décemb. 1192. Radulf. de Diceto
connu roi. Il obtint do Léopold qu'il lui livrât son prisonnier * et le lit transférer en Alsace dans la forteresse presque inexpugnable de Trifels. Par cet acte, il violait audacîeusement les privilèges qui plaçaient les croises sous la protection particulière de l'Église romaine. En Angleterre et dans d'autres Étals chrétiens, on s*émut de la captivité d'un prince dont on célébrait partout la valeur chevaleresque; et ce qui ajoutait encore à là pitié qu'inspirait son infortune, c'était que ses intérêts étaient menacés en Angleterre par son frère, le perfide Jean sans Terre, et en Normandie par Philippe Auguste *. Le pape néanmoins ne se hâtait pas d'intervenir. On s'étonnait d'autant plus de ce silence, que, dans le même moment, le chef de l'Eglise, par une encyclique envoyée aux souverains de l'Europe, les exhortait à une nouvelle croisade pour sauver ce qui restait de la Terre sainte ^. Vainement Hugues de Clermont, abbé de Cluny, écrivit-il à Tempereur et au pape. Vainement l'archevêque de Rouen et ses suffragants supplièrentils Célestin d'user du glaive de saint Pierre pour mettre fin à une captivité qui était tout ensemble une violation de la justice et une atteinte à rautorité de l'Église *. La mère de Richard, Éléonore, adressa de son côté au pontife des lettres réitérées, où, traduisant les sentiments que faisait naître la conduite du saint-siège, elle traçait, par la main de Pierre de Blois, ces mots accusateurs :
« Pourquoi tardez-vous à frapper le tyran qui, au mépris de Dieu et de l'Église romaine, retient dans les fers un prince revenant de la croisade, et que faites-vous du pouvoir qui vous a été remis ? Ni rois, ni empereurs ne sont pourtant exempts de votre juridiction, et Alexandre III n'a pas craint de séparer Torgueilleux Frédéric de la communion des fidèles. Croyez-vous que les peuples ne murmurent pas et que le res-
i. 23 mars 4193. Pour toutes les diverses circonstances de cette captivité, voir Zeller, Hist. d'Allem., t. IV, p. 424-449.