‹ La cour et le regne de Paul Ier;Chapitre 15 sur 54 · ROGERSON · texte numérisé non relu

ROGERSON

perruque à bourse, nommé sir Samuel Rog^erson. Il était gauche dans ses manières, mais très fin dans sa conduite. Sa place, qui supposait du savoir et le gros jeu, l'avait mis de tout et partout. Il avait même été employé dans des négociations secrètes à Vienne et ailleurs, aussi la politique était-elle, après le jeu (1), sa passion dominante. Il avait pris l'habitude, les dimanches pendant la messe de la cour, de se placer dans la porte où le corps diplomatique attendait l'Impératrice pour lui baiser la main, ce qui était assez ridicule en soi et ne plaisait pas également à tous les ambassadeurs. Un jour, M. de Swart, chargé des affaires de Hollande depuis cinquante ans, petit vieillard bien gros, bien rubicond, bien brusque, bien malin, profitant d'un moment de silence, dit tout haut : » J'ai remarqué qu'il y a deux espèces de gens qui ont le diable au corps de la politique : les tailleurs et les médecins. " On se figure l'unanimité des rires. Sir Samuel fut longtemps sans donner audience aux ambassadeurs.

J'ai dit qu'il aimait fort le jeu. Un soir, à la fin de la partie chez la princesse Michel Galitzine, il eut une prise si violente avec Maruzzi, espèce d'aventurier italien employé par la cour, qu'il lui échappa avec éclat ce qu'on a grand soin de retenir en bonne compagnie. Il fat le seul dans le salon qui conserva sa contenance :

(1) Un jour il se (rouvait avec une nombreuse compagnie dans le maffnifique Palais d'Été élevé par le comte Bezborodko sur les bords de la Neva. On se mit à jouer au whist et Rof^erson eut le comte pour partenaire. Ce Petit-Russien facétieux eut une idée originale : chaque (ois que le médecin se rendait coupable d'une renonce, il faisait b'tclier un coup de canon. Grand élonnement, suivi d'un accès de colère de l'irascible Écossais. Peu s'en fallut qu'on n'en vint aux coups.

« Vilain obstiné, dit-il à Maruzzi, vous avez désorganisé, à force de disputer, tout le système de mes entrailles. " Qu'on ajoute à cela l'accent des deux parts et Ton se représentera toute l'originalité de cette scène.

LE COMTK NICOLAS SALTICOV (1^

Sans jamais viser ouvertement à rien, le comte Nicolas prétendit et arriva toujours à tout. C était un petit homme sec, fort jaune, avec des yeux très vifs, des manières affables et quantité de tics étudiés, qui lui donnaient le temps de se composer un visage et des réponses; après cela, sans foi que pour les siens ni loi que ses intérêts, d'une avidité scandaleuse et d une fausseté permanente. A côté de lui, en tout et pour tout, était sa femme, née princesse Dolgoroukov (2). qui avait été fort belle, qui avait conservé le costume du temps où elle l'était et s'était créé un privilège de singularité auquel tout le monde, les souverains même, avaient fini par se soumettre. On ne la voyait qu'après quelle s'était assurée que l'on n'avait

(1) ÎSicolas Ivanovitdi 1736-1816.

En confiant la sui'intendancede l'éducation des {grands-ducs Alexandre et Constantin à JNicolas Ivanovitch, Catherine II reprit d'une main ce qu'elle avait donné de l'autre en choisissant Frédéric-César de Laharpe pour gouverneur de ses petits-fils. Salticov est responsable du choix des hommes vicieux placés auprès des f;rands-ducs qui contre-balancèrent l'inlluence salutaire de Laharpe.

(2) >\ithalie Vladimirovna 1737-1812;.

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