‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 319 sur 357 · Sçlimidt, Hiat, des Albig., t. I, p · texte numérisé non relu

Sçlimidt, Hiat, des Albig., t. I, p

incertaines au début, s'étaient peu à peu précisées. Pour être entachées de manichéisme et s'écarter, par ce côté, de renseignement de l'Église, elles no laissaient pas toutefois de se rattacher au dogme chrétien et de s'inspirer de ses mystères. Mais c'était moins par ces doctrines que par un zèle de piété et une austérité de moeurs qui, de l'aveu d'Innocent, faisaient un sensible contraste avec le relâchement du clergé orthodoxe, qu'ils avaient attiré à eux l'âme des populations ^ Tandis que, dans l'Église, l'étude du droit canon s'était de plus en plus substituée à celle des Livres saints, ils cherchaient dans les Écritures, à l'exemple des premiers chrétiens, les fondements de leur foi et l'aliment de leurs espérances. A ne parler que de la France, ils avaient traduit en langue vulgaire les Évangiles, les épîtres de saint Paul, le livre de Job, les Psaumes et d'autres fragments de l'ancien Testament. Rendues ainsi plus accessibles aux intelligences, les Écritures étaient lues, commentées dans des assemblées auxquelles les femmes elles-mêmes assistaient ^. Se croyant seuls les fidèles interprètes de la parole de Jésus-Christ, ils ne se bornaient plus, comme par le passé, à repousser un clergé qu'ils prétendaient s'être détourné, par sa vie profane et ses dérèglements, des voies de la vérité. Remontant à l'origine de ces abus, ils disaient que le mal s'était introduit dans l'Église depuis que, par la donation de Constantin, le successeur de l'Apôtre avait été investi de la puissance temporelle, ne craignaient pas de qualifier d'antechrist le pape Silvostre qui avait accepté ce funeste présent, et ajoutaient que, les effets de cette puissance ayant corrompu jusqu'aux doctrines, on était arrivé à enseigner et à croire dans l'Église romaine le contraire de ce qu'avaient cru et enseigné ses fondateurs '.

1. « Hseretici incautos tanto facilius post se trahunt, quanto ex vita archiepisGopi (Narbonensis) et aliorum praelatorum ecclesiss contra ecdesiam Bornant perniciosins argumentum. » Ëp. Vil, 75. Cf. ep.I» 94; II, 123.

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