‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 339 sur 357 · Annal. Colon, max, — Chron. Leodiense · texte numérisé non relu

Annal. Colon, max, — Chron. Leodiense

mort do Philippe de Souabe qui avait assuré le trône à Otton; c'était la victoire du roi de France à Bouvines qui l'assurait à Frédéric. Celte attribution définitive de la couronne à Frédéric n'eut pas moins pour effet de rehausser encore aux yeux de TEurope l'autorité du saint-siège. Par une singulière fortune et comme si tout, depuis quelque temps, eût favorisé Innocent, cette autorité venait de recevoir, par une autre voie, un accroissement inattendu. Dans le moment où se préparaient les événements qui, en amenant le triomphe du pape en Allemagne, le délivraient en Italie des entreprises d'Otton, il avait vu l'un des plus puissants souverains de l'Occident se placer de lui-même dans sa vassalité. Déjà, en 1211, la P.ologne, en la personne de son duc Vladislas, s*était faite tributaire de Rome *. Deux ans après, à la suite d'un différend que Jean sans Terre avait eu avec le saint-siège, différend dont l'origine était antérieure au couronnement d'Otton, l'Angleterre, se liant par une plus étroite sujétion, devenait la vassale de l'Église romaine.

Ce différend s'était produit à l'occasion d'une élection à l'archevêché de Canlorbéry. Jean ayant refusé l'entrée do ses États au cardinal Etienne Langton qu'Innocent avait luimême nommé à ce siège et sacré de sa main, le pape, après plusieurs admonestations demeurées inutiles, avait jeté l'interdit sur l'Angleterre ^. Au lieu de céder, Jean avait contraint lesévêques a sortir du royaume, confisqué les biens des églises et entrepris contre le clergé une sorte de persécution. Excommunié par le pontife ^, il n'avait pas laissé de continuer ses violences. Innocent, qui était alors au début de sa lutte avec Otton, s'était abstenu de donner suite pour le moment à ses sévérités. Mais, aussitôt qu'Otton, déjà ébranlé dans sa puissance, avait quitté l'Italie pour aller en Allemagne disputer l'Empire à Frédéric, il était sorti de son silence

1. Innocent III, ep. XIV, 51. Cf. Raynald. Annal, eccles. anno 1211, n» 23.

2. La sentence avait été publiée sur la fin de mars 1208. Voir, à cette date, Potthast, Reg. pontif. Cf. ep. X, 113.

3. Rog. de Wendov. Flor. histor. Cf. Potthast, ibid., 12 janvier 1209. La Cour de Rome. 26

et avait envoyé signifier au roi les conditions auxquelles il lui enjoignait de se soumettre, sous peine d'encourir d'autres rigueurs. « Il ne s'agit plus seulement de l'archevêque de Cantorbéry, lui avait-il écrit, mais de l'Église d'Angleterre. Si, avant trois mois, vous ne vous êtes soumis à ces conditions, sachez que nous trouverons un bras assez puissant pour soustraire le clergé à votre tyrannie. Sachez aussi qu'une fois abattu, il sera trop tard do vous repentir, ainsi que vous le pouvez connaître par l'exemple de ceux qui, dans ces derniers temps, ont, comme vous, essayé de nous braver ^ » Il avait écrit également aux prélats d'Angleterre, et, leur rappelant que Jean était fils d'un souverain qui avait persécuté Thomas Becket et qu'il n'était que trop manifeste que la perversité se transmettait avec le sang, il leur avait défondu, dans le cas oii[Jean, par son opiniâtreté, s'exposerait à de nouveaux châtiments, de couronner roi aucun de ses héritiers ^. Ces menaces n'avaient pas tardé à être suivies d'efiet. Jean ayant repoussé les conditions qui lui étaient imposées, le pontife, par une sentence, avait délié ses vassaux et ses sujets de leur serment de fidélité, et, sans craindre de jeter encore une fois les peuples dans les maux de la guerre, avait invité Philippe Auguste à détrôner par les armes un prince impie et rebelle '.

En s'adressant pour l'exécution de cette sentence à l'ennemi déclaré de Jean sans Terre, Innocent était assuré d'être obéi. Philippe, oubliant que lui-même avait contesté au saintsiège, à diverses reprises, le droit d'intervenir dans le temporel des États, commença aussitôt les apprêts d'une expédition, avec le dessein de placer son fils Louis sur le trône d'Angleterre ^, et, pour se concilier davantage la fa-

1. « Eritque inutilis pœnitentiapost ruinam, sicut per eorum exempla potes cognoscere qui diebus istis prœsumpserunt. » Ep. XV, 234 (mars 1212). Cf. ibid. 23o. Il ne paraît pas douteux que, par ces derniers mois, le pape ne fasse allusion à Otton et au comte de Toulouse.

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