‹ La cour et le regne de Paul Ier;Chapitre 14 sur 54 · ALEXIS ORLOV · texte numérisé non relu

ALEXIS ORLOV

Il avait grand air, sans avoir les manières d'un grand seigneur. Sa haute et large stature, ses décorations rendaient sa figure très frappante, et son visage

eût été beau sans les marques de désespoir qu'y imprima Pierre III dans son agonie. Ainsi que le prince, son frère, il ne parlait pas français, mais l'un et l'autre aimaient fort à parler l'allemand, et lui se vantait de quelques mots italiens qu'il avait recueillis à Livourne. Les apparitions du comte Alexis avaient lieu à Tsarskoïé-Sielo, comme moins frappantes pour le public, et je les aimais fort, par instinct de curiosité et d'observation. Comme il n'arrivait qu'invité, qu'attendu, il était entouré de la plus grande considération. Il ne connaissait personne de nous, et, à travers la politesse du courtisan qui ne veut rien faire de trop, ni de trop peu, perçait une certaine insolence qui semblait nous dire : « Je ne sais pas qui vous êtes. » Gomme je parle l'allemand, il causait plus avec moi qu'avec les autres, parce qu il ne voulait pas avoir l'air de ne savoir que le russe, au milieu d'un cercle où l'on ne parlait que français et, comme je passais pour être fort en faveur et que je ne parlais pas le russe, il n'avait que cette manière de me montrer quelque attention. Le contraste entre cette vieille grande figure et la figure petite et maigre du prince Zoubov, alors favori et âgé de vingt-cinq ans, était très piquant.

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