‹ La cour de Russie il y a cent ans 1725-1783: extraits des dépêches desChapitre 2 sur 6 · SÎ · texte numérisé non relu

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nage». Votre seigneurie a sans doute connaissance des étranges lettres qui furent trouvées dans ses pa.piers après sa mort; et ou ne peut qu'admirer qu'elle ait laissé subsister de telles preuves contré elle: il n'y a de plus surprenant que la clémence vraiment extraordinaire avec laquelle on a traité les personnes qui étaient mêlées daas ses intrigues. Je serais fort embarrassé de décider s'il faut attribuer cette clémence au caractère doux et bieiiveillaut de Timpératrice, ou plutôt k une faiblesse radicale dans le gouvernement. Quoique le grand duc n'eût aucune raison de regretter une telle perte, il fallut pourtant toute l'éloquence et l'amitié du prince Henri de Prusse, comme ce dernier me Ta dit lui-même, pour le décider à songer à se remarier.

«Le caractère de la présente grande duchesse est précisément l'opposé de celui de la première, et aussi le grand due paraît-il sous un jour tout-à-fait différent. Elle est douce, aimable, et pénétrée du sentiment le plus profond de ses devoirs d'épouse. Elle cause volontiers, elle est gaie, et sait se conduire. Sa complaisance et ses attentions méritent Taffection de son mari; aussi l'aime-t-il très tendrement. Ils spnt à présent parfaitement heureux ensemble, mais je crains que leur bonheur ne puisse durer dans une cour si immorale, et composée comme "Fest celle-ci. Le grand duc montre une légèreté qui flatte les femmes auxquelles il adresse la parole; et quant à la grande duchesse, elle sera douée à un degré bien rare de résolution et d'honnêteté si elle évite les pièges sans nombï-e qui seront semés sur son chemin, et auxquels aucune des impératrices de ce pays, sans exception, n'a encore échappé.

. « La politique du grand duc est pi ésentement prussienne comme elle était autrefois française ; et,, à moins qu'il ne change, il se rendra aussi ridicule par sa prédilection pour le roi de Prusse que l'était son père (Pierre III), Son voyage à Berlin, les leçons du comte Panin et la partialité de la grande duchesse pour sa propre famille l'entretiennent dans cette manière de voir.

«Il est très sobre: il mange peu et boit moins encore, et par la vie réglée qu'il mène il a fortifié une constitution naturellement délicate.

« Quoiqu'il sente vivement son exclusion de toutes les affaires, et que parfois même il s'en plaigne vivement, il n'a pourtant pas assez de résolution pour tenter de se rendre le moins du monde indépendant. Il tremble aux conséquences de tout acte un peu hardi; et il est si habitué à courber la tête devant une puissance supérieure qu'il serait le premier à trahir quiconque serait assez imprudent pour le lui proposer. D«D« ces derniers temps il s'est offert des occasions sans, nombre y et il s'en présentera chaque jour davantage, 'mais s'il arrive une révolution, il en pourra être l'objet, mais il n'en sera certainement pas la cause.

«En s'entretenant avec moi, ce qu'il fait quelquefois pendant plus d'une heure ^ il exprime une grande jalousie de TEmpereur, et de Tinquiétude à son sujet, beaucoup de mépris pour les Suédois, de réloignement pour les Français, et il fait des vœux pour nous et pour notre cause.

«Comme son père il se fait un jouet des choses odlitaires, mais, quoiqu'il ait la charge de grand amiral, il est entièrement ignorant des affaires maritimes.

« En un mot, sans avoir un mérite supérieur, il a suffisamment d'intelligence, s'il parvient à être constant dans . ses affections et à surmonter sa timidité, qui est peut-être seulement la conséquence de sa jeunesse et de sa position, pour gouverner ce pays, avec moins d'éclat peut-être, mais avec autant de sagesse qu'aucun de ses prédécesseurs depuis Pierre I.»

M. Harris écrivait encore le 31 décembre 1778:

«La désunion entre l'impératrice et le grand duc augmente de jour en jour. Elle le traite avec la plus complète indifférence, et on peut même dire avec mépris. Quant à lui, il ne se donne pas la peine de cacher sa mauvaise humeur, et il y donne un libre cours lorsqull l'ose, et dans les termes les plus violents. Il manque pourtant de résolution et de fermeté, et jamais, à moins qu'il n'y soit contraint, il n'aura le courage de se mettreà. la tète d'an:pariii.

«La grande duchesse se conduit remarquablement * bien, et elle évite avec beaucoup de soin de déplaire, soit aux favoris de I*impératrice, èoit à sou mari età sa cour. « •

Et encore le 9 février at^vant :

«Le prince Potemkih et sa clique tr'aiient le grand duc et la grande duchesse comme des^ personnes sanô conséquence. Le grand duc est blessé de ce mépris, et il le laisse voir dans sa conversation, mais c^est là tout ce qu*îl ose. La grande duchesse se conduit avec plus de prudence et de circonspection. » ^

Il n'est pas sans intérêt de rapprocher du portfmit que M. Barris traçait du grand duc, celui que ver^ ïe même temps esquissait le ehargië d'araires de Francfé^ d'autant que de Favis même de M. Harris cet* envoyé devait être bien informé^ surtout des petite» choses qui échappent en général à ^un diplomate étranger. Au moment de rarrivée d'un ministre de France, M. Harris écrivait le 20- sept^embre 1779: .

« Je ne connais pas M. de Vérac : ^ j'entends dire qu'il est . plus aimable dans la société que redoutable dans le cabinet, mais quand bien même il gagnerait les bonnes grâces de l'impératrice, il sera bien moins à craindre que le présent cliargé d'affaires, M. le çheva-. lier de Corberon qui, bien que. d'un mérite médiocre, s'est acquis par un long séjour dans ce pays un, libre accès auprès de tous les valets de chambre et agents subalternes des grandes maisons russes, et comme quelques-uns ont' beaucoup d'inâuenoe sur leurs maîtres, il a souvent copjuré de mauvais esprits lorsque je m'y attendais le moins. »

Il ^st évident que l'ambassadeur d'Angleterre n'était pas en bons termes avec l'humble chargé d'affaires da èabînet de Versailles; mais' il ne l'est pas moins que M. de Corberon devait être instruit de bien des choses qu'ignorait M. Harris dans les premiers mois de son séjour en Russie. Voici donc ce qu'écrivait M. de Corberon au sujet du grand duc dans sa dépêche du 9 avril 1778:

«: Cfatfcerme a deyiné son ûl^, et ne pôava&t trouver di^ns sa conscience un refnge et un remède i ses craintes, elle à porté ses soîtis à les préyetijr. Nouvelle Sémiraniis, efRrayée sans cesse des derniers accents de luort de son époux^elle n'a vti qu'un 'veng:eur dans son , Es, et, sourde à la nature, elle, n'a senti que la nécessité pressante d^aller au devant du coup dont elle était menaeée. Indécise néanmoins stir le crime et son effet, la^ volupté doât elle connut de bon'ne heure les amorces et les pavots, luf a semblé le moyen le plus ' sûr, et elle l'a employé sur son successeur. Un jeune prince, avide de jouissances, pouvait-il se soustraire à un genre de dédommagement fait pour son âge? Il s'est donc livré aux plaisirs des sens, poussé par un homme qu'on 'avait placé près de lui, un ministre secret de voluptés qui, allant au devant de ses désirs, trouva, le chemin de sa confiance, et servit d'autant mieux la mère qu'il paraissait dévoué au fils. Dans cette place obschre fut niis un homme plu« obsçur encore, un Français, perruquier, qui, par son industrie, son adresse et ses complaisances, est parvenu à jouer un rôle qu'il soutient avec succès.

« Au milieu des manœuvres sourdes et ténébreuses qui altéraient par degrés les mœurs du 'grand duc, sa première épouse qu'il aima beaucoup le soutint, le garantit avec autant de force que de grâces. ' Cette jeune princesse, étonnante pour son âge par les qualités les. plus essentielles, serait parvenue à élever son mari au dessus de lui-même, et à joindre à son esprit naturel la connaissance et le nerf dont la nature l'a peut-être privé. Moins politique qu'elle ne devait être, elle a dédaigné de cacher ses vues et ses moyens ; les uns et les autres ont paru suspects; on s'est mis^ en garde contre elle, et le ministre des plaisirs secretp, devenu plus nécessaire encore, a montré la ressource et l'étendue de ses talents. C'est hii qui a préparé dans les ténèbres les venins de la jalousie dont on s'est servi contre cette femme supérieure. L'amour propre du grand duc a été armé contre elle. Elle a succombé, et son souvenir, éteint avec ses jours, n'existe plus que dans le cœur des gens qui l'avaient appréciée, mais faiblentetit dans celui du prince qui n'a pas connu toute sa perte. Celle

qvà lui a Buccédé plaît, à son mari par les ekannes de la jeunesise, de la fraîeheur, et peat-être la supériorité <}ii'il a sur elle. Son esiprit et son caractère ue sont pas de nUture à se développer dans la place, qu'elle occupe. Un cercle étroit d'idées et tle connaissances la retiendra toujours dans la médiocrité, et rien lie décèle de sa part ce que des observateurs plus fins auraient voulu prendre pour Fadresse de la politique^ Princesse de Wurtemberg, grande duchesse, impératrice, elle sera toujours femme et jamais plus. »

On voit qu'au sujet de la grande duchesse et de ses bonnes qualités privées, il n'y avait entre tous ces témoignages si divers aucun dissentiment. M. de Vérae à son toiir écrivait le 15 octobre 1780:

« La grande duchesse ne paraît occupée que du soin de faire le bonheur de son époux. Elle joint k une Sgure en même temps ti:ès noble et très agréable^ beaucoup de gaieté, de douceur et l'art, de trouver tour jours des choses obligeantes à dire à ceux avec lesquels elle s'entretient.»

Dans les première/ dépêchés de M.' Harris se trouvent, quoiqu'on petit nombre, quelques détailsf assez curieux. Ainsi, par exemple, au .sujet du luxe de la cour de Pétersbourg, il écrivait le 17 mars l'787 :

. «Â Toccasion de la naissance du fils du grand duc rii^lexandre) , les principaux seigneurs ont donné des têtes somptueuses: celle du prince Potemkin lui coûte 50,000 roubles. L'inipératrice en a donné une dans ce carnayal dont la magnificence et le bon goût dépassent tout ce qu'on .peut imaginer. La vaisselle du dessert était ornée de pierres précieuses évaluées à plus de deux millions sterlipg;- et aux tables de macao, qui. est le jeu le plus à la mode, . Fimpératrice dpnpait un diamant de cinquante roubles à jtous ceux qui avaient neuf: ell^ en a distribué de cette manière cent cinquante. ».

Dmi8 une lettre partionUèrci à la date du 27 mai 1778, Ml Harris s'exprimait ain^i:

«H fatit être doué d'une patience i(urhumaine pour, traiter avec des gens qui sont indolents, et qui ne sont pas capables d'écouter une question ni de donner une réponse raisorinée. Vous aurez peine à croire que le comte Pànîn ne consacre pas plus d'une demi - heure par jour aux affaires. Il y a quelques jours, M. Oakes, ayant été voie d'une grosse somme d'argent, a trouvé le lieutenant de police, le premier magistrat de l'empire et dont le pouvoir est immense, Jouant seul, à sept heures du matin/ à la grande patience avec des cartes sales. »

Il est temps de quitter les généralités pour reprendre la chronique scandaleuse de lat^our et entendre M. Harrîs nous faire assister au jour le jour aux étranges jc^éripéties des amours de Catherine la Grande. Il paraît . que le lieutenant de police Acharow n'avait pas été agréé, et Potemkin. s' étant mis de nouveau en quête avait découvert un sergent aux gardes qui lui avait paru devoir plaire à sa gracieuse souveraine. Il se hâta de lui donner un grade supérieur et de l'attacher à sa suite,, et. nous allons lire ^bjï^ la dépêche de M. Harris du 27 niai 1778 le récit de la présentationà la «cour de' ce prétendant:

« Le grince Potemkin a présenté il y a quelques jours à Czarkoe-sek> à rimpéfatrioe,<au moment qu^elle se rendait au théâtre, un ^rand officier de hussards^ qui est un

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de fiies aidesrde-eamp» .Elle k CQ^idéi*a arec b^eimcoiip d'attention, quoique Zoricz fïït présent. A peine l'impératrice se fut-elle éloignée, le favori accabla Potemkin des injures les . plus violeptes et les plus outrageâtes, et le provoqua en duel. Potemkin refusa de se battre. La pi^oe finie, Zoricz suivit Timpératrice dans son appattemejat, -se jeta à ses pieds, et, lui avoua (^ <][u'il venait àe faire, disant que, malgré les honneurs et les grands biens dont elle Tavait comblé, il était indifférent à to«t et njs tenait qu'à son affection. et. à. si^s bonnes grâces. Cette conduite eut son effet» Lorsque Potemkin se. présentia il fut mal reçu; et Zoricz parut être en grande faveur pendant un jour ou deux. Potemkin quitta alors Czai^koe-selo et retourna à Pétersbourg. L'^npératriGe ordonna à Zoricz de le suivre • et de l'inviter à souper, en un mot, «de raccommoder l'affaire parce qu'elle n'aimait pas les tracasseries. » Ce soUper a eu lieu il y a quelques jours, et Zoricz et Potenikin sont à présent très bons amis, au moines en apparence. Mais Potemkin, qui est un grand fourbe, finira par avoir bon marché de l'autre. Il est résolu à le faiïe renvoyer, et Zoricz est déterminé à couper la gjOirge à j^on successeur. » .

M. Harris écrivait quelques jours après, le 2 juim:

«La eonduite courageuse de Zoricz' n'a en qu'un effet momentané. Le rôle cqmplaisanjt; et utile que joue le prince Potemkin l'a emporté 'sur toute autre considération. Le comte Zôric? a reçu il y a quelques jours son congé définitif. Il lui a été donné par l'impératrioe elle-mênie dans -les termes les plus aimables, mais il Ta reçu d'une manière fout-à-fait différente ; car oubliant à qiti il parlait, il lui a adressé les reproches les plus amers, lui a dépeint son iiiconstance sous lés. couleurs les plus fortes, et lui en a prédit les conséquences les plus désastreuses. Qn m'asfeure qtie ces discours l'ont émue, mais ils n'ont apporté aucuncbangement au plan qui avait été arrêté. Le >ebmte Zoricz est condamné à vxiy^^r, et il a en même temps reçu une grosse pension, une immense sèmlne d'^argent comptant, et une terre de sept mille paysans. Son successeur^ qèi

jtfe notnne K4[>if.8Ak, ne sera pas. déclaré qu'il ne soit parti. La Violenee du caractère du camte Zoricz rend peusâr. de prendra ptibliqitemelit sa place tant qu-if est présent; La cour «t la; ville ne sont ' occupées que de cet érénement^ et je suis fôché d'ajouter qu-il donne lieu à des réflexions déplaisantes, et qu'il abaisse aux yeux des étrangers la réputation de TimpératHee et la considération de l'einpire. »

M. Harris écrivait encore te 9 juin suivant:

«L'intérieur du palais .présente > un spectacle . bien singulier. Le comte' doriez, quoiqu'il ait été très ma^fiquemènt récompensé^ n'est pas apaisé; et quoiqu'il ait été destitué, il ne s'éloigne pas et il gard^^ toutes Jes prérogatives d^. favori, Le langage hardi qu'il a tenu à l'impératrice lui fait craindre d'irriter np esprit si violent. L'état d'incertitude et d'anxiété ^e l'esprit de cette princesse est incroyable. Le prince Orlow lui a fait il y a quelques jours des rémbptrances sur les conséquences que sa rcondi^ite aurait lot ou tard. Elle a paru un moment rappelée à elle-m&me) et elle a en- ' voyé. à-Ziavadowsky Tordre de, revenir à jaxîour, ayant \tr ut-à^fait l'intention de rétablir dans son ancienne position eèt homme simple et tranquille. Le général Potem^n cependant^ qui connaît à fond le caractère de l'impéf^triee, et qui a. pl^s d'adresse . qu'aucun homme du nionde pour arriver à oses fins, a, réussi à effacer ces bonnes résolutions. Korsak a ^été introduit 3>uprès d^elle. dan's un moment critique, et à l'heure que j'écris l'impératrice se trouve dans une villa de Potemkin sur les frontières de Finlande, où elle cherche à, oublier «es soucis et les soins de Tempire dans la société de son favori, dont le nonj vulgaire de Korsak a déjîà été transfornjé en celui de Korsakow qui sonne mieux. Sur ces entrefaites Zavadowisky lest arrivé ici, et^ comme pour le décider à venir il a fallu qu'Orlow lui-même l'en priât, il demande à ce .prince pourquoi il a été troublé dans sa retraite. , . .

« Le grand duc ressent vivement cotte conduite in* décente de sa mère, mais, quoiqu'il ait été remarquablement imprudent, il ^t. de venu très réservé.

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/ «Le eomte Paain et le prince Odow,* qiû.éttoieiit autrefois irré^^/OnciliablQ^, sont, à préeent amis intime»; et; grâces à Fentremise du comte Panin^ le.. prince est en b(xns fermes avec le grand duc , qui a pourtant ^té élevé, par le comte Panin Ini - même à considérer J<b prince Orlo^ comme son pins . grand et son plus ^mgfirenx ennemi. » ^ . . ' ' ^ . .' .

M. Harrii^ écrivait le 19 jnîn:

« Rien n'est changé dans rintérieùr' dé la cour depuis ma dernière, dépêche. Korsakow jouit de toute Taffection et de toi^té la faveur qui accompagnent la noiïveauté : on prétend pourtant que son règfie sera c<yiirt. Zotîcz eèi tombé dans l'ob8(;urîtë. Zavadowsky, en récompensé de son empressement à revenir à la cour, doit avoir un emploi élevé dans le sénat, malgré l'opposition ^dé Potemkin, dont la volonté efi(t suprêûie pour tout le r^ste. Si son influeiïjce dure, et si Vitnpéfatrice né déploie pas cette force. d'esprit dont elle^est în- Qontestabletnerit douée, de grands malheur8j)ettvent arriver. Il règne yUn méconteiïtenlent général 5 et si la détresse publique et l'infortune autorisaient * le peuplé à foire entendre ses plaintes , il" est impossible; de dire jusqu'à quelles extrémités elles se porteraieïit danii un pays comme celui - ci. Le comte Pttnin et son firère, par leur réputation d'intégrité, lé prince Ôrlow et ses. frères, par leur popularité ,'^sont le^ seuls amis sur qui rîmpératricè puisse compter: tous ceux-là éont dégoûtés, mais sûrement ils ne se mettront jamais. ^n avant tant que les choses resteront comme elles sont. >v

Et enfin le 10 juillet: .

«Hier le nouveau favori a été produit en public pour la première fois, Il se conduit d*une manière plus convenable, et il semble accueillir les flatteries sans bornes dont Vs^ecablent les courtisans plus froidement que ne fesait son prédécesseur.» ».

Eorsakow ne conserva pourtant pas longtemps les

iMNnies grft^eci' deCathèrkie, cAr^ dès le -21 «oât' M. H«r^

ris pouvait écrire:

^ . «Le noayei^a f^^vori est très fort,- sur «on déclin., n.a la poitrine faible et il crache, le Bang, ce ^ui le rend , tout - à - fait impropre au poste qu'il occupe. II y a plusieurs, compétiteurs pour cet emploi: quelquesans ont Tappui du prinee Potraïkin , d'antred isônt soutenus par . le princev Orlow. et par Je , comte Panin, car ces deux persi^nnages agissent à présent 4^ concert; il y en a qui n'ont d'autre recommandation^ que l'impression que leur figure, a faite sur rimpérar trice. Potemkjn esl; uni .au prince Orlow et à M. Paidin pour empêcher le succëa de ces hommes ipdépeiidaàits. Mais comme l'impératrice a été deux fols trompée, elle ptaraît cette fois tput-à-fait. décidée à faire elle-lnêine «on . choixv Potemkin , dont l'insolence égale le pouvoir, K *efit entré daup une si viojente colère de. ^épit de n'avoir pas s*eul la dii^position de. cet eH^[>loiy qu'il s'eirt éloigné de la cour pendant .plusieurs jours; et il n'a consenti H revenir que sur la ptomesse qui lui^^ été faite qu'un major qu'il avait expressément envoyé chercher en Crimée, serait présenté à l'impératrice. Pendant son absence/ l'autre cabale avait mis en avant le fils d'un négociant arménien et un bâtard du feu chanèeKer Woronzow. Le sort de- ces jeunes gens' reste encore indécis. Il paraît pourtant certain que Korsakow sera envoyé à &pa pour y rétablir sa santé. Comme les derniers restes. dé décence, que l'oiii conservait encore il y a quelques mois lorsque je suis arrivé ici, ont ' complètement disparu; et comme la sàtisdiction de cette passion honteuse est devenue à présent ^ne maladie enracinée dans le sang, je ne serais pas surpris qu'au lieu d'un favori nous en vissions plusieurs , et que ces .excès^ eussent pour résultat de ruiner la constitution 'de la personne qui les eommet. »

Ces honteulses révélations ne s'arrêtent pas là : elles font durant plusieurs mois l'unique sujet des dépêches de TH. Harris, qui, écrivait le 9 septembre

: .: « «Tai dé iikti^ bonne» rmcnifi de- eroire que éêsm peu de jours le présent favori sera* renroyé , et qu'il aura, pour successeifr un. empîoyé des bureaux- du eomte Paiiin, npinmé Strackhow: c'est un jeune tomme qui « une bonne réputation, mais qi^i, par sa position aussi bien que par sa figure et sem tour " d'esprit, n*é*ait considéré comme pouvant aspirer à ce postô émînent. L'impératrice Fa remarqué pour Ja première fois à un bad donné à Pétérhof le 28 juin, et il doit là boniiè fôrtuï\^e à laquelle il est si près d'être élevé au ohoix l!bi*é et réfléchi de Fimpératrice; car, quoiqu'il soit entîèremient dans la dépendance de M. Panin-,* je çfois jpo^voir affirmer que ce ministre n'a pas:, été moins surpris d'apprendre sut* qui le. sort, était -tombé:- que jie le sera le reste de là cour lorsque le fait sera connu, car (fest encore un 'profond secret que ëavent très peu dt gens. Si cette liaiso^ durèi et prend de la consistaucfe,^ : ëMe finira vpar amener la disgrâce de Pçtemkin^ l'influencé du feomte Panin en deviendra plus forte, et, s'il Wste uni avec les Orlow; eet.- événement aurïi les réstiltàts les plus 'Salutaires pour cet empîrei» .' '■"• " . '••'.■ ' • . / ^ ' - .'

Et. encore le 26 du même .mois:

« Potemkin est rentré en faveur. Il à tei^é aussi longtemps qu'il l'a pu de s'opposer au choix qui avait été fait II a mis en œuvre toiis les moyens que pouvaient lui suggérer son adresse çt son ascendant sur Timpératric^.. Il a même qsé menacer et il a t^nu le -langage le plus inconvenant. Mà|s, lorsqu'il s'est aperçu qu'il ne. , tirait aucun avantage de cette conduite, et que l'impératrice était déterminée à s'en tenir à sou profite i^oix, il a pdssé au. ton le plus dou^ ^t le plus sou- «eâs que l'on puisse, imagiper. Il a de^landé et il a obtienu son * pardon ,. et ' il a offert ses services pour faire réussir le projet de rimpèratrice de la manière la plus délicate et la plus expéditiye. Ces ^ services ont été ayidemeitet aoc^ptés, et, si je suis bieu informé, eu ce moment même Potemkin est allé dîner chez M. Panin dans Tunique but de Tinformer que Fimpératrice avait trouvé un nouvel emploi .pour un dé sei^ secrétains.

L^adrefl8e et la finesse da ' prince Potemkiti dtos ce^ oi^'Casions ne peut $tr,e égalée que par la g^nclierie et l'apathie dn comte Orlow qni;^. s'il avait persisté- à user 4e jsoù infliieaee^ aarait ms peiae niiné son* rival; il «arait reconquis son ancien ascendant,* et Temptre^en aurait ressenti l^s effets salutaires. Mais, an liçù de prendre avaalagé de^cette circonstance, il a. jngé à propos de plaisanter snr ce sujet^ . et avec' si peu de meaitre qu'il , a grièvement blessé Pimpératrice*

« Potemkin vivait depuis plusieurs mois pubUqnement dans un commerce criminel, avec uiiè dç .ses nièces,,. fille d'honneur de Fimpépatrice. Danjs leur qu^erelle, Timpératrice lui en. a jbit un crime ,^; et lui a. repfOQhé [e déshonneur qui en rejaillissait .i^ur sa .CQur.. ' Le. soir mêm^ de ce jour il a décidé un pripce . Galjitsyn À l'épouser: ils ont été fiancés eu grande pompe ^auPal^s, et le m^riag§ sera célébré sous les ausi^ices de Timpe^ ratrice.» . .. , ' - , :

* Sur ces entrefaites, et au. moment qu'on s'y àttendait le, moins, un nouvel acteur parut^ sur Is^ scène ^ le terrible Alexis Oriow, qui ne sC' présentait jamais que ^ans l08 conjonctures les plus graves. M. Harris écrivait le 2 octobre':

<^ Contriiirement à l'attente dé tout le monde, le oentte * Alexis. Orlow est arrivé ici mercredi passé. Sa présence a jeté la plus grande consternation parmi les favoris du jour , d'autant qu'il a. déjà eu plusieurs audiences de rinq)ératrice. . Pntemkin affecte extérieisit^ment une excessive bonne humeur et de Tindifférenbe. ^ai eu Fhpnneur la nuit dernière de jouer à la table de rimpératrice, . où ils étaient Tan et Feutre, et il «'est impossible de décrire une scène dans laquelle esHnûent en jeu tontes les passions qui pouvait afféeter Feaprit de Fhomme , . et <]^i étaient néanmoins disrantalées^ par tous les acteurs avec Fhypocrisie la plus achevée, y^

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^ £lt exicore 1^ 16 margi 4u même.oiQis:

«J'ai pris l|î' plus grand ftdin. dé m'iiifomèr si lé comte Alexijs Orlo.w était Venu- ici par IWdre exprès de sa soaveraiîie; ^t dç'C^. qui «s'était passé' depuis son artiyée , ' et je suis eirfin en ' état- d'apprendre h' votre seigneurie ; et je crois id'une manière authentique,., que le mariage imprudent de $on frèrj^ et le désir de sauver le crédit déclinant de sa famille ont été les principides raillons du voyage dn comte Alexis Orlôw. La situation des affaires étrangères "et 'intérieures* et ^sôn dévouement • éprouvé pour Timpératricè ne. lui laissaient ancua doute s^r la manière dont il serait reçu, et que cette preuve d^attacbement serait .Ibién accueillie dans une conjoncture si critique: L'événement a justifié ses prévisions. L'impératrice et tout le monde eu gérnérl^l, le considèrent comme le seul homme qui puis^se préserver, ou, plu tôt rétablir F honneur et la di^ité *Ûe Tempire, et je souhaite sincèrement que ces sentiments en s^a faveur soient a^sez forts pour coiuf)attre les dangereuses habitudes de dissipation et de. faiblesse qui ont pris un si rapide empire en son absence sui' Pèsprit dfi sa souveraine. /

«Je peux garantir .^authenticité de la convérsâlkm suivante. Peu de jours après Farrivée du comte brloi«r, Fiinpératrice Tenvoya >quérir, et après avoir dôniié les plus grandes louanges à son caractère et avoir vivement exprimé- sa gratitude* pourlelis services qu'il >lui avait repdus, ^Ue lui dit qu'elle avait une chose à exiger de lui plus importante p^iir - son repos que tout ce qlr'e^e lui vivait jamais demande. «Devenez, lui dit-eUe, Fami.de Potemkin, /obtenez de cet homme extraordinaire qn'il soit, plus circonspect dans sa conduite, plus attentif à remplir les devoirs dés gra;ndes charges qu'il occupe, qu41 cherché à se faire des atnis^ et qu'il cesse lie me tourmenter en retour de Festime et de FaBdtié que j-ai. |»ouT lui. Pour Tamoin' de Dieu. ,* reichercbec son intimité, que je vous aie encore cette obligation, el contribuez à ma félicité domestique comme vous avez contribué à l'éclat et à la gloire de mon règne, » Si

tel Imkgtkgé â«a»- lu bôuefa^, d'une aouvemine parlant à un de B^s siyéts.eikt extraor^ake^ la réponse ne Vost p«8 moins: . << Yoaâ mvezi'y madanie, a répondu le éoiitê OirloWy qu« je suis ratre esclave, ma vie est à. votre fi0fYii&d* Bi Poteinkin trouble la p^ii de votre- esprit^' dânnesr.-mdi vos. ordres; il, disparaîtra ûnmédîatemenl^ vi^us n'entendrez plus parler de lui. Mais, madame^ qu'avec moii caractère et . ma réputalioh je m'iengage dans des intrigties de • cour, que je recherche ramitié d*un^ ip^ividu.que je dois méprideï:. comme baiume .0t que je ne peux m'eînpêcher de considérer* comme le plus grand personnage di^rétat, votre Màjeèté me pai'donnera si je refuse. » L^impératrice fondit en larmes^ le "copta Orlow se retira, mais il revi|[it quelques minutes apfès^ et ajouta: «je sais, madame, à i).en pus avoir^ de doute que Potemkin n'a aucun attâeheïment réel pour voti/^ H^ûeste, qu'en toutes choses il <eon«(ulte s^lement.^^oii propre, intérêt, que son unique talent supérieur est la fourberie, qu'il cherche par. tous les moyens à dii^tr^re votre Majesté des affaires et à vous endormir dan»- une sécurité voluptueuse, afin de s'emparer àe l'autorité souveraine. Il a cau^ un dommage essentiel à votre marine, il a ruiné votre armée, eti ce qui est pire, il a abaissé votre 'réputation aux yeux du monde, et il vous a aliéné l'affection de vos fidèles sujets. Si vouti voulez être) débarrassée d'un homme. si dangereux, ma vie est à votre service, mais si v.ous voulez temporiser avec lui , je ne peux Vou^ être, d'aucune utilité pour exécuter des mesures > pour lesquelles la dii^simulation et la flatterie sont \es qualités les plus nécessaires. » L'impératrice fut beaucoup émue par ces paroles étranges; elle avoua au comte OrloW qu'eiîle .îôtait conr vaincue de' tout ce qu'il disait de Potemkin, elle le reniercia dans les termes les. plus forts de ses ofltes, mais die dit qu'elle ne pouvait pas mêfne soutenir la pensée-, de procédés si Violents; elle reconnut que son càjraçtàre était changé,, ^t se' plaignit .que. sa santé était essentiellement altérée. Elle pria 1q conpite Orlow de ne pas songer à quitter Pétersbôurg, car elle aurait sârement bieaoin 4^ ses avis et de . sop assistance;

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