Baron, anno 1079, n
Tandis que Grégoire cherchait ainsi à imposer sa suprématie au sein de la catholicité, des événements s'étaient passés en Allemagne, qui menaçaient de renouveler le conflit entre le saint-siège et l'Empire. Henri n'avait sollicité l'absolution du pape que pour arrêter dans leurs entreprises les ennemis de sa couronne; une fois relevé de l'excommunication, il avait refusé de se soumettre au jugement d'une seconde diète et repris ostensiblement l'appareil royal. De leur côté, les princes qui s'étaient prononcés contre lui à l'assemblée de Tribur, trouvant dans cette violation du traité de Canossa un prétexte qui servait leur inimitié, s'étaient ligués de nouveau, et, dans une diète à Forcheim, ils avaient proclamé roi Rodolfe, duc de Souabe. Celui-ci, intéressé à se ménager la protection de Grégoire, s'était hâté de faire parvenir au pape les promesses de son obéissance. Mais, cette fois, Henri, au lieu de céder devant ses adversaires, avait résolu de les combattre. S'appuyant en Italie sur les évoques lombards, qu'il savait hostiles aux réformes pontiGcales, et en Allemagne sur les populations des villes et la petite noblesse habilement opposées par lui aux princes qui avaient déserté sa cause, il s'était en peu de temps refait des partisans et bientôt une armée *.
Ces apprêts de guerre civile n'avaient pas été sans émouvoir la* sollicitude de Grégoire. Bien qu'il ne pût se dissimuler que Henri IV avait trahi ses serments, il s'était abstenu de sévir contre lui et avait cherché d'abord à s'interposer dans l'intérêt de la paix. Sans vouloir soutenir Henri, il ne s'était pas non plus déclaré pour Rodolfe *, et, au synode romain du mois de mars 1078, il avait décidé que des légats se rendraient en Allemagne pour y rassembler dans une diète les évoques et les princes et prononcer ensuite, selon la justice, entre les deux rivaux. Afin de donner plus de
1. Pour tous ces faits, voir Zeller, BUt d'AUem, t. m, p. 343-354.
2. Dans une lettre qui parait avoir été écrite peu avant la mort de Roéolfe, ep. VIII, 5, Grégoire déclarait expressément avoir été étranger à l'élection de ce prince.
force à Tautorité de ses légats, il avait, dans ce synode, menacé d'anathème quiconque, roi, prince ou évêque, apporterait une entrave à leur mission ^.11 n'avait pu toutefois empêcher la guerre d'éclater, et, le 7 août, les deux rois s'étaient heurtés à Melrichstadt dans une mêlée terrible, sans qu'aucun d'eux parvînt à triompher *. En vain, dans un second synode tenu au mois de novembre de la même année et auquel l'un et l'autre avaient envoyé des députés, Grégoire avait-il confirmé les pouvoirs de ses légats et réitéré ses menaces d'anathème ^ Malgré une trêve qui avait paru un moment suspendre les hostilités, la guerre, engagée dès le début avec cette brutalité qu'on appelait la « fureur tudesque * >> et portée à la fois en Saxe, en Franconie, en Souabe, avait continué d'ensanglanter l'Allemagne.
Le spectacle de ces maux qu'il eût voulu prévenir arrachait à Grégoire les plaintes les plus amères. « Quand je considère la désolation de ce royaume d'Allemagne, hier encore si glorieux, s'écriait-il, ce qu'il y a de tristesse en mon âme et de cris de douleur qui chaque jour s'élèvent de mes entrailles. Dieu seul le sait, lui qui connaît le cœur des hom* mes *l » Ce qui augmentait son amertume, c'était qu'en persévérant dans ses desseins de conciliation, il se voyait en butte, des deux côtés, aux plus vives récriminations. Henri, qui disait combattre en Rodolfe un vassal rebelle et un usurpateur, et Rodolfe, qui, en se déclarant contre Henri, prétendait soutenir la cause de l'Église, s'irritaient également de la neutralité apparente gardée par le pontife •. Tous deux, dans l'espoir de gagner son appui, députèrent des fondés de pouvoir à un troisième synode que Grégoire réunit à Rome au