‹ La cour et le regne de Paul Ier;Chapitre 18 sur 54 · PORTRAIT D'UN GENTILHOMME RUSSE · texte numérisé non relu

PORTRAIT D'UN GENTILHOMME RUSSE

faiblesse à des travaux qui demandent un Hercule, j'ai pleuré souvent sur les bords d'un torrent de fange qui achève de combler les écuries d'Augias.

COBEIVZL (1)

La fin de cette famille fut très brillante. Deux cousins germains, les comtes Philippe et Louis, furent tout ce qu'onpeutétredansla monarchie autrichienne. Il n'yeut guère d'affaires du temps où l'un ou l'autre n'eût joué un rôle, et la comtesse de Rhumbeck, sœur du dernier, par ses singularités et le monde dont elle savait s'entourer, ne servit pas peu à leur attirer les regards du public à Vienne et à l'étranger. Le physique de ces messieurs pouvait consoler de ne leur pas voir d'en-r fants. Philippe était petit, maigre, jaune, ayant la tournure d'un prêteur sur gages italien. Louis était gros, roux, louche et malpropre jusque dans la plus brillante toilette, et sa femme, née la Rovère de Montelabatte, quoiqu'ayant de l'esprit, était une des plus désagréables créatures qu'on pût rencontrer et d'une malpropreté à tuer ses poux jusqu'à table. L'air de ces messieurs, outre la protection de Marie-Thérèse fort attachée au comte Louis, n'avait pas mal servi à la grande fortune que devaientleur faire faire leurs talents

(i) Le comte Fédor s'est bien gardé en parlant de Cobenzl d'emprunter des traits aux Mémoires secrets de Masson. Son recueil d'anecdotes complète donc plaisamment le portrait dessiné par Masson.

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naturels et acquis. On peut dire qu'ils avaient trop mauvaise façon pour effrayer leurs rivaux d'ambition, et c'est ce qui les fit arriver aux plus brillantes ambassades et au ministère.

Le comte Louis non seulement avait une grande passion pour le monde, mais il affectait tellement de se tenir en mouvement, qu'il était impossible de découvrir quant il travaillait. Il avait surtout une passion désordonnée pour la comédie française, et malheureusement pour sa profession, qui demande de la dignité, il la jouait dans la dernière perfection et partout, lorsqu'il ne la pouvait jouer, ne parlait d'autre chose. Gela l'exposa aux scènes les plus désagréables. Un soir qu'il faisait le rôle de Pandolphe de la Serva Padrona, plus fagoté, plus barbouillé que tout ce qu'on peut imaginer, il fut surpris d'une rage de dents et n'eut que la force de se jeter sur son lit où il s'endormit. Deux valets de chambre alternaient auprès de lui pour le service et celui qui assistait à son lever ne le voyait la veille se coucher. Il se réveille le lendemain, il sonne; le valet de chambre arrive et voyant cette affreuse figure se sauve en jetant les hauts cris et en répandant dans la maison, qui s'assemble aussitôt, que le diable s'est emparé du lit de Son Excellence. On se figure le tumulte de la maison, la fureur de l'ambassadeur et les propos de Saint-Pétersbourg. Une autre fois un courrier fort important arrivant de Vienne, il ordonne de le faire entrer, oubliant qu'il faisait en costume la répétition d'un rôle de Juif avec une barbe et un emplâtre sur l'œil. Le courrier en recule de deux pas et refuse de remettre ses dépêches. On a beau lui expliquer le cas, il s'obstine et il fallut aller chercher le baron Sed-

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