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