LA COUR PE BOME
386 LIVRE GINQUIKMK
mêmes contrées, avec des seigneurs de TAUemagne et de la Frise, prirent la croix; tout le Nord, en un mot, s'arma pour se précipiter sur le Midi que lui livrait le pontife. Ce fut le premier exemple d'une croisade entreprise contre des chrétiens, exemple funeste qu'Innocent léguait à ses successeurs et dont ils devaient un jour se prévaloir dans des causes étrangères à la religion. Pour distinguer cette croisade de celles de Terre sainte, on en porta Temblème sur la poitrine au lieu de le porter sur Tépaule *. Instruit de ces préparatifs, le pape, au mois de février 1209, écrivait aux croisés : « Soyeîî bénis dans le Seigneur, vous tous qui vous armez pour secourir rÉglise de Dieu. En avant donc, valeureux chevaliers do Christ! Jusqu'ici vous avez combattu pour une gloire passagère ; combattez maintenant pour la gloire éternelle ^! »
L'armée des croisés, dont Innocent avait confié la conduite à ses légats et plus spécialement à Tabbé de Cîteaux, ne tarda pas à s'ébranler et se dirigea par Valence sur les provinces méridionales. Le comte de Toulouse, effrayé, fit savoir aux représentants du saint-siège qu'il était prêt à donner satisfaction au pape. Mandé par eux à Valence, il s'engagea par serment à expulser les hérétiques de ses Etats, livra, comme caution de cet engagement, sept de ses principales foiteresses et obtint, à ce prix, d'être relevé de Tanathème, après avoir fait publiquement acte de pénitence ^. Il semblait dès lors que la guerre manquât de motif. Mais, en usant de cette indulgence envers le plus puissant des seigneurs du midi, les légats n'avaient voulu que le séparer des autres barons de la contrée, pour triompher de ceux-ci plus aisément et se retourner ensuite contre lui. Innocent leur avait recommandé
1. GuiUelm. Armor. Gest. Phiiipp. Aug. anno 1208. Cf. Petr. Vall. Cern. Hist. Albigens, c. 13. D'après d'autres chroniqueurs, les combattents contre les hérétiques portèrent la croix sur Tépaule droite, tandis quo les croisés de Terre sainte la portaient sur l'épaule gauche. Hurler, Hist. dinnoc, III, t. ni, p. 100.
2. « Eia igitur, potentissimi Ghristi milites, eia strenuissimi militise ohristianse tironest Pugnastis hactenus pro gloria transitoria ; pognate jam pro gloria sempiterna. » Ep. XI, 230.