‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 87 sur 357 · Jaffé-Wallenbach, n · texte numérisé non relu

Jaffé-Wallenbach, n

peu de temps, le mouvement gagna toute la France et s'étendit jusqu'au Rhin. L'exaltation de la foi, les vues intéressées do la conquête, Tattrait de l'inconnu, tout contribua à émouvoir les imaginations et entraîner les esprits. Cet enthousiasme, il est vrai, fut d'abord souillé par des actes qui ne témoignaient que trop do la brutalité de l'époque. Des bandes, composées d'hommes de toute njation, qui, sous la conduite de quelques prêtres et de seigneurs obscurs, traversèrent alors l'Allemagne pour se rendre en Palestine, massacrèrent sur leur passage tous les juifs qu'elles rencontrèrent. Mais en même temps que partaient ces bandes farouches ou indisciplinées, des armées régulières s'organisaient. Au nord de la France, le comte Hugues le Grand, frère de Philippe I«^, Robert, duc de Normandie, frère du roi d'Angleterre, Robert, comte de Flandre; au midi, le puissant comte de Toulouse; en Lorraine, le duc Godefroy de Bouillon, qui relevait do l'empire d'Allemagne pour une partie de ses domaines, prirent la croix avec leurs vassaux; et, vers le milieu de l'année 1096, trois armées, suivant dos routes différentes, se dirigeaient sur l'Orient.

Ni l'empereur, ni les rois de France et d'Angleterre ne s'associèrent à ce mouvement, pendant que, sous leurs yeux, le pontife disposait en quelque sorte des forces de l'Occident. Un tel spectacle devait nécessairement grandir la papauté dans l'esprit des peuples en la montrant plus puissante que les rois. Son rôle dans l'Eglise s'en ressentit également. Comme Grégoire au lendemain do la scène de Canossa, Urbain parle alors aux évêques un langage plus impérieux. « Le gouvernement de toutes les éghses de la terre, écrivait-il le 1«^ décembre 1093 à l'archevêque de Lyon, appartient au siège apostolique, qui a pour mission d'y affermir le bien et d'y détruire le mal *. » Quelques mois plus tard, informé que certains évoques de Franco ne paraissaient pas tenir compte de l'excommunication dont il avait

Page 1