w Toliiis terrap prihcipem et'monarcham. » Ibid. c
truiro la capitale de ses nouveaux États, on se contenta d*en combler les fossés et d'en raser les murs*. Rai mond, dépouillé de tous ses domaines de la rive droite du Rhône, se retira dans celles de ses possessions qu'avait épargnées l'invasion des orthodoxes ; et Simon, recevant enfin le prix de ses efiorts, put se qualifier « par la grâce de Dieu, comte de Toulouse, vicomte do Béziers et de Carcassonne et duc de Narbonnc. - »
Par cet acte de spoliation se termina la croisade ordonnée par le saint-siège contre les hérétiques albigeois. Bien que les populations de ces provinces dussent tenter par la suite de se soulever encore. Innocent n'en avait pas moins atteint le but qu'il s'était proposé. Non qu'il eût étouffé l'hérésie ; mais, si Ton peut ainsi parler, il la désorganisa, Elle continua d'être un crime, elle cessa d'être une puissance. Il raffermit ainsi l'unité de l'Église qu'elle commençait à ébranler. Mais à quel prix ! en condamnant à disparaître, sous le joug des races du Nord, la nationalité particulière du midi de la France, en arrêtant dans son cours une civilisation qui faisait alors du Languedoc la contrée la plus florissante de l'Europe, contrée où les villes étaient prospères, où régnait la tolérance religieuse et où brillait la poésie. Par cette guerre terrible, il amassa chez ces peuples des ressentiments qui survécurent longtemps aux causes qui les avaient fait naître, et dont les troubadours, fuyant leurs foyers dévastés, allèrent en d'autres régions se faire les interprètes passionnés. Les seigneurs, comme les bourgeois, attribuèrent les malheurs de leur patrie à la rudesse et à la violence dos barons du Nord, mais plus encore à la perfidie et au fanatisme du clergé. A la vérité, on peut dire, à l'excuse d'Innocent, que plus d'une fois ses légats outrepassèrent ses ordres ; on peut dire également qu'il trouva dans les chefs de la croisade de trop zélés exécuteurs de ses sévérités. A aucun moment
1. Chanson de la croisade contre les Albigeois^ t. II, c. 141.
2. D. Vaissette, Hist. du Languedoc, édii. Molinier, t. VIII» Preuves, n- 178 à 189.
néanmoins il ne blâma les violences qui avaient été commises contre les hérétiques, et, pour avoir appelé sur eux l'extermination, il en garde, auxjyeux de l'histoire, la respjonsabilité.
Vers la fin de Tannée où avait eu lieu cette reddition de Toulouse, le H novembre 1215, Innocent célébrait à Rome un concile général, appelé le douzième œcuménique ou le quatrième do Latran. Dès le mois d'avril 1213, alors qu'en Allemagne la fortune d'Otton commençait visiblement à décliner et qu'en France l'hérésie pouvait être regardée comme vaincue, il avait dans ce but adressé des lettres de convocation aux princes et aux prélats de toute la chrétienté ^ Reprenant un projet dont il n'avait cessé, au milieu de tant d'événements, de nourrir la pensée, celui de reconquérir la Terre sainte, il avait résolu d'appeler les fidèles à une nouvelle croisade contre les Sarrazins, et, afin d'en assurer l'exécution, il avait voulu s'appuyer du concours d'une assem blée générale do l'Église. En même temps qu'il avait envoyé ces lettres de convocation, il avait chargé des ecclésiastiques, dans les différents diocèses, de préparer les esprits à cette suprême entreprise ^ ; et c'était pour répondre à ce vœu du pontife que Frédéric, lors de son couronnement à Aix-la- Chapelle, avait spontanément pris la croix. Mais le principal objet qu'Innocent avait eu on vue en réunissant cette assemblée, c'était la correction des mœurs du clergé. Tous les archevêques qu'il avait mandés au concile avaient reçu l'injonction do s'enquérir avec soin, dans leurs prtivinces respectives, des abus auxquels il importait de remédier, et d'en consigner la mention dans des mémoires qu'ils apporteraient à Rome. Des injonctions semblables avaient été adressées à tous les chefs d'ordres monastiques ^. Après avoir abattu l'hérésie et relevé partout en Europe l'ascendant du saint-siège, Innocent voulait, par la répression des désordres qui s'étaient