Greg. Ep. VII
saînt-siègo*. Depuis longtemps tout le désignait au pontificat, sans qu'il eût paru encore vouloir en assumer le fardeau. Quand Alexandre mourut, le 21 avril 1073, les Romains lui laissèrent le soin de préparer le choix de son successeur. Mais, dans le moment où, entouré de la foule du clergé et du peuple, il procédait à Tinhumation du pontife défunt, des voix tumultueuses, s'élevant à la fois de toutes parts, le proclamèrent lui-même pape ; les cardinaux sanctionnèrent de leurs suffrages le vœu de la multitude, et il fut, malgré sa résistance, intronisé presque do force sur la chaire de saint Pierre*.
Cette résistance d'Hildebrand venait de la pieuse appréhension des devoirs auxquels, en montant sur le saint-siège, il se sentait appelé '. Ayant guidé lui-même la papauté dans les voies qu'elle avait suivies, il savait jusqu'où il était tenu de la conduire. Il savait qu'il n'avait pas seulement à continuer l'œuvre non encore achevée de la moralisation du clergé, à maintenir l'indépendance du saint-siège à l'égard de l'Allemagne, mais qu'il lui fallait affranchir l'Église de la sujétion des princes, comme il avait affranchi la papauté de la sujétion des empereurs, et, s'appuyant sur l'Église redevenue libre, imposer la règle à ce monde troublé et brutal qui ne connaissait d'autres mobiles que ses passions et d'autre droit que la force. Ces devoirs, qu'il était déterminé à exercer dans leur rigueur, ne lui apparaissaient pas uniquement comme une obligation créée à sa piété par le malheur des temps. Il croyait d'une foi profonde qu'au vicaire de l'apôtre Pierre appartenaient tout ensemble le gouvernement des églises et la tutelle des sociétés humaines. Témoin de la dureté des princes et de la corruption d'un clergé qui entraînait au mal les hommes par son exemple *, il prévoyait les luttes que des
1. « Gùm adhùc in diaconatûs officio positi essemus, sjepè eum (Henricum) per litteras et nuncios admonuimus. » Ep. coU. 14; cf. ep. IV, i.