‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 335 sur 357 · Avril · texte numérisé non relu

Avril

5. Ce fait, affirmé par Hurter et depuis par plusieurs historiens, ne parait reposer sur aucun texte positif. Il est toutefois difficile d'admettre que, dans cette entrevue, le pape n'ait pas stipulé, au moins verbalement, la séparation dos deux couronnes, se réservant d'en exiger un engagement formel quand Frédéric aurait détinitivoment triomphé de son rival. D'ailleurs un acte de Frédéric du 1" juillet 1215, — celui-là môme qui établit la dite séparation (Huillard-Bréholles, ibid. t. I, p. 469), — indique que ce fut sur un mandement du pontife (k ad mandatum vestrum ») qu'il fit couronner son flls Henri avant de quitter la Sicile, et il est permis de voir, dans cette obligation imposée à Frédéric, comme la préparation & une séparation effective. En outre, dans l'acte du 15 juillet 1213, que nous mentionnons plus loin, Frédéric s'engage envers le pape « ad retinendumet ad defendendum eccl'îsiie romanœ regnum Siciliœ », engagement qui ne se comprendrait guère si la séparation n'eût pas été décidée en principe.

avait atteint la ville de Constance dont Tévêque, non sans hésitation, lui avait ouvert les portes, et de là, évitant avec autant de bonheur que d'intrépidité Otlon accouru pour lui barrer le passage, était enfin parvenu à Bâlc, oii ses partisans n'avaient pas tardé à le rejoindre K A peine avait-il pris pied en Allemagne qu'il négociait avec Philippe Auguste un traité d'alliance que le fils de ce souverain, depuis Louis VIII, venait lui-même signer à Toul, le 19 novembre 1212 *. Quelques jours après, le 5 décembre, dans une diète à Francfort, les princes qui s'étaient d'abord déclarés pour lui et nommément le duc de Bavière le proclamaient de nouveau roi des Romains, et, le dimanche suivant, en présence dos délégués du pape et de ceux du roi de France, il était couronné par l'archevêque Siegfried dans l'église de Mayencc ^.

Ce n'était là toutefois pour Frédéric qu'un commencement de victoire; il lui fallait encore arracher le pays presque entier à son compétiteur. Mais la protection du pape l'avait suivi en Allemagne. Innocent déploya pour le petit-fils de Barborousse le même zèle qu'il avait jadis montré pour le prince qui était aujourd'hui son rival. Il ne se borna pas à exiger l'adhésion des évêques; il mit au service de Frédéric les foudres apostoliques, et quiconque gardait sa foi au monarque excommunié ou acceptait de lui des fonctions ou des fiefs fut frappé d'anathème *. L'intervention du pontife et plus encore, on doit le dire, les secours considérables d'argent que Philippe Auguste fit transmettre à Frédéric * aidèrent le jeune roi à augmenter le nombre de ses adhérents. Dès les

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