Ursperg. Chron. Pertz, sa. t. XXIII, p
cette fois dans son pouvoir temporel, allait-il sortir de sa modération, quand Henri lui annonça que, rentré en possession de ses droits sur la Sicile, il voulait désormais mettre au service de la foi la puissance que Dieu lui avait donnée et tourner ses forces contre les Infidèles. Célestin, qui voyait dans une croisade Taccomplissement d'un de ses vœux en môme temps qu'un moyen d'éloigner de l'Italie le redoutable empereur, ne jugea pas à propos do l'irriter par des rigueurs d'où pouvait naître un conflit. Il répondit à Henri par une lettre où, l'appelant « son très cher fils >> et attribuant moins à lui qu'à des serviteurs trop zélés les violences commises en Sicile, il l'exhortait à persévérer dans sa' pieuse résolution et lui notifiait l'envoi de doux cardinaux chargés de seconder son zèle *. Henri ne tarda pas en effet à retourner en Allemagne pour y préparer la croisade, dont le projet s'alliait chez lui à de nouvelles ambitions. Croyant alors tout possible à ses armes, il méditait, après avoir triomphé des Infidèles qu'avait affaiblis la mo rt récente de Saladin ^, de s'emparer de Constantinople et de conquérir l'Empire grec ^, Un autre motif le rappelait encore en Allemagne. L'impératrice Constance, qui l'avait accompagné en Italie, venait de lui donner un fils, qui fut depuis Frédéric II *. Reprenant et étendant tout ensemble une pensée qu'avait eue Barberousse, il avait conçu le dessein audacieux* de changer les constitutions de l'Empire, d'obtenir des princes l'abandon de leur droit d'élection ot de transmettre h ce fils, par droit héréditaire, la Sicile et l'Empire ^.
Cette continuelle faiblesse que montrait le pontife envers un monarque qui, pour tant de raisons, eût mérité les sévérités du saint-siège, n'était pas sans inspirer aux autres sou-
1. Ep. 207, 27 avril li95, Migne. Cf. JaSé-Wattenbach (août 4195), no 17274.