‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 320 sur 357 · Ep. II · texte numérisé non relu

Ep. II

3. « B. Sylvestram dicunt antichristum fuisse. A tempore illo dicnnt ecclesiam perditam. » Bonacursas^ Viia hsBreticor., D'Achery, Spicil. t. I,

Ce n*étaiont pas seulement des laïques, — bourgeois, nobles et princes, — qui adhéraient à ces nouveautés. Innocent constatait que des ecclésiastiques môme tombaient dans ces erreurs ou les favorisaient. A mesure que s*était accru le nombre des adeptes, la secte s'était organisée. Elle avait ses pasteurs, ses communautés, ses diocèses. Des évêchés cathares avaient été institués à Toulouse, à Alby, à Carcassonne, à Agen. Toulouse était le chef-lieu de la secte en France, comme Milan l'était en Italie, où Ton comptait de même plusieurs évêchés *. Entre les Cathares des diverses contrées s'étaient établies des communications fréquentes et régulières. Ils entretenaient également des rapports avec les hérétiques d'autres dénominations, qui, différant d'eux par la doctrine, étaient comme eux opposés à l'Église romaine. Cette austérité de mœurs, ce goût des choses divines, cette interprétation libre des Écritures, ces communautés hiérarchiquement instituées et en relation les unes avec les autres, enfin le nombre considérable et toujours croissant des adeptes, indiquaient un mouvement des esprits auquel convenait mal le nom d'hérésie. C'était comme une Église nouvelle qui s'élevait en face de l'Église orthodoxe et menaçait d'absorber la vitalité religieuse de la catholicité *.

La gravité du péril n'avait pas échappé à la sagacité d'Innocent, et le sentiment qu'il en avait expliquait les dernières mesures qu'il avait adoptées, lorsque, trois ans auparavant, il avait envoyé dans le midi de la France l'abbé de Citeaux Arnauld et deux moines de cet ordre munis de pouvoirs illimités. Elles n'avaient pas eu plus de résultat que celles qu'il avait prises au début de son pontificat. Le roi de France, Phi-

p. 209. — tt Romanam ecclesiam ita corruptam esse, ut nunc credatur in ea et doceatur aliud quam quod credidit et in ea docuit B. Petrus. » Eckbertas, Sermon, adv, Cathar., Migne, t. 195, p. 73.

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