UNE PÉTITION AU SÉNAT
I Les politiques des trois derniers siècles ont éprouvé I et remarqué que la Cour de Rome où, à défaut du népotisme, l'hérédité est à peu près inconnue, et où par I conséquent toutes les charges sont viagères, est la Cour 1 d'Europe qui voit affluer le plus d'esprits inquiets, ara- . bitieux, avides de se faire une position et, par suite, peu r scrupuleux sur les moyens d'y parvenir. Il en résulte à Rome même, l'existence permanente d'un parti ultra, I les Codini comme on les appelle, qui, pour se faire remarquer par un zèle outré, soutiennent les opinions les plus excessives et poussent sans cesse le gouvernement de l'Église aux mesures audacieuses. Quand le Pape est éclairé, ferme, habitué aux affaires, il contient ces impatients en contenant les cardinaux ; mais s'il est doux, mystique comme Pie IX, et si, comme lui, après
avoir vainement tenté de réformer les abus, il a été contraint — vaincu, maté, bâté — de s'en remettre aveuglément à la domination des jésuites, les Codini triomphent et TÉglise tombe à leur merci. Nous les voyons à Tœuvre depuis cinquante ans. Que fout-ils ? Sous Léon XII : les Missions, les jésuites et la crise de 1828 qui emporta la Restauration ; sous Grégoire XVI : la fameuse bulle Mirari vos qui frappa toutes les libertés comme d'exécrables pestes^ Tagitation des provinces Rhénanes et la lutte contre l'Université à laquelle succombèrent M. Guizot et la monarchie ; sous Pie IX enfin : Pimmaculée conception, le Syllabtis et Finfaillibilité; (rois fois plus qu'il n'en faut pour rendre la France athée.
Avec ou sans la guerre, la révolution était donc inévitable; mais le gouvernement pouvait en prendre l'initiative et la direction en se retirant de Rome, ou en prononçant la séparation. L'eùt-il fait? Il y songeait visiblement. Ses amis l'y poussaient, les ultramontains le craignaient. Une transaction serait intervenue. Pour vivre un jour il aurait abandonné le haut enseignement aux jésuites et le budget des cultes au clergé. Dieu ne l'a pas permis : il a, le même jour, appesanti sa main sur l'Église, sur l'État, sur la France.
Arrogants hier, les infaillibilistes sont momentané* ment dispersés, confus ; ils reviendront. Dans les mains de la Cour de Rome les doctrines ullramontaines sont une arme qu'elle entretient avec soin et dont elle me-
nace à propos les peuples ou les rois pour les rendre plus dociles. Forte avec les faibles, faible avec les forts, elle envoie ou retient ses milices selon les besoins de sa politique et le degré de complaisance ou de résis» tance qu'elle rencontre auprès des gouvernements. Le dernier effort de la France pour s'en défendre en 1845 n*a pas été heureux. Depuis lors les gouvernements ont tout cédé, tout abandonné. Nous avons été envahis par le jésuitisme. Il s'est organisé; il a refait la ligue, sous un drapeau libéral hier, royaliste demain, conservateur toujours. La presse est à ses ordres, les partis le caressent ; la France est livrée.
Préoccupés de cette situation, des sénateurs, ecclésiastiques et laïc, voulurent en 1867, en faire l'objet d'une interpellation au gouvernement. Nous fîmes une pétition dans ce but. Elle provoqua de vives clameurs, de nombreuses intrigues. Mgr Maret, croyant que la réunion d'un concile lui apporterait un siège au sénat, nous desservit de tout son pouvoir. On obtint sur les projets de la Cour de Rome une déclaration rassurante el mensongère du nonce, en échange de laquelle on lui promit de faire échouer notre pétition. Afin de ne pas fournir aux ultramontains ce nouveau triomphe, nous la retirâmes dans le temps même que M. Rouher se rendait au sein de la commission pour demander contre elle Tordre du jour. La presse souïïiise aux jéstdtes nous honora de ses injures, et la presse officieuse, de ses attaques. M. Baroche nous fit
surveiller. M. Pinard essaya de nous faire taire. On nous accusait de vouloir empêcher les évêques d'aller à Rome. La vérité est que celte pétition, que nous avons imprimée depuis, ne formulait aucune proposition, ne provoquait aucune mesure répressive contre personne. Elle signalait une situation, rien de plus.
L'année suivante, la Ligue ayant audacieusement manifesté son existence en publiant le texte authentique du serment que prêtent entre eux les conjurés, et en provoquant publiquement des enrôlements dans tous les diocèses, nous rédigeâmes une nouvelle pétition, attendant, pour en faire la remise, que la commission qui se renouvelait tous les mois et qui se trouvait saisie des pétitions déposées pendant la durée de son mandat, fût composée de sénateurs dont le concours nous parût certain, ou disposés, dans Tintérôt de lôor politique personnelle, à interpeller le ministère, que l'attitude hardie de l'épiscopat dans la question du Syllabus avait montré faible ou craintif. Cette condition se réalisa le 24 mars. M. Delangle, nommé président du premier bureau, s'enquit immédiatement de notre pétition dont il connaissait l'existence. On ne la trouva point. Il fallut la rechercher; les vacances de Pâques arrivèrent, ajournant nos réclamations. Après de nombreuses démarches nous apprîmes fortuitement que M. Baroche, alors ministre de la justice et des cultes, l'avait fait demander avant même qu'elle fût r^lièrement enregistrée, afin de Tétudier, disait-il^
fil peut-être de la renvoyer, pour peu qu'il la gardât qaelques jours, dans les mains d'une autre commission. Nos instances ne triomphèrent pas complètement de cette difficulté. Cependant H. Delangle put prendre connaissance de notre requête, s'en saisir et en préparer le rapport. Nous la vîmes chez lui, sur son bureau, tandis qu'il la lisait, l'analysait, l'annotait. Il eut même la hienveillance de nous demander des explications et de nous faire entrevoir un rapport favorable. Il devait Qous écrire. Étonné de son silence, nous allâmes le voir, c Votre pétition? nous dit-il, en se faisant aussi aimable qu'il le pouvait être ; mais je ne l'ai plus ! elle est dans les mains de la sixième commission, n M. Delangle l'avait enterrée. Dans l'intervalle, ses velléités d'opposition ayant été satisfaites, il s'était rapproché de M. Rouher, réconcilié avec l'inflaence ullramontaine de la Cour, et nous avait abandonné. La politique se composait alors, comme toujours, quand de fortes libertés publiques n'enchaînent pas les égoïsmes privés, d'intrigues, de menaces et de transactions.
ayant pressenti les dispositions de la sixième cornmissioii et les inspirations ultramontaines ou ministérielles qui devaient infailliblement s'y faire jour après la désertion intéressée de M. Delangle, il nous parut à propos d'attendre des circonstances plus favorables. L'ani^ suivante^ la pétition tomba aux mains dociles de M. de Sacy, le favori des petits lundis des Tuileries, qui, dans un très-court rapport, s'appuyant sur la
prochaine réunion du concilCt devait conclure à Tordra du jour. Mais, notre silence persistant, ce rapport ne fut même pas déposé, et l'année 1870 retrouva notre pétition captive des mêmes mains. A notre tour nous attendions le résultat du concile, de l'audacieuse témé* rite de la Cour de Rome pour dénoncer, n'ayant pu la prévenir, cette vaste conspiration uUramontaine, ourdie contre la France depuis 1813 et poursuivie avec une persistance satanique k travers deux invasions et deux révolutions, jusque dans la guerre effroyable que nous venons de soutenir et dans la honteuse capitulation de Paris. Sa main est partout : dans nos armées que commandent ses vaniteuses incapacités ; dans nos intendances pleines de ses lâches protégés ; dans nos administrations encombrées de ses créatures parasites ; dans toute la presse enfin, conduite par ses mystérieux agents. Un vaste réseau d'influences occultes couvre la France, étouffe son âme, paralyse ses mouvements; elle râle, elle agonise, et Timagination reste terrifiée quand on songe aux effroyables secousses que ce géant mortellement atteint imprimera au monde avant d'expirer. Nous ne voulons pas nous faire le complice de ses bourreaux ni retenir la vérité qui nous oppresse. Il faut parler, il faut agir, il faut que chacun mette toute son âme à sauver la patrie. La politique dés compromis ne servirait pas mieux les intérêts de l'Église aujourd'hui, qu'elle n'a servi hier ceuxd^ rËtat. C'est ce qui nous détermine à affronter tant
d'inimitiés, tant de périls en publiant la pétition dont nous venons de retracer l'histoire.
Messieurs les sénateurs,
Au mois de mars 1867, je me proposai d'appeler Tattention du Sénat sur un ensemble de faits de nature à porter atteint aux lois et traditions quatorze fois séculaires qui règlent, en France, les rapports de l'Église et de rÉtat, et dont le sommeil a toujours précédé, sinon provoqué dans l'histoire les dissensions civiles et les guerres religieuses.
Diverses circonstances, auxquelles l'annonce même de la pétition projetée ne demeura pas étrangère, étant venues modifier la situation, et l'espérance de voir k Rome la proposition d'un concile accueillie, ayant momentanément écai té le danger qu'on avait lieu de craindre, de bons esprits estimèrent, qu'en présence de ces dispositions favorables, et pour laisser au clergé son entière liberté d'action, il valait mieux ajourner le périlleux honneur qu'on s'était imposé de provoquer, sur ces matières, la discussion d'un corps aussi considérable que le Sénat.
Aujourd'hui, les faits ont repris leur cours. Les esprits excessifs qui, depuis longtemps, s'efforcent de se substituer, en France, à Fépiscopat, et à Rome môme, au Saint-Siège, renouvellent avec une incessante ardeur, leurs funestes tentatives. Il en résulte des exigeances croissantes d'une part, une irritation de plus
en plus vive de l'autre, partout Tinquiétude et le malaise. Le moment est donc venu d'en chercher la eanse et, s'il se peut, le remède. Pour cela j'examinerai successivement :
La presse ultramontaine ;
Le Syllabus Catérinî ;
El la résurrection de la Ligue.
La presse uLtramontaine.
On sait comment le malheureux abbé de Lamennais essaya, une première fois sous l'Empire en 1808, une deuxième fois sous la Rastauration en 1836, une troisième fois sous le gouverroment de Juillet en 1832, de soulever les passions religieuses et de propager ses doctrines ultramontaines, imr à tour théocrafiques ^ dônocratiques, afin d'imposer son système, d'abord à Pépiscopat, alors unamme à le re^iottBser, eoBoite à
ET LA PRAKCË. 147
la Cour de Rome» qui n'osa ni décourager ni snbir ee remuaDt auxiliaire. Malgré les comités de souscription, de propagande et de défense qu'il avait établis dans les prinâpaux diocèses, «et qui lui donnaient déjà une force de résistance considérable, sa théocratie démagogique fut solennellement condamnée ; Y avenir cessa (le paraître. Quant à lui, honteux, irrité, humilié, n'ayant point assez d'abnégation pour accepter, en pu* blic, le désaveu de ceux qui, depuis tant d'années, le soutenaient de leurs tacites approbations, on sait «ce qu'il devint. Mais c'est de là qu'il faut dater tous les Malentendus qui font encore le désespoir de notre époque ; car son œuvre éteinte, les cadres de son armée subsistèrent, et le jeune clergé , imbu des idées QoaveUes , garda longtemps son souvenir et «m exemple.
C'est ainsi qu'en 4849, après avoir essayé de jouer un rôle dans la Révolution, et mu, sans doute, par le besoin de se distinguer, un prêtre ardent, Mgr ChailloC, qui dut quitter le diocèse d'Avignon pour Rome, n'eut P^ de pêne à reprendre l'œuvre tentée par M. de La« mennais. La R^ubliquelui laissait toute latitude à ee sujet ; et, Ici^jour de Rome le protégeant contre les cages prescriptions de notre discipline ecclésiastique, il entreprit la critique, souvent injuste, toujours am^ de nos lois, ooiAumes et traditions. Quolidiennemeitt attaqué, m^acé dans ses doctrines et dans ses actes, t'épiseopat s'^enémut. D'honorables eoolérâstiqaeB f n-
rent chargés de rédiger un mémoire au Saint-Siège à ce sujet.
c S'il existait, disaieut les auteurs de ce Mémoire, un journal ecclésiastique qui, par son esprit, son langage, ses théories, et par les questions téméraires et irritantes qu'il soulèverait, semât dans le clergé la division et fomentât des partis dans le sein de ceux k qui Jésus-Christ a tant recommandé d'être un ; un journal qui déversât sur nosseigneurs les évoques le mépris et l'injure, qui accueillit, qui enregistrât contre eux, dans ses colonnes, les plaintes et les murmures de leurs prêtres, qui s'arrogeât le droit d'examiner, discuter, juger, condamner leurs statuts et les actes de leur administration, comme aussi de traiter les questions qu'il plairait à ses abonnés de lui déférer sur la légitimité des lois, des coutumes, des rits de leurs diocèses, et qui dans ces questions décidât ordinairement contre les évéques ; un journal qui prétendit manifestement à gouverner, à conduire et à contraindre, au besoin, répiscopat par la pression de Topinion publique, comme cela se pratique dans les journaux du siècle à l'égard de l'autorité civile, et qui créât ainsi dans l'Église un tribunal nouveau où les évoques seraient jugés, non par le métropolitain et par le Pape, mais par un journaliste et par ses abonnés, et une force nouvelle de gouvernement et de direction dont le levier serait entre les mains du premier venu ; si, dis-je, un tel journal existait; s'il paraissait plusieurs fois chaque
mois ; s'il avait des abonnés dans tous les diocèses; s'il se répandait avec le fiel dont il est rempli dans toute l'Église pour être lu par des milliers de prêtres ; enfin, si dans ce profond et détestable trnvail de division qu'il opérerait dans les entrailles de l'Église, ce journal semblait n'avoir autre chose à cœur que de promouvoir l'autorité sacrée du Saint-Siège et de resserrer plus étroitement les liens de la sainte unité catholique^ je demande si, en un temps de confusion, d'orgueil et d'indépendance comme celui-ci, un tel journal, avec un tel fond et de telles apparences, ne constituerait pas pour l'Église et pour la hiérarchie, un péril immense et digne au plus haut point de fixer toute l'attention et de préoccuper toute la sollicitude de l'épiscopat et du Vicaire de Jésus-Christ. »
Ce journal existait, visé par la censure apostolique ; il se disait l'organe des congrégations romaines qui s'attribuent l'autorité même du Pape ; et pour donner I à ses dénonciations plus de crédit, il s'appelait la Cor- ; respondance de Ronie. Rapidement propagé par les I nombreux survivants de l'école de M. de Lamennais, ) ce journal avait, à la faveur de son titre, soulevé dans les diocèses de vives discussions et de fréquents conflits. A la demande de plusieurs évêques et conforméinent aux conclusions du mémoire dont je viens de parler, il fut supprimé. Quant au principal auteur du mé" ynoircj pieux et savant ecclésiastique, associé à l'administration d'un grand diocèse, il ne tarda pas à
ifiO LU GOUR DE ROME
expier le zèle qu'il avait mis à défendre Tautorité des évêqutô et les droits de l*]^t. Celait le moment o& la; Révolution vaincue reculait et où, tournant k son profit la victoire du parti de Tordre, la Civiltà cattolica organisait partout en Europe cette vaste réaction ultrar montaine qui a conduit l'Espagne et la Bavi^e* an néant, la Belgique an désordre, TiVutriche à Sadov^a, toutes les forces de TÉglise enfin au triste état oii nous les voyons aujourd'hui, et oii, connne on nous le fit dunen^nt sentir, la plume d'un journaliste servile avait à R^me plus de poids que la crosse d'un évéque. Dé* nonce, calomnié, Tauteur du mémoire vit l'un de ses ouvrages qui, exempt de toute censure,, venait d'attein* dre sa troisième édition, frappé tout à coup par V Index y sans qu'il lui fut possible de connaître au juste le genre de corrections qu'on attendait de lui, si bien que, moralement et matériellement ruiné, il dut rester jusqu'à sa mort, qui fut d'un saint comme{avait été sa vie, sous le coup d'une sentence n^ayant eanoniquement que la valeur d'un blâme, mais qui, de hit, grâce aux me*^ nacesultramontaines, frappe de mort civile les auteurs et les éditeurs qui l'encourent. C'est ce qui rend à jamais impossible parmi nous, le réveil des grandes publications nationales et des sciences ecclésiastiques, et condamne ainsâ le clergé à attendre ses idées, ses sentiments,, et peut-être bientôt ses grades même, de Bmrie, où, de longtcfmps encore, le goût, les loisirs el le eabne manqueront aux fortes études religieuses.
El LA FRANGE. tttl
ÏQu&ces faits, messieucs les séDaleurs, ne sont po» aussi étrangers qu'ils le peuvent paraître à l'objet de ma pétition. Ils font voir la persistance obstinée dui parti ultramontain, sa prodigieuse et vaste organisa?» tiûD, la puissance infaillible de ses armes, qui assuronl: aujourd'hui ses progrès, et demain son triomphe. Ainsi, en 183â, Tépiscopat d'une voix unanime, condamnait l'abbé de Lamemiais ; en 1830, au contraire^ s'il sollicitait la suppression de la Correspondance de Rame, il ne Fobtenait qu'avec peine ; et maintenant, après une nouvelle période de dix-huit ans, il est visible qu« notre clergé est à la merci des fanatiques qu'it réprouvait autrefois.
En elCet, messieurs les sénateurs, non-seulement le journal supprimé en 1880 a reparu sous deux noms et deux formes différentes, l'une politique, Tautre théolo* gique^ plus menaçant que j.amais ; non-seulement les grands journaux catholiques, imbus comme lui et par lui de Tultramontanisme le plus excessif, exercent sur les ecclésiastiques libéraux un contrôle étroit et jaloux ; mais, de plus, nous voyons chaque jour se produire un nombre considérable de recueils hebdomadaire» ou mensuels, exclusivement consacnés à battre en brèche la constitution de nos Églises, et à surveiller, diriger ou. contenir les autorités diocésaines.
Enfin, cette anniée même, par une innovation singulière, bien faite pour âonner notre époque accoutumée cependant aux nouveautés les plus étranges, on a ré-
8olu de grouper toutes ces feuilles pour les soumettre à Tunité d*obéissaDce et de principes. Voici ce que nous lisons à ce propos, dans la nouvelle Conespondance de Rome : « Étant dans Tusage de demander à Sa Sainteté des bénédictions pour nous-mëme et pour les feuilles, la plupart religieuses, avec lesquelles la Correspondance de Rome est en relation, nous avons, à la fin de cette année, osé implorer un témoignage plus marqué et plus étendu de la bienveillance pontificale. Agenouillés aux pieds de Tauguste pontife, nous lui avons présenté, avec une adresse concernant notre œuvre, la liste des journaux qui, à notre connaissance, défendent le Saint-Siège. »
Et le Pape, ainsi sollicité, a daigné bénir 136 journaux de tous pays, de toutes langues, spécialement recommandés par la Correspondance de Borne, c'est-àdire dociles à ses inspirations, si bien qu'avant peu toute la presse catholique d'Europe, obligée d'accepter cette nouvelle discipline, car bien peu de' journaux oseront ou pourront sans inconvénient s'y soustraire, se trouvera de fait entre les mains et comme à la merci de quelques hommes. C'est sans doute à cette vaste ligue que VUnivers faisait allusion lorsqu'il écrivait récemment : « Du jour oii les catholiques (les ultrac montains) formeront un parti résoluy ce parti de- « viendra le plus puissant... Ainsi, Dieu et le parti cac tholique, tel doit être notre mot d'ordre en 1868... c Le moment est favorable pour nous organiser, si nous
ET LA FRANGE. iS3
c le faisons sérieusement, car les* autres partis ont fait € leur temps. » Et Ton verra tout à l'heure que cette organisation est, en effet, très-menaçante.
Ce n'est point devant le Sénat qu'il peut être besoin de relever Timportance de ces faits. Ils n'offrent d'ailleurs rien de légalement répréhensible en eux-mêmes, puisqu'ils sont un fruit légitime de la liberté. Les pures doctrines romaines ont toujours été, comme les autres, des opinions libres dans TÉglise, et ce serait plus qu'une faute de vouloir, comme on l'a tenté en vain et à tort à diverses époques, provoquer contre elles ou contre leurs organes des mesures de restriction ou d'interdiction. Elles sont un mal nécessaire ; j'en dirai plus loin le remède.
La position qu'elles font au clergé, même à l'épiscopat, surtout depuis qu'elles régnent d'une manière exclusive, est à la fois humiliante et douloureuse. Il suffit, pour s'en convaincre, de prêter Toreille aux réclamations incessantes et discrètes qui s'élèvent de toutes parts, ou de se rappeler l'attitude résignée des quatorze cents prêtres du diocèse de Lyon, ne parvenant point à déposer aux pieds du saint-père leurs humbles supplications. Dans une circonstance plus récente encore, un éminent prélat, obligé de garder l'anonyme pour plaider la cause du droit, disait avec tristesse : c Celte précaution de sage réserve n'est pas une lâcheté de mon cœur ; c'est une prudence que je reconnais humiliante, mais que ma position me corn-
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mande, et. à laquelle je me résigne. » Poaf qu'un év£-* qie en vienne à tenir un pareil langage, ne tmUi} pas qu'il y ait autottr de lui bien des souffrances ? c Telte est la situation de notre Église de France, écrivait le même prélat dans la même cause, telle est la pression exereëe sur nous, même dmns les piu$ hauts rangs de la hiérarehicy par une coterie qui ne recule jamais d^ant les moyens honteux, que nous nous trouvons féduits à nous défendre, nous et ceux que nous aimons, non plus dans la lutte en face et en nous nommant, mms avec la douloureuse condition des guérillas qui se cachent en se battant pour leur pays. » Ces graves paroles me sa*vironl d'encouragement et d'excuse dans la démarche que j'ose entreprendre auprès du Sénat, et feront voir pourquoi un ecclésiastique ne pouvait la aire, ni même, hétas I y apporter publiquement son tfoncouns.
Cependant, quelle que soit la gravité des faits que je viens de rapporter, quelles que soient les inquiétudes qu'ils sèment dans le présent, et les malheurs sans doute inévitables qu'ils préparent à l'avenir, une politique imprévoyante, s'armant du faux principe de la séparation de l'Église et de l'État, dira peut-être que, ne sortant pas des limites de k liberté religieui^, ils échappent au contrôle de la puissance civile, et que' s'ils pfésentent des abus ou des dangers, c'est au clergé lai-même à y pourvoir. Telle est la fin de non-recevoîr qu'on ne cesse d'oppc^er aux réclamations qui s'élèvent
à ce sujet, et Ton oublie que l'épiscopat, abandonné à tad-mëffle sous la pression des ultramontains, placé entre la propagande active des journaux et les emp1é* tenaents continus du parti d'action de la cour de Rome« sent chaque jour .diminuer ce même pouvoir dont it aurait plus que jamais besoin pour se défendre. Quel crédit personnel peut-il garder sur les prêtres, s'il est obligé^ selon les pures doctrines romaines, de n'être que le délégué du Saint-Siège ? Quelle autorité peut-il conserver auprès des fidèles, s'il n'est plus, de droit dl* vin, propriojure^ leur pasteur? Et que devient la relit gion, si nécessaire à la société, lorsque, selon le mot fameux d'un prélat, on fait de la hiérarchie catholique c an régiment à commander et qui marche, j» De là, ces redoublements de fenatisme d'un côté, d'impiété de l'autre, qui attristent avec raison notre époque. L'État a donc toujours le devoir et le droit, que lui reconnaissent même les concordats, de veiller au maintien de la constitution de l'Église ; et nul gouvernement ne peut jamais, sans péril, se désintéresser de ces questions.
Si le système de Finterveniion n'a pas, vu la difficulté des temps, réussi au gouvernement de la Restauration, le système de Findifférence ou de l'abstention n'a pas mieux réussi au gouvernement de Juillet ; et, lorsque eéiui-ci a voulu combattre Tuitramontanisme qui le menaçait déjà, quoique naissant à peine, il était trop tard : les partis ne pouvaient plus désarmer.
Car il y a deux opinions qai doivent toujours être représentées dans i*État comme elles le sont dans l'Église : c'est rultramontanisme ou la théocratie , d'une part, et ce que j'appellerai de l'autre, le système épiscopal. Il importe même que ces deux opinions se fassent équilibre, puisque c'est en les opposant Tune à Tautre que le gouvernement conserve toujours son entière liberté d'aclion. Tel a été le secret politique de Richelieu ou de ses prédécesseurs, et Ton peut dire que de 1593 à 1718, la France n'en a jamais dévié. Au contraire, les gouvernements qui s'en sont écartés ont é(é conduits à des mesures de rigueur qui leur ont été funestes. Ainsi Louis XV en 1762, l'Assemblée nationale en 1790, TEmpire en 1808, la Restauration en 1828, le gouvernement de Juillet en 1846, ont dû sévir contre l'envahissement de doctrines qu'ils n'avaient su ni prévenir ni combattre. Il y a peu de lois plus constantes ou mieux démontrées dans l'histoire.
De nos jours on a cru bien faire en laissant l'ultramontanisme développer toutes ses prétentions. Le traitant en ami, on pensait ne l'avoir jamais pour ennemi; on se trompait. Il parle au nom de Dieu, il est Dieu même ; ses désirs sont sans bornes ; à l'en croire, il n'est rien s'il n'est tout ; et, pour cela, quoi qu'on fasse, n'ayant ni reconnaissance, ni dévouement, on voit à mesure qu'il se développe, les âmes devenir plus exigeantes et plus inquiètes. A ses yeux, ce qu'on lui donne n'est que ce qu'on lui doit ; et comme tout lui est dû,
il est toujours odécontent. Le malaise est permanent, le besoin d'innover aussi. Sous la pression de ses doctrines, c'est à qui sera plus ardent ; les fidèles devancent le clergé, le clergé pousse Tépiscopat, et Tépiscopat le Saint-Slége. L'entraînement devient général. Ajoutons que l'ultramontain ne s'appartient pas et ({a'il s'en fait gloire, si bien qu*ami exigeant, il est aussi un allié peu sftr. C'est donc une illusion de vouloir l'apaiser; il peut être contenu, il n'est jamais satisfait.
Vous lui donnez la liberté, c'est bien : vous la lui deviez; dit-il, mais vous ne la deviez qu'à lui, car la vérité seule a des droitSy et pour cela le premier usage qu*il en fait est d'attaquer ouvertement vos codes et vos constitutions qui raccordent à tout le monde. Exemples : la Belgique, l'Autriche. Lui cédez-vous, c'est la sujétion ; lui résistez-vous, c'est la guerre. Pour lui plaire, vous réformez les lois ; il vous demande des tribunaux d'exception, car € les clercs, dit la Correspondance de itome, ne sont pas sujets de la puissance civile » ; et comme tout délit contient un péché, le voilà bientôt dispensateur unique de la justice. A plus forte raison est-il seul maître des biens d'Église, et la Revue du . mnde catholique enseigne que la collation de tous les bénéfices n'appartient canoniquement qu'au Pape, à tel point, qu'en France, assure la Correspondance de RomCy c toutes les nominations des cures sont nulles et sans effet. > Ainsi,* la magistrature et le clergé vous
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échappent, et de fait, ce sont aujoard'bui les deux corps 011 i'ultramontanisme compte le plus d'adeptes. L'armée vous reste, direz-vous; pas davantage. Comme un baron féodal, vous devez l'ost au Saint-Siège ; en le servant, vous payez votre dette, rien de plus ; car, dit fièrement la CiviUà cattoUca qui connaît et qui pèse la valeur de ses expressions pour mieux: adoucir sa pensée, c les armes de la catholicité sont les armes du chef de l'Église... Certes, si lePatpen^était roi que dam son petit État, et que Rome n'en fût que la capitale, les divers peuples seraient des étrangers au Pape et à Rome. Mais le Pape est à la fois le prince et le père de rentière société chrétienne, et comme tel il est roi dans cette ville de Rome, laquelle est elle-même le centre et la cité reine de cette société chrétienne. » On ne saurait dire plus clairement, sans révolter les consciences, que les chefs d'États, rois ou empereurs, ne sont que les délégués du Pape. C'est en effet, depuis longtemps, le sentiment des ultramontains, et pour le développer, on soutient publiquement aujourd'hui qu'il n'y a de souverains légitimes que ceux qu'a reconnus le pontife. Admettez-vous ces opinions î Sinon, préparez-vous à la guerre.
Ce ne sont point là des théories, ce sont des faits ; toutes ces maximes sont tirées des pures doctrines romaines, et les 136 feuilles qu'a bénies le saint- père à la prière de la Correspondance de Romcy doivent chaque jour, pour justifier cette faveur, les propager.
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les d^ttdre. Devant de pareilles prétentions, l'État pevMl rester indifférent on désarmé ?
Le syllabus Catérim.
Si le mal était purement spéculatif, s'il ne franchissait pas le domaine de la presse, où nous le voyons nadtre et grandir, et, par des agents secrets, pénétrer peu à peu dans tous les journaux, on oserait, tout en ledéplorant^ en attendre de son excès même, le remède. Ibis les fsiits répondent aux doctrines et préparent leur consécration. Ils surabondent autour de nous. J'en citerai deux sur lesquels je veux, en terminant, concentrer l'objet de ma pétition, et pour la mieux justiiaer, je les choisirai tels que^ par leur importance et leur nature, ils appellent nécessairement la compétence du POUTOir civil.
Je ne parlerai donc ni du mouvement liturgique qui
blesse tant de croyances et d'intérêts, et dont Grégoire XVI disait en 1840 : « Ce ne sont pas les livres liturgiques de France quMI faudrait abandonner pour les échanger contre ceux de Rome, ce sont ceux de Rome, au contraire, qu'il faudrait échanger contre ceux de France » ; ni de la définition en des formes inusitées du dogme de Tlmmaculée Conception ; ni de la déclaration tout au moins soudaine, surprise aux évéques assemblés à Rome en 1864, pour la défense du pouvoir temporel du pape ; ni du Syllabus qui a si fort ému et troublé les consciences catholiques en 1865 ; ni même de la facilité avec laquelle on corrige à Rome les décisions de nos conciles, ce qui rend ces augustes assemblées inutiles en fait et dangereuses en droit, puisqu'elles se trouvent dans la douloureuse alternative de tolérer un abus ou de soulever un conflit, si elles ne préfèrent, comme on Ta vu depuis quinze ans, au grand préjudice des doctrines et des mœurs, renoncer à tenir ces solennelles assises de la science et de la foi. A tous ces faits qui sont comme autant d'étapes parcourues par Fultramontanisme depuis vingt ans, et qui trahissent sa pensée et marquent ses triomphes, on pourrait, avec plus ou moins de fondement, opposer, comme j*ai dit, le principe de la séparation des pouvoirs.
Mais lors^e, au mois de juin dernier, les évéques se trouvaient réunis à Rome, le Pape ordonna que « certaines questions relatives à des points plus particulièrement graves de la discipline ecclésiastique leur fussent
proposées, afin qu'une fois informé avec certitude du véritable état des choses en ce qui touche ces questions, il pût prendre, en tennps opportun, les mesures quHl jugerait convenables selon Dieu. * Ainsi s'exprimait la lettre de notification du 6 juin, rédigée par Son Ëminence le cardinal Catérini, préfet de la congrégation du concile. Le Pape demandait des avis, mais il se réservait de faire ensuite ce quHl jugerait convenable. lamais à coup sûr on n'avait laissé voir en public un pareil mépris de l'autorité des évoques, c Et pour que Votre Grandeur, ajoutait comme en souriant l'éminent préfet du concile, ait tout le temps nécessaire pour faire un rapport avec soin et d'une manière complète, il vous est accordé trois et même quatre mois s'il est nécessaire. »
Quoique façonnées de longue main k se rendre aux injonctions ultramontaines , les feuilles catholiques hésitèrent quelque temps à reproduire cette singulière notification et le Syllabus y annexé. Cependant les journaux de Bruxelles, plus directement soumis aux jésuites, ayant imprimé ces documents, ceux de Paris durent s'exécuter, t Ces pièces, dit l'Union^ en les publiant, étaient depuis quelques jours en notre pouvoir, mais, par un motif de convenance facile à corn" prendre^ nous nous étions abstenus de les publier. » Les évéques, en effet, ne pouvaient voir avec plaisir la publicité donnée à cette notification insolente, à bref délai et comme à huis clos. La gravité des matières
IBà LA COUR DE ROME
ajoalait encore à l'étrangeté de la consultation J le n'analyserai point ce nouyeau. Syllabm qu'on trouvera ci-aprè» aux pièces ju8tificsUives. La plupart des questions qu'il renfern&e regardent, en effet, la discij^ine ecdésiastique ; mais, sous cette modestie appa« rence^c'est notre droit même qu-elles mettent en cause. Ainsi, la deuxième question traite de la Uberti d'état pour contracter mariage, et par conséquent des empêdiements dirimants et de Tautorité civile ou religieuse qui les doit définir. La troisième porte : a quels remèdes on peut appliquer pour empédier les maux provenant de ce que Ton appelle le mariage civil ?» La quatrième concerne les mariages mixtes qui ont soulevé naguère tant de conflits dans nos provinces allemandes. La cinquième propose, en dépit de l'autorité épiscopale, qu'on trouve sans doute trop indulgente^ « de faire en sorte que les prédicateurs se gardent purs de tout esprit de vianité et de nouveauté » ou de libéralisme. La six^nae veut constituer dans TEtat an' enseignement supérieur qui échappe à la surveillance de l'État. La onzième attaque l'usage, très*4meien ea France^ dénommer plusieurs vicaires capitulaires pour mieus attester le poiivoir propre de l'évèque. La douzième semble dter aux ordinaires le soin de pourvoir aux cures, tandis que la treizième multiplie les cas d'amovibilité, et que la seizième, enfin, interdit aux familles dirétienses remploi des domestiques juife ou franc»-maçons.
Messieurs les sénateurs^ quelle que soit aujourd'hui,
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pafim naos, l'ardeur des ofûitons uUramontaines^ nul B'osena eertain^nent prétendre que ees questions: Q'iDtéress&at pas directement TËtat, la paix des con-sàenees, la tranquillité publique, en nn mot les lois et la constitution dont vous êtes les gardiens ; et nul n'admettra que le Pape puisse tout à coup, sur ces matières,, décider ce qiiHl jugera eorwenahle. Si nos* s(9g&eurs les évoques les doivent examiner de nouveau pour les mieux approprier à Tétat de nos besoins et de nos moeurs y il convient qu'ils le fassent, non pas soB<^ tairemenl et ài la hâte, mais au contraire avectoutes les formes qui assurent Findépendance de leurs jugements. Il convient surtout^ que, par de semblables appels aux discussions irritantes, la société civile ne soit pas, périodiquement et à l'improviste, surprise ou menacée de mesures graves, auxquelles ni le gouver* nement ni le clergé n'auraient aucune part. Qu'on se Appelle la cousta*nation caisée par le Syllabus de 1885, que Findifférencc publique seule put atténuer f
n est manifeste que ces coups d'État du Saint-Siège, loin de servir la religion, ne font que déconsidérer ses ministres placés entre la révolte et le fait accompli ! la foi est-elle donc talleraent surabondante parmi nous qu'on doive ainsi la défier î
Ces seize questions embrassent, en peu de mots, tout le programme de Tultramontanisme sur le mariage, l'enseignement, la prédication, la discipline et la famille ; et ces points sont comme autant d'ouvrages
avancés qui préparent et impliquent, en fait, la reconnaissance dogmatique de Tinfaillibilité personnelle du Pape. Là est le but suprême du parti, le dernier terme de cette puissante et savante stratégie. Les circonstances n'ayant pas permis, au mois de juin dernier, de provoquer ou de surprendre Tadhésion des évéques sur ce point, on a résolu de rentrer en campagne avec vigueur, suivant un plan dont le succès parait celle fois infaillible. Car, en même temps qu'on rédigeait pour répiscopat le Syllabus qui précède, on préparait daps les rangs des fidèles et du clergé la résurrection de la Ligue. Sous le titre de : Un nouveau tribut à saint Pierre^ la Civiltà cattolica publiait, pour dédommager le Pape de son échec, le document que je prends la liberté de faire passer sous les yeux du Sénat. G*est la création d'une milice, avouée chez les uns, cachée chez les autres, prête à verser son sang pour le triomphe de l'infaillibilité papale. On se croirait au seizième siècle !
Résurrection de la Ligue.
La Civiltà aime la lutte, qui sert sans doute ses projets. Elle se réjouit de la voir se concentrer contre la pierre inébranlable de l'Église : a car, dit-elle, là est ^intérêt suprême de tout catholique, et c'est pour chacun un devoir de s'attacher le plus possible à ce centre. > Les uns le défendent par le denier de saint Pierre, les autres par le tribut du sang. 11 convient d'y ajouter « une troisième sorte de tribut, non plus seulement d'argent, non plus seulement de sang, mais d'intelligence et d'héroïque dévouement de Tâme tout entière. »
Pour bien faire comprendre sa pensée, la Civiltà cattolica cite un exemple qui nous révèle la manière dont s* est préparée la définition du dogme de l'Immaculée Conception, c Pendant les siècles qui ont précédé cette définilfon dogmatique, dit-elle, la piété des fidèles avait le champ libre pour témoigner de toute manière son zèle et sa vénération envers la Vierge, mère de
Dieu. Toutes les âmes d'élite les plus élevées ne se montrèrent point satisfaites de ce qui était le commun devoir des fidèles : mais elles s'ingénièrent à célébrer, à bénir, à professer av^c serment ^ avec vœu de soutenir même jusqu'à Yeffmion de leur sang, la doctrine noD encore définie, comme article de foi, de Tlmmaculée Conception ; et cela, parce que le Saint-Siège favorisait pleinement cette croyance. » Il s'agit donc de s'engager par vœu et par serment au nouveau programme de la Ligue, car ce qui a si bien réussi pour riœmaculée Conception, doit légalement bien réussir pour le dogme de rinfaillibilité pontificale.
<K Cela étant établi, dit la Civiltà^ et n«ms contentant pour aujourd'hui de faire remarquer que ce qui est louable et saint est néeessaffement haie, il nous semble que beaucoup de chrétiens, beaucoup de coeurs seront dilatés, et trouveront dans le wxu de «outenir la doctrine de rin&illibilité du Pape, une douce et nohie consolation. Combien de clercs pieux et zélés, combien àB prêtres esceUents et modestes, combien de savants religieux, fervents mais pauvres, et combien aussi de bons laïques 9 qui se sentent consumés d'nn zèle impuissant, seront désarmais foitifiés dans la penfiée de pouvoir, eux aussi, offrir un tribut à saint Pier ce i » Et pour imontrer rexoellence de ce nouveau tribnt, la 4M!oUtà iqontB ; c Ce Iribujt d'intdligencefi doâles et dévmiées à la iparole de saiat Berve icst de plus digne de iui^ le $his salutaire à Vê^is^k pkis noble p9ff
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one âme qui a des sentimenCs élevés et généreux. » Aux évoques qui se plaindraient de cette ingérence dans la direction spirituelle de leuns diodèses, la Cwilià cattoUca répond : « Mais, puisque ces consi-déraptions peuvent ennoblir et consoler les âmes de ces modestes zéMeurs de rhonueur de la papauté, qui, dès aujourd'hui, se voueraient, de leur propre mouvement, à en soutenir rinfaillibffité, nous oserons nous permettre de recommander ces mêmes considérations à la piété, au jugement et au zèle de ceux qui sont établis pour -diriger la dévotion des simples, l'éducation du 'Clergé, les intérêts du peuple clirétieu. » En d'autres termes, et contrairement aux règles de la discipline ecclésiastique, les évêques n'ont pas le droit de blâmer ce que les fidèles ont le droit de faire spontanément! Quant aux catholiques qui résisteraient, îl faut, selon la Cwiltà, « les isoler et les laisser se consumer eux-mêmes. » Cela toutefois ne sufDt pas, dit-elle : « il faut encore que, dans la partie saine du peuple et du clergé, se fortifie Tétude de la pure doctrine des écoles sincèrement catholiques touchant l'infaillibilité du Pape ; il faut que cette doctrine devienne un objet de zèle et de dévotion spéciale, pour le soutien et la règle de quiconque est doué d'intelligence et de cœur. » Et, par conséquent, ceux qui ne la professeront pas ouvertement à Favenir, ne seront ni sincèrement calboliques, ni doués d'intelligence et de cœur.
La Civiltà cattoîica établit ensuite que « la généreuse ferveur d'une légion, si petite qu'elle soit, siocèrement dévouée pour i'amour de Dieu et en vertu d'un vœu spontané, au soutien du Saint-Siège, est un des plus puissants moyens que le Saint-Esprit seoible vouloir suggérer pour venir en aide au peuple et à rÉglise romaine j»; à tel point, ajoute-t-elle, que c sans être prophète, en considérant seulement combien petite, combien ignorée et timide serait à son origine cette milice dévouée de saint Pierre, on peut en pronostiquer des prodiges. » En effet, continue la Civiltà, ce sera pour les uns, c l'occasion de revoir cette partie de la théologie qui établit les fondements de la doctrine de rinfaillibilité. D'autres plus empressés de se vouer au service de saint Pierre et à rinfaillibilité de ses successeurs^ et bien que sachant seuls par quels liens ils sont liés, se montreront plus attentifs et plus ardents. D'autres, enfin, sauront profiter de Vamiiié, de leur autorité^ de tant d'occasions qui naissent de l'exercice des devoirs de chaque étaty pour insinuer et propager leur dévotion dans quelque âme généreuse. > Or, pour que tous ces avantages soient obtenus, convient-il de donner à cette dévotion la forme extérieure, et par conséquent visible, d'une société ou de confréries établies, ou enfin de la restreindre à la pratique secrète des cœurs de bonne volonté ? < Le mieux, répond la Civiltà cattoîica^ est de ne pas même penser à ce problème, de telle sorte que le Saint-Esprit ait toute la
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liberté de pénétrer et d'opérer dans les âmes, suivant les dispositions de chacune ou les circonstances extérieures, et surtout suivant la direction que peuvent vouloir donner à cette dévotion les évêques, soit dans les séminaires^ soit en dehors, dans le clergé et le peuple. C'est ainsi qu'a procédé la dévotion envers la Vierge Immaculée. Ici elle excitait le peuple et le clergé à former des congrégations qui professaient publiquement la pieuse croyance, favorisée par le Sainl-Siége; ailleurs, elle déterminait les universités à s'obliger sous serment à la défendre; partout elle Inspirait aux âmes les plus pures et les plus sublimes de se consacrer, par des vœux particuliers, fût-ce jusqu'à V effusion du sang^ à honorer Marie dans ce précieux mystère. »
En laissant les zélateurs libres de s'organiser comme ils le jugeront opportun, suivant les circonstances et les lieux, on obtient deux avantages immédiats : le premier, d'échapper à la critique et aux lois, le second, de cacher sa faiblesse ou sa force. « Certes, à cette heure même, dit la Civiltà cattolicaj bien qu'il n'existe aucune association formelle dans laquelle on puisse compter les noms des nouveaux champions de saint Pierre, chaque fidèle pourra se donner la consolation de penser que déjà il n'est pas seul ; qu'au contraire, de toutes parts, un grand nombre d'âmes sont déjà unies avec lui en même intention, et que les mérites
et les efforts de chacun pour la défense du Saint-Siège
forment déjà un Ifésor devenu commun à tons les membres de cette sainte milice. » AQn de bien comprendre ce langage voilé, il convient de dire qae ce que la Civiltà présente ici comme une hypothèse, est, en réalité, un fiait accompli. La sainte milice existe, et si elle n'a point encore la consistance d'une association formelle, en mesure de recevoir dans son sêId les nouveaux champions de Tinfaillibilité^ elle n'en fonctionne pas moins, depuis longtemps^ avec ardeur et succès. G*est ce que, la. CimUà, obligée de fondre ensemble les deux légions, tout en leur promettant et leur recommandant la discrétion et le secret, avance elle-même un peu plus bas, lorsqu'elle se demasde, dans un langage assez énigmatique, ce que les évêques verront à Rome. « Ils sentiront, dit-eUe, leurs yeux Eavis au spectacle des pompes sacrées^ pendant lesquelles se versera le tribut d^argent offert pour cetle solennité,, ou bien lLs reposeront leurs regards a^ une sympathie singidière sur cette petite, mais-iosoniparable milice, de héros prêts à verser le tribut de leur sang. Dans la contemplation d'un spectacle si grandiose, ils ne verront rien de ce que nous pourrons avoir ajouté à; la fête de saint Pierre par la proposition d'un vœu qui est le: tribut des intelligenices soumises et césQlues dans robéissance à rinfaillibilité pontificale., Ils ne verront rien de cet autre spectacle non moins sublime, parce que c'est un hommage tout Sj^ritual!, parce qit*iL pounra être petit le nombre de
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eeux qui, avant ce jour ou en ee jour même, âuronè prononcé le- vœu ; et, quel que soit leur sombre, per^^ sonne ne pourra les reconnaître, ni les àiscemer. it La CivUtà cattolka attache done une grande impor-^ tance k ce que les évéques ne voient rien de ee qu'elle a sqouté, dilHBlle, à la fête de saint Pierre par la pro^ position concernant riofaillibiliié pontificale, comme aussi elle attend le succès de son entreprise de ce que personne ne pourra c ni reconnattre, ni discerner y les affiliés de cette nouvelle dévotion. » Il seraiti superflu d'insister sur ces deux points. Mais il résult»! aussi de ce qui précède que des affiliés avaient dé}Ji, avant ce jour, prononcé le vœu en question, et que ces affiliés;, peut-être beaucoup plus nombreu;3i qu'oa oe te croit, existent, non-seuleflaent dans le clergé^ mais dans toutes les classes et dans tous les rangs de la société^ surtout parmi les jeunes gens des écoles et) des séminaires, qui se répandent ensuite dans te iBond@.
Il y a douse^ ans, rultramontaDisme »vait dé>à la forme nslitante que nous lui voyons anjourdfhm:. S»r ses instaneesy l» Bavière et TAutriche venaient de signer I» eoncordati qm leur a été< si funeste, e^ Ifou' poavait craindre qu'il/ ne tentât d'en imposer un scm«* blable à la France, où ropinion publique cependant, seuddail prévoir et dievancer les réformes libérales^ de> 1860v Plusieurs curés; dâ Paris énoûrent alors lAi vm qii*on pût, «n ctekors de tootcsitfit dit)eoaiplat«
m LA COUR DE ROME
sance ou d'opposition, rallier les forces catholiques sur le terrain de la modération et de la conciliatioD. Quelques démarches furent faites dans ce but auprès des principaux agents de Tultramontanisme. L'un d'eux, esprit sans mesure, accueillit cependant là pensée d'ajourner les discussions irritantes; mais, sur riufaillibililé papale, on n'en put rien obtenir, c Non, jamais, c'est impossible », répondait-il vivement, comme dominé par un cas de force majeure. On sentait à la brusque énergie de sa parole qu'on était en présence d'une volonté qui n'avait plus sa liberté d'action.
Cette disposition d'esprit n*est malheureusement que trop fréquente chez les écrivains catholiques, placés sous l'empire de confréries ou de congrégations religieuses. 11 suffirait qu'on rétendit aux aumôniers de nos écoles, aux directeurs de nos séminaires ou de nos catéchismes, comme l'insinue la Civiltà cattolica, et à un certain ordre de fonctionnaires publics, sachant profiter, ainsi qu'on le leur recommande, c des occasions qui naissent de l'exercice des devoirs de leur état^ » (ce qui a été fait très-activement dans ces derniers temps) pour qu'avant peu, la sainte milice ultramontaine pût rouvrir l'ère des guerres de religion et faire revivre ce que le Monde ne craint pas d'appeler avec admiration c le Paris si catholique et si glorieux de la sainte Ligue. » Or, pour qui sait avec quelle acilité, sous Tentrainement d'une émotion vive, les
imaginations confiantes et naïves de Tenfance, et, sous le coup de chagrins profonds ou d'ambitions ardentes, les âmes pieuses et mystiques dans l*âge mûr, s'abandonnent à l'action de leurs directeurs, il n'est pas douteux que ce résultat ne soit promptement atteint. Voici, en conséquence, la formule du serment que la Civiltà caltolica propose à l'acceptation de quiconque, dit-elle, est doué d'intelligence et de cœur :
c Bienheureux prince des apôtres, saint Pierre : moi (N. N.) animé du désir de vous offrir, et en vous à vos successeurs sur la chaire apostolique, un tribut de dévouement spécial, je fais vœu de garder et de professer en toute occasion, même au prix de mon sang^ cette doctrine déjà très-commune parmi les catholiques qui enseigne que le pape^ définissant par son autorité en qualité de docteur universel (ex cathedra) ce que Ton doit croire en matière de foi ou de mœurs, est infaillible^ et qu'ainsi ses décrets dogmatiques sont irréformables et obligent en conscience, même avant d^être suivis de V assentiment de V Église. »
On le voit, la Ligue est faite ! Comme celle de Tan 1S77, elle a sa date, son serment, sa milice, qui doit aussi, jusqu'au jour de la lutte, se soustraire à tous les regards. A l'avenir, tout fidèle sera tenu de prêter ce serment sous peine de n'être pas c doué d'intelligence et de cœur » ou de n'être pas, « sincèrement catholique. « Voilà ce que Ton ose imprimer e
fTOpager en 4868, dans la patrie d£ Bossuet! Et comme il est de la digoilé de chacun de n'être pas noté d*mfamie, même auK yeux de la Civiltà, les catholiques se troivent placés dans raUernative de subir la pression ultramontainc onde déserter TÉglise. De là, une énnilation générale et factice^ en faveur des pures doctrines romaines^ et qui enlève aux prêtres comme aux fidèles leur mérite et la liberié.
Il faudrait désespérer du présent coname de l'avenir, s'il était besoin de démontrer, au double point de vue de rÉglise et de la société, pour le bon ordre des lois> des mœurs et du gouvernement, le danger de riafaillîbilîté du pape. (Les événements *n'ont que trop fait vm qu'il fallait désespérer de tout, avec nn peuple insouciaflt, léger, et un gouvernement aveugle.) Je dirai, en deux mots, que cette doctrine est l'anéantissement du droit des évêques, la sujétion de la puissance civile, et la suppression du Concordat, c'est-à-dire le schisme dans rÉglise et la révolution dans l'État. C'est en outre, par toutes les opinions accessoires qui s'en déduisent, un trouble profond porté dans les mœurs, ^ la guerre civile en permanence. Aussi, la Civiltà cattolica a-t-elle raison d'appeler le serment qu'elle propose : « une tmnpensatîon des outrages faits au siège romain. » C'est ainsi que la bulle Vnigenitus fut. comme tout le monde le sait, une revanche de la décta- Tatlon de 1682, et qu'après avoir éparpillé sur cent points de doctrines plus subtiles que sérieuses toutes
•les foorces de la société catholique, réduites m ridicule odieux de s'entredéchirer sans se comprendre, elle livra la France à Tinipiété d'abord, à la révolution ensuite* Nmu trop tard. Pacte de rigueur de Choiseul fut à la fois inutile et coupable. Le mal était fait ; la politique de Rome avait tué la religion.
Le coup dont on nous menace est le même, semant laguerre pour gagner la puissance. Mais, cette fois, la situation des évêques est d'autant plus délicate, qull s'agit précisément de leur autorité. C'est contre eux que la Ligue existe ; et ils doivent Tignorer, ne pouvant ni la combattre sans danger, ni la tolérer sans péril. D'ailleurs elle leur échappe. « Ils ne verront rien », répète plusieurs fois la Civiltà cattolica. Elle n'a point de forme visible, saisissable, et, quelque soit le nombre de ses membres, ajoute le même recueil, a personne ne pourra les reconnaître ni les discerner. » De plus, grâce aux doctrines qui se sont propagées et imposées par la presse depuis vingt ans, n'est-ce pas dans les rangs de Tépiscopat lui-même, qu'elle compte ses plus fougueux adeptes ?
Si Ton dit que le péril n'est pas imminent, et que les articles organiques nous protègent contre les Bulles de la cour de Rome, je répondrai que le péril est daus cette propagande incessante des doctrines les plus conftraires aux lois et aux mœurs qui troublent les consciences, forment une jeunesse fanatique et sèment l'anarchie en attendant qu'elles récoltent la révolution-
rajouterai que les articles organiques» loin de nous protéger contre l'envahissement des doctrines romaines, entretiennent au contraire dans TËlat, comme on ne le voit que trop par ce qui précède, une fausse et funeste sécurité. Ne pouvant les détruire, on les a éludés en modifiant renseignement. Aujourd'hui, il est de foi, dans toutes les écoles de théologie, que les Bulles pontificales obligent en conscience, de quelque manière qu*on en ait connaissance, pourvu que leur authenticité soit certaine. Dès lors, le premier des ailicles organiques, qu'on attaque d'ailleurs impunément tous les jours, et que les meilleurs catholiques ne se font pas faute de poursuivre, aussi bien que les principes de 89, de leurs indécentes ironies, se trouve par là frappé d'impuissance. L'ultramontanisme coule à pleins bords ; et si Ton avait cru ou si l'on croyait encore, en le favorisant ainsi, obtenir des concessions du Saint-Siège, nous dirions, la main sur l'histoire, qu'il n'y a pas au contraire de moyen plus sûr de multiplier les exigences romaines et de perpétuer les conflits. C'est ce qu'avait très-bien vu, en 1661, il y a deux cents ans maintenant, l'ambassadeur de la sérénissime république de Venise, l'illuslre Coraro, lorsqu'il écrivait à son gouvernement : « La nation française est celle qui a le mieux compris le génie de la cour de Rome, et qui a le mieux appris le moyen de se retirer des inconvénients dans lesquels se trouvent insensiblement engagés les autres princes.
Elle estime et révère au souverain degré le siège apostolique ; mais elle est tout ensemble bien clairvoyante pour maintenir ses prérogatives et pour éviter que les ecclésiastiques qui veulent étendre leur droit partout ne lui apportent pas de préjudice. » N'est-ce pas cette clairvoyance à maintenir ses prérogatives qui, en sauvant le Saint-Siège de ses propres excès, et la foi du double écueil du fanatisme et de l'impiété, a mérité à la nation française le titré glorieux de fille atnée de l'ÉgUse?
Si, pour éviter la fin de non-recevoir que j'ai signalée en commençant, je ne m'étais point fait une loi sévère, et sévèrement observée, je crois, de ne m'occaper que de faits essentiellement mixtes ou de politique religieuse, intéressant au plus haut point les rapports de TÉglise et de l'État, et leur mutuelle harmonie, j'aurais fait voir que dans les matières de liturgie, de discipline et de droit coutumier, comme dans les questions de dévotion populaire, nous sommes tombés, sous l'envahissement des doctrines romaines, au niveau dé l'Espagne et de l'Italie, et que, grâce aux encouragements que rincrédulité en reçoit, la morale et la piété ne sont pas moins en danger que la foi. Partout, toujours la Providence a fait de l'athéisme le correctif de l'ultramontanisme ; c'est une loi latale de l'histoire.
A cette situation qui devient chaque jour plus périlleuse, je ne connais que deux remèdes conformes àla véritable liberté : l'un, général pour combattre un
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mal permanent ; raotre accklentd contre un mai passager.
Le pranier est dans b restaunition des hities iétudes, des facultés et des grades ihéologiques, opiestion délicate sur laquelle j'oserai nne autre fois appeler l'attention du Sénat.
L'autre consiste à exiger des membres da clergé séculier, ou régulier qui seront, à l'ayenir, pourvus de fonctions ecclésiastiques, la promesse formelle qu'ils ne font point partie de la Ligue, ou qu'ils ne sont engagés par aucun yosu contraire an principe de nos lois non plus qu'à la doctrine et à la discipline de nos Égliises.
Ce ne sont point là des innovations; loin de là. L'histoire est remplie d'exemples (analogues, et Tadmirable collection des procès-verbaux des assemblées du clergé de France atteste que, dans ces matières, la couronne n'a janaais été que le pouvoir exécutif de rÉglise, comme le constate encore l'article 46 du-Coneordat qui reconnaît au chef de l'État, aujourd'hui l'empereur, a les mêmes droits et prérogatives dont jouissait Tandon gouvernement de la France. > On ne saurait proclamer d'une manière plus formelle le privilège qu'ont toujours en nos souverains, aujourd'hui, la Nation, de voilier à la liberté du etergé. C'est, en effet, en protégeant Tépiscopat contre la pnession des congrégations romaines qu'on lui iconserve son indépendance, et qu'on dégage ainsi la couronne elle-
même des conflits qai peuvent naître de ses rapports avec le Saint-Siège. Quant .à moi, dont la vie déjà longue, étrangère aux partis, s'est passée dans Tétude de ces difficiles questions, je ne crois pas qu'on puisse sans danger pour l'Église elle-même, se soustraire à cette impérieuse nécessité. Cependant, je ne demande ni le réveil de lois qu'on dit périmées, ni la résurrection d'usages qu'on croit surannés, et dont je n'ai même pas prononcé le nom, (on remarquera que le mot gallicanisme ne se rencontre pas une seule fois dans ce qui précède.) Mais à des situations éternellement identiques, je demande qu'on apporte des solutions conformes à l'expérience des siècles ou à la sagesse du moment. Par là je crois remplir un devoir pénible et périlleux, mais nécessaire, et c'est dans cette pensée que j'ose me dire, Messieurs les Sénateurs, Avec un profond respect, votre»., etc.
Cette pétition eut le sort de beaucoup d'autres, adoptée, quand elle pouvait fournir à des ambitions personnelles un moyen d'opposition, elle se vit abandonnée dès que ces ambitions se crurent satisfaites. On l'ajourna. Telle était la politique de M. Rouher : écarter les hommes, ajourner les questions ; politique souverainement imprévoyante, puisqu'en ne résolvant pas chaque jour les difficultés du moment, on les aggrave et l'on provoque infailliblement une débâcle. En effet, d'ajournements en ajournements, la France se
Vit matériellement ruinée, moralement détraite, et au jour du péril, l'ennemi y pénétra comme dans un village. Tout s'efTondra du même coup: gouvernement, administration, armée. La défiance qui régnait sourdement dans tous les rangs, dans toutes les classes, éclata. Nul n'osa se fier à son voisin. Un mal indép,' nissable paralysa toutes les volontés, faisant taire les unes, avorter les autres. Le salut public ne sut même pas rallier les partis. Ils ne furent d'accord un jour que contre le régime tombé, qui ne trouva les sympathies de personne parce que personne n'avait confiance en lui. Les ultramontains surtout, qu'il avait ménagés, choyés, caressés, firent éclater une joie indécente qui scandalisa jusqu'à leurs adversaires. Et pourquoi? C'est que le gouvernement ne les avait protégés, en fermant les yeux sur leurs intjigues au concile, que pour avoir au lendemain de rinfaillibilité un juste prétexte de quitter Rome ou de donner la main à la révolution, et Rome, à son tour, n'avait cherché dans la proclamation du nouveau dogme, qu'attendait la Prusse pour commencer les hostilités (1), qu'un moyen de neutraliser, en les divisant, toutes les forces morales e politiques de la France. De part et d'autre on subti-
(1) L'un des principaux agents de M. de Bismark, à Paris, bien connu dans la presse, le docteur Lévisohu, écrivait à la Gazette de Cologne que la proclamation de rinfaillibilité serait le moment psychologique des plus grands embarras de Tempire et du déchaînement des partis.
lisait ; la foi était absente ; on évoquait Dieu pour s'en faire un complice. Le pays laissait faire ; les chambres^ complaisantes ou trompées, ne disaient mot ; les hommes d'État, courtisans du peuple et du maître, fermaient les yeux. Chacun, pour s'élever, conspirait rabaissement de la France. Ne nous reprochons donc plus nos fautes, DOS complicités, nos désastres. Nous sommes tous coupables, les uns d'action, les autres d'inaction. Trêve aux reproches ; connaissant nos maux, unissons-nous pour les soulager.
On reproche à l'empire ses concessions libérales, et il D*est pas une de ces concessions qui n'ait été faite par nécessité, plutôt trop tard que trop tôt.
La liberté partielle de la presse, en 1860, fut donnée pour dégager le gouvernement des funestes doctrines dont la licence du parti clérical le rendait complice.
Après Sadowa, TÂIlemagne devenant un danger, la Wrre était inévitable. « Il n'y a plus de fautes à corn-
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mettre », âisaUH>n. En même temps » poar écraser l'empire sons le poids de sa CintC) on lai fttait les mojrens de la réparer. L'opposition rendit inapplicable la loi sur la réorganisation de l'armée. L'opinion publique s'en émut. Pendant deux ans, malgré les déclarations les plus rassurantes, il fut impossible de rétablir la confiance. M. Guisot parut aux Tuileries, non sans
utilité pour les siens, et justifia sa politique de c paix à tout prix. » On ne l'écouta point-; le malaise détint général. Afin de calmer les esprits, il fallut rendre au pays la libre disposition de lui-même. Le ministère du 2 janvier fut accueilli avec un enthousiasme sans exemple. Une ère nouvelle était ouverte, la joie dilatait tous les cœurs. Les scènes de 89, les ovations faites à Necker peuvent seules rappeler les premiers mois de 1870. Tous les partis désarmèrent (1). La révolution s'irrita. Des troubles surgirent. On songea, pour les étouffer, non à de nouvelles élections, mais au plébiscite qui devint l'objet de discussions irritantes. Corruptrice et corrompue, la presse, effrontée, cynique, dont on n'avait pu satisfaire les insatiables exigences, reprit son œuvre de destruction en attaquant sans pudeur l'homme que, la veille, elle avait exalté sans mesure,
(î) SéDat de Topposition, l'Académie eîle-même cessa Ae bouder. Plaslears de ses membres se virent appela & des fonctions publiques et tous accueillirent avec empressement le nouveau ministre, dont Télection fut à la fois très-approuvée et sourdement critiquée.
Oairs les chambres, à la cour, avec l'appui des minis- 1res déchus, un pafti se (bma coittre le nouveau réginse Téptfté trop libéral. Par les feutes habiles de H. Bénédetli, Ofu les ruses insolentes de M. de Bismark, il flit placé entre un affront diplomatique ou la guerre, que solicitaient vivement, malgré le ministère et Tempe- Teur , les influences cléricales de la oour. La guerreftit résolue. Était-on prêt? Oui, si par une fatalité nouvelle et pour plaire aux mêmes influences, on n'avait éparpillé nos forces sous la conduite de généraux incapables, plus occupés à se tromper qu'à combattre. Le premier revers entraîna tous les autres.
S'il fallait, au milieu de nos défaites, un pouvoir vigoureux, anonyme, pour rétablir la confiance et réformer promptement les abus, c'était le 7 août, au lendemain de Wissembourg et de la dépèche désespérée de l'empereur, qu'on le devait établir. Les partis ne le souffrirent point. Au lieu de répondre à l'admirable élan patriotique qui souleva d'un bond toute la Franoe, te régence, d'une part, l'opposition de l'autre, ne songèrent qu'à tirer parti de nos malheurs. De leur compétition «ortit fatalement la république du+septembre. Les députés de Paris se firent gouvernement. Encore ! s'écria la province. Elle recula. La Russie, ritalie, rÀutriche s'éloignèrent. La révolution eut peur. Elle déclara qu'elle ne toucberùt à rien ; en telle sorte que le premier acte de ces hommes qui depuis vmgt ans, avec une acrimonie pteiae de fiel, avaient tout critiqué,
fut de tout respecter, même les abus. Et pourtant qud de réformes auxquelles les gouvernements réguliers sont impuissants, et les gouvernements irréguliers tout-puissants ! Mais, avocats publics de l'émeute et complices secrets du pouvoir, mille liens les condamnaient à rinaction. La France d'ailleurs les repoussait. Ils voulurent, par un délégué, lui faire violence ; ils ne réussirent qu'à l'exaspérer contre eux, contre Pari?, contre toute idée libérale, et à la ruiner par d'effroyables dilapidations. Pour la première fois le caprice de Paris vint se briser contre la résistance obstinée de la province. On vit là que le suffrage universel, quels que soient ses dangers, ses fautes, ne se laisse pas vaincre aussi facilement que le suffrage restreint.
A Paris, centre des abus, l'indolence ou l'indulgence du gouvernement déconcerta l'opinion ; elle n'eut confiance ni aux hommes, ni aux choses. Qu'était-ce, à ses yeux, qu'une révolution qui, , en dehors des vengeances personnelles et de l'âpre curée des places, prenait à tâche de suivre tous les errements du passé, premières causes de nos désastres ! Cependant, malgré l'état de siège, les nouveaux dictateurs, caressant leur popularité, donnèrent toute licence à la presse et aux clubs. Les esprits s'exaltèrent ; la révolution s'organisa. On dénonça l'incapacité des généraux, l'incurie des intendances, l'inertie de l'administration ; ce fut en vain Paris bloqué dut ne compter que sur lui-même. Il fit, en dépit de ses chefs, des canons, des fusils, des sol-
dâts ; son activité fat prodigieuse. Pour briser les obs* tacles trop nombreux, trop réels au gré de son impatience « le mot de Commune fut prononcé et devint bientôt Tidéal des jacobins. La défaite du Bourget eut lieu; le 31 octobre éclata. Que firent nos gouvernants ? Ils pactisèrent avec Fémeute, puis se rétractèrent, dès que l'opinion, d'un bond unanime, eut étouffé ce mouvement. Elle fit plus : avec une confiance héroïque elle accepta le plus inepte des généraux. Que de larmes, que d'angoisses s'ensevelirent dans un patriotique silence !
Des élections s'accomplirent. Armés de nouveaux pouvoirs, les honimes du 4 septembre se montrèrent-ils plus prévoyants, plus dévoués? Hélas non 1 Même incurie vis-à-vis des clubs, même inertie dans la défense. Ils n'osaient ni gouverner, ni combattre. Les uns avalent 6crlt contre la peine de mort, les autres pour la liberté absolue de la presse. Le soldat fuyait devant l'ennemi, on ne disait mot ; la presse, les clubs acquéraient une violence infâme, on ne s*en inquiétait pas. Peu à peu l'armée se démoralisait, la révolution s'enflammait. Paris avait hâte d'en finir. Il voulait se battre. Une grande sortie fut .préparée. Nouveau mystère I Le Prussien la connaissait avant nous, et Champigny, victoire du soldat, devînt un désastre pour les chefs ! Paris, calme, résolu, héroïque, glacé de froid, mangeant du foin, restait indomptable !
Les hommes du 4 septembre étaient décidément in-
capables, et, malgré ses placards^ ses journaux, ses serments, le Bretoa enMié qu'ils aii:aient pris pour che^ ne croyait pas à la défense. Pour amuser el trom ropinion il l'iexaltait, sans s*iDquiéter de la terri réaction qui serait un jour la conséquence iné^itabl de ses prouesses. A ses yeux les dviU n'élaieet pa «tes hommes. Et pourtant, que de héros sur le platea if Avron ! Hais, courtisan du troupier comme il l'avait éié des Tuileries, il ne voulait point que "des innirgeois pussent, sinon se sauver, sauver du moins leiHr honneur. Tantôt le froid lui défendait d'agir; tantôt le brouillard contrariait ses mouvements. 11 ne Tempéchait point de dé(XM*er ses amis et de placer partout ses créMures. jcmrs tristes, nuits sombres de décembre et de janvier, qui dira ce que nous avons souffert, sans pain, sans feu, n'ayant pour vivre que deux onces de cheval qu'il fallait attendre de longues heures d'une administration hébétée, nous laissant hâves, amaigris, défaits, sous la pluie, dans la nei^e, l'angoisse au cœur, la mort dans l'âme ! Et Paris ne se décourageait pas !
On se chargea de ce soin . Ce fut l'affaire de Montretout, où les généraux, comme toujours, vinrent en retard et où soixante mille hommes restèrent inactifs sous le feu de l'ennemi, pour aboutir à la demaiHJe effarée de « vigoureux brancardiers. * On eût dît que toute b garde nationale avait péri. C'est que déjà la capitulation était ouverte. Afin de livrer Paris sans trahir sa parole, le chef du pouvoir exécutif tpii avàt dit : « Le gouwr-
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neuf de Paris ne capitulera pas », imagina^ «n fils d%seobar,, de renoncer, sans quitter te pouvoir, à son titre de gouTserneur. Un laépns wianime se joignit au iégùui qu'il inspirait LVnivet^ hn-inéme, qui l'avait 4ecuâ41i Gonuue uumattre, le congédia eomrme un valet* L'amaisiice fut signé. Que d'efforts pour taut de honte : les forts livrés, l'armée captive, la population prisonnière, un matériel immense et deux cents millions au vainqueur I Non, la province égarée, ingrate, ne saura tamai s ce que Paris a fait et souffert pour elle ! Une rage sombre enveloi^a la capitale, toute la France fcrt constewkée.
Il fallait subir la paix. On bâcla des élections, une chambre, un pouvoir. Que les hommes qui nous a^vaient, pendant cinq mois, soulevés pour le maintien de l'intégrité da territoire, signassent eux-mêmes le démeuibrement de la France, c'était la juste expiation de notre confiante et de leur incapacité. Mais quMls restassent ensuite aux affaires, n'était-ce pas une offense à la conscience publique ? une provocation à l'émeute ? Aux y«ttx de Paris, que valait dorénavant la parole si souvent trompeuse des Jules Favre, Picard et Trochuî Une agitation sourde, des élections détestables manifestèrent son mécententement . Affolée de réaction, l'assenaWée prétendit, en restant à Bordeaux, décapiter la capitale . Il fallut la rassurer en nommant des ministBes, des généraux, des préfets notoirement monarchicfues. Paris inquiet se mit sur la défensive . La
Chambre, dès son arrivée h Versailles, lui répondit p| deax lois de colère, sinon de vengeance, et par le ref( de reconnaître la république. En même temps, l\ ministres, qui n'avaient pas su venger nos injarei eurent le triste courage, pour venger les leurs, de lai^ ser condamner à mort les émeutiers du 31 octobre av^ lesquels ils avaient transigé.
C'est dans ces douloureuses circonstances que, 18 mars, eurent lieu l'appel à la garde nationale et 1 tentative de désarmer Montmartre. La guerre éclat^ Un double crime ôta aux insurgés tout moyen de r^ tour. Trop peu sûr de ses troupes pour engager I lutte, le pouvoir s'enfuit de la capitale, qui,accueillaD l'insurrection, d'abord en incrédule et bientôt en vie time, tomba peu à peu aux mains du comité central c des bandits dont les forfaits la mirent à feu, à sac et sang.
. Depuis lors la province, féodalisée, fanatisée par di funestes doctrines, n'a cessé de détester Paris. L général Trochu, par ses calomnies intéressées, es encore venu envenimer cette haine. Est-ce juste 1 N'est-ce pas à la demande du pouvoir et pour donnei à l'armée le temps de s'organiser, que Paris, malgré le bruit incessant du canon, a pactisé avec les électeurs du 26 mars et travaillé de toutes ses forces iusqu'au 28 avril, date de l'armistice, à la recherche d'une transaction, d'abord possible, facile même, mais que les hommes de la commune, enhardis par la lutte, finirent
ir repousser obstinément? Convaincu alors de Finutiié de ses efforts, Paris voulut préparer la résistance ; était trop tard ; tous les honomes de 19 à 40 ans raient dû fuir devant les décrets de la commune ; les Haillons de Tordre se trouvaient dispersés, désarmés. a terreur régna dans son sein, et des bandes de maliteurs, rebut de toutes les villes, promenèrent dans js rues épouvantées, sans défense, le pillage, l'incenle, l'assassinat. Peut-on l'en rendre responsable ? burquoi lui faire un crime de ses malheurs ? S'il a ^mmis une faute c'est celle de ne pas chasser au 31 oc- >bre le général Trochu et tous les hommes du 4 sepimbre. Mais le devait-il sous le canon des Prussiens? liant à ces incendies et à ces massacres abominables ae vous lui reprochez avec tant d*aigreur, avez-vous bnc oublié les crimes atroces dont vous avez déshonoré is villes et les campagnes en 1789?
Les droits politiques ne sont pas comme les droits àturels inhérents à l'individu, qui ne les apporte pas en laissant. Ils varient et ils doivent varier suivant les ïmps, les circonstances et les lieux, puisque c'est la ociété qui les confère et que la société ellcrméme n'est ouveraine que dans les limites que lui tracent les néces- Ités de sa propre conservation. Voilà ce qu'enseignent i raison et l'histoire. Nul n*étant, de droit, le juge de 3 capacité de son semblable, il est toujours fort difficile le mesurer avec précision aux membres de la cité les Iroits qu'ils peuvent exercer sans danger. De là naissent
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les révolutions, et à Paris j prend plus sotiTent p» que la province, cela vient, non pas^ comme on le dit de son esprit d'insubordination, car il a montré pendan le siège qu'il est capable de soumission jusqu'à l'bé roïsme, mais de ee que sa population active^ compacte agglomérée, souffre plus qu'une autre de l'indolene politique qui caractérise si malbeureusement notre pays Il serait fâcheux ou même immoral qu'en n'usant pa de ses droits par insouciance ou paresse, la grand classe moyenne et conservatrice empêchât les antre classes d'user des leurs et qu'eBe privât par exemple l peuple du droit de suffrage parce qu'elle n'en veut pa pour elleHMérae. N'y a-t-ii point â quelque chose q« Wesse la conscience ? Dès lors Paris, qui, d'ailleurs voit de plus près les abus, n'a-t-il point, dans une ce? taine mesure, le droit d'avertir, de. stimuler te zëH allangui des campagnes? Sans Tesprit frondeur* qa'cH lui reproche et qui tend, avouons-le, sous, les i^citatiÉW! d'une littérature immonde, à devemr un danger, (p sait, avec les chambres qu'on nous envoyait, le régrai arbitraire que nous subirions encore f
La province revien*a de ses préventions. Ce iour4à comme en 89 à Parrivée des nobles dîans là Ghambnefd Tiers,, on pourra dire : « La femiKe est complète. » L France se retrouvera. Le suffrage univei'sel mieux ré glé, oi^anîsé, donnera, autant que le permettent imperfections inhérentes a<iix institirtions humaines, l'expression libre> sincère de? v^tontésd^ps^s. Si dans
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teœps de troubles, il est un péril, il ne £aut pas oublier que la France lui doit A'atoir pu cepou^^ser ou ajoumer la révolution du 4 septembre, et qu'il a donné au gofwernément de Versailles la force, que mA autre réginie m^aurait eue , de dompter la plus effroyable in^ «QrreefûKin <pi se soit jamais produite dans le monde. Ce qu'il a fait hier^ il le fera demain, toujours. Peu à eu l'espèce d'hostilité qu'il avait établie entre les villes et les campagnes, entre les privilèges naturels de l'intelligence et la force irréfléchie du nombre, disparaîtra ; les lumières acquerront du zèle, le zèle acquerra des uffiière» ; l'équilibre s'établira entre toutes les influencées légitimes de la nation, et la France, unie, pacifiée, «ompacte, réparera ses désastres, f Pour cela que flaut-ii ? Comba ttre par tjous tes moyens I compatibles avec b liberté, les deEsfanatismesquinous menacent et qui nous sépaneni: : le fenatisme des viltes et le. fanatisme des campagnesy la soci^sme et l'uliTa^ { fflontanisBde. Le» « pures doctmnes romaines j> aont,.>e I n'endo&te pas, excellentes à Rome^. quoiqu'elles y av^Hamené l'hâiie; chez nats;^ eHes sont un poison^ une peste qui appelle, infailliblement la révolution. Nous en [ ^vofi&la triste expérieaace. Jionaisi la France ni'adniettya qa'unpape, réputé infaiUiWer viefiia cottia^ler et côaimn&Ê ses lois, ses droits^^ son gdavamanent ; et^. de )^r eôté, les uUramontains, aœmés de KinfailUbiiit^rnfi ^enoAttÊiionfe jamais^ à combattre nos principes de lB»erté ^ de SQui^enaiaeté qu'ils noommenl, dmc Grégoire XVf
et Pie IX, d'odieu$es pestilences. La guerre est donc fatalement permanente; la séparation n'y fera rien. Grâce aux innombrables milices de la cour de Rome, nous aurons constamment des agitations religieuses on des reyendications cléricales, tantôt dpucereuses; comme la pétition des ëvéques en faveur du pape, tantôt amères et menaçantes comme celles qui demandent la liberté d'enseignement ; et, ce qui est plus triste à dire, c'est que maintenant que, par une déplorable nécessité ou par une insouciance plus déplorable encore, on a laissé rultramontanisme pénétrer et s*organiser parmi nous, on ne l'arrachera plus qu'après avoir versé des flots de sang. Les railleurs, fanatiques ou sceptiques, qui depuis un demi^siëcle ont tant critiqué nos libertés gallicanes, en comprendront alors l'importance. 11 sera trop tard ; il Test déjà. Aussi avons-nous hésité longtemps avant de publier ces lignes. Mais notre silence n'eût été qu'une lâcheté. Si la France Mi se relever, c'est à la condition que chacun y mette toute son âme et y apporte sincèrement, courageusement, au prix de tous les périls, le tribut de ses opinions, de ses pensées et de son expérience. Il n'y a que le concours des bonnes volontés qui puisse nous tirer de l'abime. Dans la situation que, de propos délibéré, malgré les avertissements les plus solennels et les calamités qu'ils n'ont ceftgé depuis vingt ans d'appeler sur le Saint- Siège, les catholiques ont faite à l'Église en général et à L'Église de France en particulier, les événements sont
tellement dans les mains de Dieu qu'aucune déiermination individuelle ne saurait eu arrêter ni même en changer le cours. C'est le propre du fanatisme de ne rien comprendre aux faits qui rentourent, aux coups qui le frappent, et, les interprétant dans le sens de ses passions, de s'enfoncer toujours plus avant dans son erreur. Sous ce rapport, il est visible que les ultrarnontains, ainsi qu'autrefois les Hébreux, sont frappés comme par Dieu lui-même d'une incommensurable cécité La force seule aura raison de leur folie.