‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 79 sur 357 · Ep. 68, Migne (21 octobre · texte numérisé non relu

Ep. 68, Migne (21 octobre

laume le Roux, qui opprimait et pillait les églises de son royaume, n'avait gardé la neutralité entre les deux papes que pour mieux s'affranchir de ses liens avec Rome. Le roi de Franco, hostile au roi d'Angleterre et à l'empereur qui avaient tous deux un pied dans ses États, l'un par la Normandie et l'autre par la Bourgogne, témoignait à Urbain, par politique plutôt que par piété, une déférence moins réelle qu'apparente. Les rois chrétiens d'Espagne semblaient plus sincères en leur obéissance, parce qu'ils étaient plus faibles et que, sans cesse on guerre avec les Maures, ils sentaient leurs intérêts liés au triomphe de l'orthodoxie. Mais, si les princes se montraient encore hésitants ou rebelles, il n'en était pas djB même des évêques. L'esprit d'indépendance qui animait jadis l'épiscopat commençait à faibUr ; et, dans le clergé orthodoxe, gagné do plus en plus aux idées romaines, les prélats les plus éclairés reconnaissaient l'entière autorité du saint-siège sur l'Éghse. Quelques mois avantqu'Urbain ne tînt le concile de Bénévenl, le célèbre Yves de Chartres, qui venait d'être élu à l'épiscopat, était allé en Italie soUiciter du pontife une consécration que lui avait refusée l'archevêque de Sens*; et, comme celui-ci contestait la validité d'une consécration qu'il disait contraire à ses droits de métropolitain : « Il vous plaît de qualifier de bénédiction telle quelle, lui écrivit le nouveau prélat, celle que j'ai reçue du pape. Vous savez pourtant qu'il appartient au saint-siège de confirmer ou d'infirmer les «consécrations tant des métropolitains que des autres évêques, et qu'il a le droit do réformer vos jugements sans qu'il soit permis à personne de réformer les siens; » et il ajoutait ces mots plus graves : « Vous ne devez pas non plus ignorer que quiconque s'oppose aux jugements et aux constitutions du siège apostolique devient par cela seul suspect d'hérésie ^. » Plus

1. D'après des lettres d'Urbain adressées au clergé de Chartres et à Taruhevéque de Sens (Jafifé-Wattenbacb, n*»" 5438, 5439), ce fut dans les derniers jours de novembre 1090, à Gapoue, qu'Yves de Chartres fut sacré par le pape.

2. « Cujus (sedis apostolicse) judiciis e( constitutionibus obviare, plane est hereticae pravitatis notam incurrere. » Yvo Carnot. ep. 8, Migne, t. 462.

tard, un autre prélat, également réputé pour son savoir et sa piété, Anselme, abbé du Bec, éleV^é depuis peu à rarchevêché de Cantorbéry, adressait au pape un traité qu'il avait composé sur l'Incarnation, avec une lettre où, l'appelant « Seigneur et père de TÉglise universelle », il disait : « Je soumets ce livre aux lumières de votre sagesse, et je vous prie de corriger ce qu'il pourrait contenir de contraire à la foi; car, en plaçant entre vos mains le gouvernement de son Église, Dieu vous a constitué l'arbitre de la doctrine et le juge de l'erreur ^ »

Cependant Henri IV continuait de s'avancer en Toscane et pressait do plus en plus ses adversaires, sans réussir toutefois à lasser leur résistance, quand des événements que ne sut ni prévenir son habileté, ni arrêter sa puissance, changèrent la face des choses. Impatientes du joug allemand et aspirant déjà à se constituer, comme elles le firent par la suite, en municipalités indépendantes, les villes do Milan, Crémone, Lodi, Plaisance, abandonnèrent soudain le parti de Henri IV et s'associèrent, pour une période de vingt années, dans une ligue contre l'empereur ^. Ce ne fut pas le seul coup qui vint frapper le monarque. Son 61s aîné, Conrad, qui avait contribué de sa personne aux premières victoires des armes impériales, poussé par de secrets ressentiments ^, peut-être aussi par le désir de régner, se jeta à son tour dans la révolte. Il fit alliance avec la comtesse Mathilde et le jeune Welf de Bavière, à la cause desquels les cités Lombardes avaient de leur côté uni leurs intérêts, et, se rendant à Monza sous la protection dos troupes toscanes, y reçut la couronne d'Italie ^des mains de l'archevêque de Milan*. Cette double défection mit fin aux succès de l'empereur dans la péninsule. Délaissé de la plus grande partie de son armée

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