ViUehardouin, c
sage des croisés, Innocent leur adressa do nouvelles réprimandes, moins sévères, il est vrai, en raison de Tassurance qu'ils lui donnaient de la réunion des deux Églises. Il exigea néanmoins qu'ils fissent pénitence pour avoir une seconde fois contrevenu à leur vœu, et il leur renouvela les injonctions les plus pressantes de partir pour le lieu de leur destination *.
Ces dernières injonctions devaient également être inutiles. Une fois proclamé empereur, Alexis ne se montra plus disposé à exécuter le traité auquel il s'était obligé ^. Les Grecs, de leur côté, quand ils connurent les conditions de ce traité et surtout la promesse qu'avait faite Alexis de soumettre, lui et ses sujets, à l'autorité spirituelle de Rome, prirent leur nouveau souverain en haine; et, six mois après qu'ils l'avaient appelé à l'Empire, éclatait à Gonstantinople une révolte, à la suite de laquelle il était renversé du trône, remplacé par un autre empereur ^ et mis à mort *. Les croisés cependant étaient demeurés devant Gonstantinople, attendant vainement l'exécution des promesses d'Alexis, et, irrités de ces délais, ils avaient engagé contre les Grecs de premières hostilités. Le meurtre de ce prince, qu'ils considérèrent comme une insulte à leurs armes, et le refus fait par son successeur d'accomplir les conventions augmentèrent leurs ressentiments, et ils conçurent l'audacieux projet de s'emparer de la ville. Un premier assaut, donné le 12 avril 1204, suffit pour les rendre maîtres de cette riche et vaste cité. On sait comment, se répandant à travers la ville emportés par la colère et l'appât du butin, ils pillèrent ses palais, ses églises, détruisirent, avec là fureur de véritables barbares, les œuvres admirables de l'art antique qui décoraient ses rues et ses places, ajoutant à une destruction en quelque sorte systématique le viol et l'homicide, et étonnant jusqu'à leurs victimes