GuUlelm. Armor. Chron. anno
2. « Declaratio belli contra Innocentium III ejusquo asseclas. » Lunig. Cod, dipl liai. UI,n^ii,
3. GuiUelm. Armor. Philippid. l.^X, éd. Delaborde, p. 306 et ss. Cf. id. Chron. anno 1214.
400 LIVRE CUNQUIÈME
On connaît ce qu'il advint des orgueilleuses prétentions et des menaces de Temporeur. Pendant que Jean sans Terre, attaquant la France par Touest et s' avançant de la Guyenne vers la Loire, était repoussé par le fils de Philippe Auguste, Otton, attaquant le royaume du coté du nord et se perlant sur la Picardie, perdait contre le roi de France en personne, le 27 juillet 1214, la mémorable bataille de Bouvines, la plus grande du moyenâge *. Par cette victoire, Philippe Auguste ne délivra pas seulement la France menacée de démembrement, en même temps qu'il consolida et grandit la royauté française ; il ruina en Allemagne le parti d'Otton, qu'il rendit incapable de lutter désormais contre Frédéric. Avec cette inconstance dont si souvent les princes allemands avaient donné la preuve, les ducs de Brabant et de Limbourg et, à leur exemple, la plupart des seigneurs qui étaient restés attachés à la cause d'Otton se soumirent à son rival. Moins d'une année après la bataille de Bouvines, alors que l'empereur, délaissé des siens, quittait Cologne ^, où il avait d'abord cherché un refuge, et se retirait dans son duché de Brunswick, Frédéric se dirigeait vers Aix-la-Chapelle et y était couronné en présence de presque tous les princes ecclésiastiques et séculiers de l'Allemagne. Il y renouvelait solennellement ses assurances de dévouement à l'Église romaine et au pape, et, de son propre mouvement, « afin de témoigner, disaitil, sa reconnaissance envers Dieu de tous les bienfaits qu'il en avait reçus, » se croisait contre les Infidèles '.
Le pape triomphait une seconde fois en Allemagne. Néanmoins on pouvait dire d'Innocent ce qu'on avait pu dire d'Alexandre III au sujet de sa double querelle avec Frédéric Barberousse et Henri II d'Angleterre : l'ascendant du pontife avait aidé, non déterminé les événements. C'était la
1. Voir, pour la description de cette bataille, Guillelm. Ârmor. Chron. anno 1214, avec les éclaircissements de M. Delabordo (Rigord et GutUaume le Breton, t. I, p. 266.295).