Ep. V, 89 (24 sept. i202). — GesL Innoc. c
4. Gherrier» Histoire de la lutte des papes et des empereurs, t. I« p. 374 et suiv. Après la mort de Marcwald, un autre allemand, Conrad d'Urslingen, l'ancien duc de Spolôte, avait voulu passer en Sicile et prendre sa place; mais il avait été arrêté par la mort. Voir ep. V, 79 (Lettre d'Innocent à l'archev. de Cologne.)
ricrs qui ne cessaient, depuis près de cinq années, de le braver dans sa double autorité de régent du royaume et de chef de TÉglise.
Ces résistances opposées de toutes parts au pouvoir ou aux prétentions du saint-siège n^indiquaient pas seulement un changement dans les rapports des princes et des peuples avec la papauté; elles dénotaient aussi une modiGcation dans l'état religieux des esprits. La direction inattendue que prit la croisade en fut une autre preuve. Le 8 octobre 1202, l'armée des croisés, forte de quatre mille cinq cents chevaliers, neuf mille écuyers et vingt mille hommes de pied, s'était enfin embarquée à Venise *. Avec un légat du saint-siège, chef spirituel de la croisade, un certain nombre d'évéques et d'abbés s'étaient joints à l'expédition. On devait croire que, selon ce qui avait été décidé, les croisés se porteraient directement sur l'Egypte ^. Mais, au lieu de faire voile vers Alexandrie, ils gagnèrent les côtes de Dalmatie et s'emparèrent de la ville de Zara au profit des Vénitiens, lesquels, ayant autrefois possédé cette place, leur avaient demandé de les aider à la reprendre, en compensation d'une somme de trente quatre mille marcs qui leur restait due pour le transport de l'armée '. Les croisés y passèrent l'hiver et remirent au printemps la suite de l'expédition. Innocent, qui leur avait interdit d'attaquer sur leur route aucune ville chrétienne, les rappela, en termes sévères, à l'objet de leur vœu et les menaça de peines ecclésiastiques. Ils reconnurent leur faute, s'excusèrent sur la crainte qu'ils avaient eue de se voir abandonnés des Vénitiens s'ils leur eussent refusé leur concours, et promirent d'obéir désormais aux ordres du pontife *.
Un incident, qui s'était produit dans l'intervalle, devait
1. (.'4'est du moins le chiffre indiqué dans le contrat de nolis qui avait été conclu à Venise en avril 1201. Murai, rer. ital. t. XIL p. 323.
2. Cette destination avait été spécifiée lors des pourparlers qui précédèrent la conclusion du traité avec les Vénitiens. Villehardouin, c. 18, 19. — Gest. Innoc. c. 83.