Ad, sanctor, 14 april. p
5. (( Ecclesiastica officia, non secundùm carnis originem, sed secundùm meritorum virtutem, distribui oportet. » Concile de Limoges en 1031.
6. « In monasteriis... abbates laici cum uxoribus suis, filiis et flliabos, cum militibus et canibus morantur. » Mabill. Annal, Bened. t. III, p. 330; t. IV, p. 296.
ceux des monastères qui demeuraient fidèles à la règle du célibat, les mœurs n'étaient pas non plus toujours à Tabri de la corruption. En 1049, le fougueux ermite de Fonte-Avellana, Pierre Damien, adressait au pape Léon IX un écrit où il dépeignait les vices de certains couvents en de tels termes et avec de telles images, que, cet écrit étant tombé plus tard entre les mains d'Alexandre II, celui-ci jugea prudent de le faire disparaître et le cacha dans ses archives *.
Par une particularité digne de remarque, c'était en Italie et dans le voisinage du saint-siège que les mœurs du clergé se montraient le plus déréglées. Raoul Glaber écrivait que ritalie était de toutes les contrées de TEurope celle qu'infectait davantage le venin de la simonie, et qu'on y trafiquait des charges de l'Église de la manière qu'on eût vendu des marchandises en un lieu public *. Au dire de Bonizo, évêque de Sutri,il eût été difficile de rencontrer dans toute la péninsule un seul ecclésiastique qui ne fût « ou simoniaque ou concubinaire'. » De son côté, Didier, abbé du MontCassin et plus tard pape sous le nom de Victor III, parlant de l'incontinence du clergé italien, disait que ce n'étaient pas seulement des prêtres, mais des évéques qui en donnaient l'exemple, et il ajoutait que ces scandales étaient plus fréquents à Rome qu'en aucun lieu de l'Italie *.
Il n'était pas jusqu'à la papauté qui n'eût été souillée ; elle l'était par les mômes causes qui avaient souillé TÉglise. Le domaine temporel du saint-siège, que les Carolingiens avaient augmenté jadis d'importants territoires, réduit alors, à peu de chose près, à l'ancien duché de Rome, était devenu la proie des seigneurs féodaux *. Les barons qui dominaient
1. « Nocte tulit suisque scriniis insarcivit. » Petr. Dam. ep. apud Baron, anno 1049, n» 15. Cet écrit avait été intitulé par son auteur le Gomorrhœus,
2. « Quasi in foro ssBCularia mercimonia. » Rad. Glaber, V, 5.
3. Bonitho, lib, ad amie. 1. Y, édit. Jafié, dans les Monum. gregor.
4. « Nonnulli etiam episcoporum, verecundiâ. omni contemptâ, cùm uxoribus simùl in un& domo habitare ; et hœc pessima consuetudo intrà Urbem maxime pullulabat. » Desider. Dialog.l. III.
5. Voy. dans Huillard-Brébolles, Not. et extr, des mss, t. XXI, 2« part., Ténumération des provinces et des villes qui composaient le domaine apostoli-
dans Rome ou autour de Rome no s'étaient pas bornés à ces usurpations. Ne laissant au clergé et au peuple, à qui appartenait la désignation des pontifes et dont ils achetaient ou forçaient les suffrages, qu'un vain droit d'élection, ils s'étaient emparés do la papauté elle-même. Longtemps ils avaient porté sur la chaire apostolique leurs violences ou leurs crimes *. Pendant toute la première moitié du siècle, elle était demeurée, par une sorte « de droit héréditaire*, » dans la famille des comtes de Tusculum, qui s'y maintenaient au moyen de leurs richesses. Jean XIX, qui on 1024 succéda à son frère Benoit VIII, n'appartenait pas mémo à l'Église lors de son avènement ; et, en un jour, de préfet de Rome, il était devenu pape. Son neveu, Benoit IX, qui le remplaça en 1033, sortait au plus de l'adolescence. Il s'était jeté bientôt dans tous les excès, ajoutant à de publiques débauches le vol et l'homicide. Chassé de Rome par le peuple en 1044, il y était rentré à main armée. A un moment, il conçut le projet d'épouser la fille d'un baron de la Sabine, et peu s'en fallut que la chaire de saint Pierre, devenue déjà en fait presque héréditaire, ne fût occupée par un prêtre marié ^.
A proportion que l'Église s'était abaissée, elle avait perdu de son unité. Depuis qu'au neuvième siècle un schisme avait séparé l'Église grecque de l'Église latine *, les conciles œcuméniques étaient tombés en désuétude. En Occident même, où ne se rassemblaient plus que de rares synodes provinciaux,
que à la mort de Charlemagoe. Sous Alexandre II, alors que la papauté avait recouvré une partie de ses possessions, elle n'avait encore, avec Borne, que leLatium,la Maritime et une portion de la Sabine et de la Toscane romaine. Encore n'y exerçait-elle guère qu'une souveraineté nominale, ces territoires étant en fait aux mains de nombre de petits seigneurs. Gregorovius, Sioria di Roma {irad. ital.), t. IV, p. 182, in-12, Venezia, 1873.
1. Bonitbo> /iô. ad amie. 1. III. — Mignet, Journal des Savants, loc, cit.