‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 326 sur 357 · Schmidt, Hist. des Albig. t. I, p · texte numérisé non relu

Schmidt, Hist. des Albig. t. I, p

3. Voir, ep. XII. 108. la lettre des lôfiats. D'après Guillaume de Nangis, il y eut dix-sept mille personnes de tuées. Albericus porte le chiffre à soixante mille, chiffre évidemment inadmissible. La cathédrale, où des milliers d'habitants avaient cherché un refuge sans pouvoir échapper au massacre, s'écroula par l'incendie.

4. Ep. XII, 122 (Lettre du pape à Simon de Montfort). Cf. ep. ibid. i08.

Do tels excès soulevèrent dos proleslations, on doit le dire, dans les rangs mêmes des croisés. Il y eut des doutes, des défiances sur la sainteté de l'œuvre qu'on leur ordonnait d'accomplir. Un duc de Bourgogne, un comte de Ncvors, à qui l'abbé Arnauld avait d'abord offert la seigneurie des terres conquises, la refusèrent. Ils étaient venus, disaient-ils, pour punir les hérétiques, et non pour usurper des domaines sur lesquels ils n'avaient aucun droit K Plusieurs de ces seigneurs, une fois leur « quarantaine » finie, se hâtèrent de quitter l'armée. Un des narrateurs de la croisade, favorable aux orthodoxes et qui était lui-môme un clerc, écrivait au sujet de la prise do Béziers : « Je ne crois pas que, du temps des Sarrazins, si sauvage massacre ait été jamais ni résolu, ni permis ^. » Si des protestations se produisirent parmi les catholiques, on juge de l'indignation qui dut animer les populations du midi. Les troubadours, ces poètes provençaux dont les chants partout répétés exerçaient sur elles une si grande influence, s'élevèrent dans de violentes satires contre « la gent étrangère du Nord, » contre « ces lâches évoques qui, peu soucieux de la porte du saint sépulcre, aimaient mieux s'enrichir des dépouilles des riches cités provençales ^ » Quant à Innocent, on peut supposer qu'il fut entraîné dans cette guerre naissante au delà de ses prévisions; on peut surtout affirmer qu'il n'ordonna pas les horreurs qui s'accomplirent. Toutefois il ne désavoua pas ses légats, qui, en l'informant de la prise de Béziers, n'avaient pas craint de lui notifier jusqu'au nombre des victimes; et le pape, qui avait reproché aux croisés d'Orient les excès qu'ils avaient commis dans Constantinople, se tut sur ceux que commirent les croisés du Languedoc. Dans des lettres qu'il adressait alors aux prélats de ces contrées, il rendait grâces à Dieu d'avoir bien voulu exercer sa justice; et, loin de chercher à modérer

1. Guill. de Tudèle, Chanson de la croisade contre les Albigeois, éd. P. Meyer, t. Il, c. 34.

Page 1