UN COLLÈGE DE JÉSUITES
Le <E mal indéfinissable )»que signalait M. de Frays* sinous en 1828 a repris la France. Elle a peur. Elïe De voit pas sans stupeur rassemblée catholique féo* dale que les départements lui ont envoyée, et elle n'a pas, comme Louis XVIII, la ressource de dissoudre celte nouvelle chambre introuvable. Les élections ont été précipitées, mais libres ; rien n'indique que de nouveaux scrutins puissent donner des résultats meilleurs. Ce n'est plus le gouvernement, c'est le pays qui est I nialade. Les esprits les plus modérés le sentent. Nous avons vu naître et grandir le mal ; nous l'avons dénoncé en toute occasion, de toutes nos forces. Après tes trii^s électiona de 1869, qu'on prenait pour une victoire, nous disions : « Un pays où MM. de Montalembert, de Falloux, Prévost-Paradol, Renan, Labou*
laye, Carnot et tant d'autres, dont nous n'épousons pas les doctrines, mais dont nous honorons le caractère, ont été battus par des Dréolle, des Duvernois, fies Rochefort, est un pays malade, bien malade. Il se vengera de la candidatare officielle par la révolution. » Elle était imminente, en effet. Les premiers mois si troublés de 1870 Tont fait voir. On a cru l'éviter par In guerre, on l'a précipitée. On ne pouvait, on rie peut la déjouer. Il y a trop d'arriéré à solder.
M. de Lamennais, témoin d'une situation analogue, disait en 1824 : « La société se partage aujourd'hui en deux peuples : Fun croit tout ce que Tautre nie, aime tout ce que l'autre hait. » Agent docile de la Congrégation, il voyait alors le remède dans le retour complet, absolu, aux doctrines féodales; on sait combien il a changé dans la suite. Mais les doctrines n'ont pas changé et leur enseignement n'a fait que se propager en France. Les deux peuples sont plus divisés que jamais. Des politiques, les flattant tous les deux, ont cru les dominer l'un par l'autre. Ce machiavélisme | les a conduits à Sedan. Et cependant les averlissemeots ne leur ont pas manqué. De temps en temps des ex* plosions signalaient à Tindignation publique la marche incessante et cachée de la Congrégation. Mais aussitôt de hautes influences intenenaient et tout rentrait dans* le silence. La presse impie, toujours violeute et sottô, 1 n'était pas entendue ; la presse mod^e, toute pleine, eomme elle Test encore, d'agents ultnunonlains, con-
vrait leurs méfaits d'un complaisant mutisme. Seul, sans appuis, attaqué, calomnié de toutes parts, nous avons lutté pendant dix ans contre cette conspiration oïl se rencontraient, pour tromper la France, les catholiques de toutes les écoles, les journaux de toutes les nuances, et les habiles de tous les partis. C'était à qui mettrait le plus d'empressement à se faire le complice des ultramontains.
Vers la fin de 1868, en vue des élections qui se préparaient, le gouvernement eut besoin de leur concours. Mais battus, ou du moins ajournés sur la question de la liberté du haut enseignement qu'ils croyaient tenir, puisque, avant sa chute, M. Duruy lui-même la leur avait concédée, engagés d'ailleurs dans VUnion libé^ raie qui la leur promettait, ils n'étaient pas disposés à se rallier sans conditions. On voulut les y contraindre. Une plainte, comme il en existe constamment dans les cartons du ministère, mais que le plus souvent on étouffe dans l'intérêt de Tordre, devint l'arme dont on se servit pour les rendre conciliants. On la livra aux tribunaux. Le scandale fut immense. Avec son ignorance et sa mauvaise foi légendaires, la presse impie négligea les vrais coupables pour se déchaîner contre l'Église. Au lieu de frapper les ultramontains, elle attaqua tout le clergé. La confusion devint extrême. Nous essayâmes de la dissiper en publiant, le 23 décembre 1868, le récit suivant, intitulé :