‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 272 sur 357 · Pagii not. 9. apud Baron, anno · texte numérisé non relu

Pagii not. 9. apud Baron, anno

6. « Firmiter inter se proniiserunt quod de cstero nulla munera récipient ab aliquoqui causait! habeat in curia.. ; et non ascendent in eqiuim, quamdiu terra, in qna pedes Domini steteriint, fueril siib pedibus inimici. » Ro;?. de Hovcd.

L'impression causée par les événements de Terre sainte eut un autre résultat. Le chef de TEglise rentra dans Rome, le 11 février 1188, avec le consentement des Romains. Il n*y rentra toutefois que sous certaines conditions. Les sénateurs, agissant au nom et comme mandataires du peuple, s'engagèrent, par un traité, à reconnaîtra le pape pour prince suprême de Rome, à recevoir de lui, en cette qualité, l'investiture de leurs charges, et à l'aider, au besoin, du secours de leurs milices pour la défense de ses États italiens. Mais, tout on lui accordant les titres et les honneurs de la souveraineté temporelle, ils ne lui concédèrent, dans l'intérieur de la cité, aucun droit de gouvernement ni do législation. Une clause particulière était en outre stipulée par le sénat. Depuis que lesRomains s'étaient constitués en république, ils avaient, à l'exemple do Milan et d'autres municipalités italiennes, tenté de subjuguer les petites villes avoisinant leur territoire, telles que Tibur, Albano et ïusculum. Le siège de Tusculum, entrepris plusieurs fois et toujours sans succès, leur avait coûté déjà plus de cinq mille citoyens. Les sénateurs exigèrent du pape que, le jour où Tusculum tomberait en leur pouvoir, il les laissât abattre les murs et los faubourgs de la ville, qui ne pourraient être relovés ni par lui, ni par s«3S successeurs; dans le cas où, avant le l®"" janvier H 89, ils ne se seraient pas rendus maîtres de la ville, le pontife devait on excommunier les habitants et armer contre eux ses vassaux de la Campanie*. Clément adhéra-t-il à cette clause avec l'intention secrète de ne la pas observer? On a quelque raison de le croire, puisqu'on fait il ne l'exécuta pas -. Mais c'était déjà trop, pour l'honneur du saint-sirgo, qu'il eùlparu l'accepter.

Si, malgré l'émotion religieuse qui avait d'abord saisi les

1. Ce traité fut conclu le 31 mai 1188. Lo texte en a étô reproduit par Baron, anno 1188, n» 22-20. Cf. Gregorovius, Storia di Roma, t. IV, p. 704-709.

2. « Papa, eos (Romahos) prolrabens de die in diom, Iradero ea:n (civititem) distulit. » Benedict. Petroburg. Vita Heurte, et llkard. nrf. Anf^l. Watterich, t. II, p. 706.

àmcs chrélionncs, les Romains osaient mettre do telles conditions au retour du chef do TÉglise, on ne pouvait s'étonner que les princes n'eussent fait trêve qu'incomplètement à leurs propres divisions. Une querelle qui s'éleva alors entre les rois de France et d'Angleterre, et qui succédait à de longs différends, retarda, de ce côté, pendant plus d'une année, les apprêts de la croisade. Philippe Auguste, alléguant des conventions antérieures, exigeait qu'un mariage fût conclu entre sa sœur Alice et Richard, le fils aîné de Henri II; il demandait en outre, d'après les mêmes conventions, que ce monarque associât Richard à la couronne et le fît déclarer roi. Henri, qui méditait de déposséder son fils aîné en faveur de son plus jeune fils, Jean sans Terre, ayant refusé d'exécuter ces conditions, le roi de France, de concert avec Richard, résolut de l'y contraindre par les armes. Vainement le pape envoya-t-il, à deux reprises, un légat pour imposer la paix. Les hostilités ne prirent fin que par la mort du vieil Henri, le 6 juillet 1189. Durant ces hostilités, l'un des légats ayant signifié à Philippe que, s'il ne s'accordait avec Henri, il placerait son royaume sous l'interdit, ce prince osa répondre « qu'il n'appartenait pas à l'Église romaine de porter aucune censure contre le royaume de France, quand le roi se mettait en devoir de réprimer ses vassaux rehelles, de venger ses injures et le mépris de sa couronne *. » Par cette déclaration, qu'aucun prince avant lui n'avait faite, était posée pour la première fois une limite à l'intervention du saint-siège dans le gouvernement des États et comme une démarcation entre le pouvoir spirituel et le pouvoir séculier. Dans la même occasion, il fit une autre déclaration qui n'avait pas une moindre portée. « Je no crains pas votre sentence, avait-il dit au légal, parce qu'elle n'est pas juste ^. » Parole grave, la plus grave peut-être qui

1 . « Non pertinot ad ecclesiam romanam in regnum Franc!» per sententiam vel alio modo animadvertere* si rex Francise in homines sucs demeritos et règne rebelles, causa injurias suas et coronae dedecus ulciscendi, insurgit. » Rog. de Hoved.

2. « Hespondit quod sententiam suam non timcrct nec tenerot, cum nulla aequitate niteretur. » Ibid.

oût été prononcée depuis un demi-siècle. C'était dire que la papauté ne représentait plus cette magistrature morale dont elle avait jadis exercé les attributions, et que le sentiment d'une justice autre que celle de Rome commençait à pénétrer dans la société civile.

Cependant Frédéric, après avoir conlié à son fils Henri, qu'il avait rappelé d'Italie, le gouvernement de l'Empire, avait quitté Ratisbonne *, où s'était rassemblé le gros de Tarmée allemande, et pris à travers l'Europe la route de la Terre sainte. Parti avec trente mille hommes, il avait vu, sur son passage, son armée se renforcer d'autres croisés; et, au printemps de Tannée il90, il arrivait, à la tête de cent mille hommes, à Gallipoli, d'où il s'embarquait pour l'Asie. Cette même année, au mois de juillet, Philippe Auguste et Richard, le nouveau roi d'Angleterre, partaient à leur tour. Ayant choisi la voie de mer, ils s'embarquèrent, le premier à Gènes et le second à Marseille, et firent d'abord voile vers la Sicile, où ils devaient se rejoindre, pour se diriger ensuite, avec leurs flottes réunies, vers les côtes d'Asie. Tels étaient les procédés inconsidérés de la cour de Rome, qu'en ce moment même et au milieu de la ferveur du départ, ils provoquèrent les plaintes non pas cette fois du roi de France, mais du roi d'Angleterre. Ricliard s'étant arrêté à l'embouchure du Tibre, le cardinal Octavien, évêque d'Ostie, se rendit auprès de lui. Alors qu'on eut dû s'attendre, de la part du roi, à des marques de déférence envers un prélat venu sans doute au nom du pape pour louer ou stimuler son zèle, Richard se répandit en récriminations sur la vénalité de la cour de Rome. Il se plaignit qu'elle eût reçu sept cents marcs d'argent pour sacrer révoque du Mans, quinze cents pour conférer la légation d'Angleterre à l'évêquc d'Ely, qu'il avait chargé en son absence de l'administration de son royaume, et une somme non moins considérable pour empêcher la déposition de l'évêquc de Bordeaux accusé auprès du saint-siège par son pro-

i. Il mai 1189.

pre clergé K 11 y avait à peine trois ans qu'on avait appris la porte de Jérusalem, et déjà les cardinaux avaient oublié leurs serments.

On sait quelle fut Tissue de cette croisade, dernier élan de cette foi collective qui jadis avait donné aux chrétiens la possession de la Terre sainte. Avant d'avoir atteint Antioche qui, avec Tyr et Tripoli, était tout ce qui restait alors du royaume chrétien de Jérusalem, Frédéric vit son armée décimée par le manque de vivres, la fatigue et les maladies, et mourut lui-même misérablement en se baignant dans la rivière de Selef ^. Les rois de France et d'Angleterre, arrivant à leur tour, rassemblèrent les débris de l'armée allemande, qui s'était encore amoindrie depuis la mort de Frédéric. On put croire que la prudence de Philippe Auguste, jointe au courage de Richard, allait rétablir la fortune des croisés. Mais des querelles, qui divisèrent leurs efforts, en entravèrent le succès. Après la prise de Ptolémaïs, autrement dit Saint-Jean d'Acre, qui eut lieu le 12 juillet 1191, seul gain d'une expédition commencée avec tant d'appareil, Philippe Auguste se hâta de revenir en Europe, et, passant par Rome, se fît relever d'un vœu dont il n'avait qu'imparfaitement rempli les conditions ^, Richard demeura encore une année en Palestine, résolu à poursuivre seul une entreprise dont seul aussi il recueillerait la gloire. Il ne fit que montrer sa valeur dans des faits d*armes sans résultat, et, après une trêve conclue avec Saladin, reprit également le chemin de l'Europe, n'ayant aperçu que de loin les tours de la ville sainte qu'il avait juré de reconquérir '*.

Tandis qu'en Orient les chrétiens s'efforçaient vainement de reprendre la Palestine, d'importants événements se passaient en Italie. Le roi de Sicile, Guillaume II, était mort * peu de temps avant que Frédéric no se fût embarqué pour l'A-

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