Sœcalaris judicis arbitrio relinquatur. » Ibid
3. J. Havet, Biblioth. de l'Éc. des chartes, loc. cit. p. 579, 580.
4. Déjà, un siècle auparavant, Alexandre II exprimait cette pensée, qu'on retrouve énoncée, d'une manière plus ou moins explicite, dans les lettres d'autres papes. Il rappelait que le pape S. Grégoire avait défendu de tuer les juifs, a impium esse denuntians eos delere velle, qui Dei misericordia servati sunt, ut patria libertateque amissa, diuturna pœnitentia, patrum praejudicio in effusione sanguinis Salvatoris damnati, per terrarum orbis plagasdispersi vivant. » Âlexand. II, ep. 101, Migne, t. 146.
5. Gherrier, Ilist. de la lutte des papes et des empereurs, t. I, p. 178, 208, 209 et notes.
APOCiÈE DU POUVOIR PONTIFICAL 321
rant à la violence pour sauvegarder des doctrines au maintien desquelles était intéressée son autorité, elle ne montrait pas seulement qu'elle s'éloignait de plus en plus de sa mission morale; elle attestait qu'elle n'avait plus, au même degré, comme pouvoir spirituel, Tadhésion des esprits.
Ces progrès de l'hérésie n'étaient pas l'unique preuve de l'altération qui s'opérait alors dans les croyances des populations. Au sein même de la société orthodoxe, des signes non équivoques montraient que l'ancienne ferveur s'affaiblissait. Depuis la malheureuse issue de la deuxième croisade, la situation des chrétiens en Orient n'avait cessé de péricliter. Le sultan d'Egypte, le célèbre Saladin, après s'être emparé d'une partie de la Syrie, s'était avancé au cœur de la Palestine, et, peu avant la mort d'Alexandre, les fidèles d'outre-mer avaient envoyé solliciter l'assistance de ce pontife, qui, par des lettres adressées aux États de l'Occident, avait exhorté les princes à s'armer pour une nouvelle croisade *. Menacé bientôt jusque dans sa capitale, le roi de Jérusalem, Baudouin IV, réitéra ces démarches d'une manière plus pressante auprès de Lucius. Il députa vers lui le patriarche de Jérusalem, avec les grands maîtres des Templiers et des Hospitaliers, deux ordres militaires et religieux qui s'étaient voués à la défense des Lieux saints. Ces ambassadeurs parvinrent en Italie lorsque s'ouvrait le concile de Vérone. Malgré leurs instances, ils n'obtinrent aucune aide effective de l'empereur, et le pape luimême se contenta de leur remettre des lettres où il les recommandait à la piété des rois de France et d'Angleterre *. Philippe Auguste, qui régnait alors en France et vers lequel ils allèrent d'abord, les reçut avec honneur. Il promit de diriger sur la Palestine un certain nombre de chevaliers et un plus grand nombre de gens de pied; mais, après avoir consulté les évéques et les seigneurs de son royaume, il refusa de par-
1. Atexand. III, ep. 1504, 16 janvier 1181, Migne. S. Lucil ad Henric. reg. ep. 182, Migne.