‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 241 sur 357 · Salva libertate Ëcclesias. m · texte numérisé non relu

Salva libertate Ëcclesias. m

et, au moment d'aboutir, les négociations furent encore une fois rompues. A l'une de ces conférences, Henri s'étarit laissé aller à proférer des menaces contre le pape, les délégués du saint-siège répondirent avec une fierté à laquelle le souvenir du récent désastre éprouvé par Frédéric n'était sans doute pas étranger : « Nous ne craignons pas vos menaces; nous sommes d'une cour habituée à commander aux rois et aux empereurs ^ »

Instruit par ses légats de Tinsuccès de leurs démarches, Alexandre résolut d'en finir, et, au mois de janvier 1170, il chargea rarchevêquo de Rouen de signifier à Henri que si, dans un délai de quarante jours, il no s'était réconcilié avec Thomas, tous ses États de France seraient mis en interdit ^. Durant ces négociations, le pape, qui craignait que Thomas, par quelque imprudence, n'en contrariât l'effet, lui avait, à diverses reprises, défendu d'user de ses pouvoirs contre le roi ou contre toute autre personne du royaume '. Cette espèce de disgrâce qui continuait à peser sur le prélat, pendant qu'à l'égard du roi était montrée une longanimité qui passait toute mesure, ne cessait de soulever contre le saintsiège les blâmes toujours plus vifs des amis de l'Église. On disait que la cour de Rome, sévère pour les faibles, ne faisait pas justice des puissants *. Thomas, qui plusieurs fois avait adressé au pape d'inutiles réclamations, mandait de Sens à un cardinal : « Je voudrais que, pour votre édification, vous pussiez entendre ce qu'on dit ici publiquement à la honte de TEglise romaine. Quant à moi, je ne fatiguerai plus de mes plaintes une cour qui frappe les exilés et les faibles. Que ceux-là s'y rendent, qui, forts des dons qu'ils distribuent, en

1. < Domine, noli minari; nos enim nuUas minas timemus, quia de taU curia sumus qusB consueyit imperare imperatoribus et regibus. » Voir, dans une lettre adressée à Ttiomas Becket, et que reproduit Baron, anno 1169, n«' 11-18, le récit de ces négociations.

Page 1