Villehardouin, c
par leur brutalité. « Est-ce ainsi, s'écriait rhistorien Nicétas, témoin do ces scènes de violences, est-ce ainsi que vous prétendez vous montrer plus pieux et plus obéissants à Jésus-Christ que les Grecs? Vous portez la croix du Seigneur, et vous avez commis plus d'horreurs dans une ville chrétienne que les Sarrazins n'en ont accompli dans Jérusalem ennemie de leur foi*. »
Revenus à eux-mêmes au sortir de ces désordres, les croisés pensèrent à assurer les résultats de leur conquête. Ils résolurent de porter au trône de Constantinople un des leurs et désignèrent pour empereur Baudouin, comte de Flandre. Ce prince se hâta de notifier à Rome et sa propre élection et cette prise soudaine de Constantinople qu'on devait regarder, disait-il, comme un miracle de la puissance divine-. Cette fois, au lieu de réprimander les croisés, le pape leur témoigna sa joie d'un événement aussi glorieux pour la religion 5. Dans cette étonnante fondation d'un Empire latin de Constantinople, il vit le gage certain de l'union des Eglises grecque et romaine ; il y vit aussi un moyen plus sûr de reconquérir la Terre sainte. « Si Dieu eût permis plus tôt cette translation de l'Empire d'Orient aux mains des orthodoxes, écrivait-il avec une secrète amertume, la chrétienté ne déplorerait pas aujourd'hui la perte de Jérusalem *. » A la vérité, il ne connut pas d'abord les excès par lesquels les croisés avaient déshonoré leur victoire. Dès qu'il en fut informe, il ne manqua pas de les flétrir; mais il ne frappa leurs auteurs d'aucune censure ecclésiastique, et, les rappelant de nouveau à l'observation de leur vœu, les pressa de se porter vers la Palestine, dont la conquête semblait facile désormais à leurs armes ^ Il devait être encore déçu dans son espoir. Les Latins, oublieux de leurs engagements, employèrent tous leurs
1. Nicetas, AnnaL Alex. Duc. Murzufl. c. 4 (édit. in f», 1647).