‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 28 sur 357 · Mignet, Joum, des Sav, loc. cit · texte numérisé non relu

Mignet, Joum, des Sav, loc. cit

3. « Hujus... decreti tu ipse auctor, persuasor subscriptorque fuisti. » Lettre adressée à Grégoire VII parles évéqucs allemands réunis an concile

la Sicile. Léon IX. et, à son exemple, Etienne IX s^étaient montrés hostiles à ces aventuriers. Conseillé par Hildebrand, Nicolas II adopta une autre politique. Le chef principal de ces Normands, Robert Guiscard, qui sentait le besoin de donner une consécration à ses conquêtes, avait sollicité du saintsiège, avec le titre de duc, l'investiture de ses nouveaux États. Nicolas II la lui conféra au synode de Melfi, dont la réunion suivit de près celle du concile de Latran *. En retour do cette investiture, Robert Guiscard prit rengagement, comme vassal du saint-siège, de payer un tribut annuel à rÉglisc romaine et d*aider Nicolas II, ainsi que ses successeurs élus canoniquement, « à garder avec sécurité et honneur la chaire apostolique, les terres de saint Pierre et le principat *. » Un serment analogue fut prêté par un autre chef normand, Richard, prince de Capoue. Ainsi la papauté, qui déjà s*appuyait par le marquis Gottfried et son épouse Béatrice sur la Toscane, s'appuyait maintenant par les Normands sur la Basse Italie. Un premier résultat de cette alliance fut de la remettre en possession d'une partie de son domaine temporel. Une armée de ces Normands, appelée par le pontife, replaça sous le pouvoir du saint-siège les provinces et les villes situées au sud et à Test de Rome, força à la soumission le parti féodal qui avait nommé Benoit X, et Ton vit bientôt Benoit lui-même venir aux pieds du pontife s'humi- Her et abdiquer ^.

Par des lettres adressées aux évêques et aux fidèles des divers États de TOccident, Nicolas II avait notifié les décrets

de Worms de 1076, Pertz, Leg. II, 44. Hildebrand, en souscrivant ce décret, se qualifie « subdiaconus », ce qui prouve qu'à celte date Nicolas II ne l'avait pas encore nommé archidiacre.

i. 23 août 1059.

2. « Adjuvabo te ut securè et honorificé teneas papatum romanum, terramque sancti Pétri et principatum. » Voir dans Baron . anno 1059, n*70, le texte de ce serment publié d'après un manuscrit du Vatican. Il ne parait pas douteux que, par ce « principat », il ne faille entendre l'autorité temporelle du saint-siège.

3, Annales RoTnani, — Bonitho, ibid.

publiés au concile de Latran, et ce fait, alors nouveau *, était, de la part du saint-siège, un autre signe de hardiesse. Ce qui montrait dans quelle pensée avait été rédigé le décret sur l'élection des papes, c'est que, dans celles de ces lettres qui visaient les États autres que TAllemagne, ce décret était reproduit sans les réserves stipulées en faveur de Henri IV*. Quant aux décrets de réforme, le pontife ne se contenta pas d'en faire la notification. Dès Tannée 1059 et pondant le cours de l'année suivante, des légats étaient envoyés en Italie et en France pour en prescrire l'exécution. Des synodes provinciaux furent réunis dans ce but à Vienne, à Tours, à Avignon, à Toulouse ^. Pierre Damien, qui avait été élevé récemment à la dignité de cardinal *, fut chargé, avec Anselme, évoque de Lucques, le futur Alexandre II, d'aller imposer ces décrets aux églises do Lombardie, qui étaient alors, entre toutes les églises d'Italie, celles qui se montraient le plus rebelles à la réforme ecclésiastique. L'archevêque de Milan, Gui, qui avait assisté au concile de La tran, n'osa y refuser son adhésion. Mais cette adhésion manquait de sincérité. La présence des légats, l'annonce de la mission rigoureuse qu'ils venaient accomplir, soulevèrent même, parmi les prêtres et les clercs milanais, un véritable orage, et à un moment Pierre Damien put craindre pour sa vie. Us ne voulaient ni se prêter à l'exécution des réformes, ni subir les ordres du saint-siège. « Le pontife de Rome n'a aucun pouvoir de juridiction sur l'Église de saint Ambroise, s'écriaient-ils, et nous ne souffrirons pas qu'une église, qui a toujours été libre, soit, à notre honte, soumise à une autre ! ^ »

1. Il faut remonter dans le passé à une date déjà éloignée pour rencontrer des lettres pontificales ayant le caractère d'encycliques.

2. Voy. Tencyclique destinée à toute la chrétienté dans Migne, t. 143, p. 1315, 1316. Outre cette encyclique, on possède une lettre spéciale adressée aux évoques « de la Gaule, de l'Aquitaine et de la Gascogne » et une autre aux évéques de la métropole d'Amalfi. Jbid, p. 1314, 1317.

Page 1