‹ La cour et le regne de Paul Ier;Chapitre 21 sur 54 · LE PRINCE DE LIGNE · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE LIGNE

vais esprit des Flamands : « Au bout du compte, je ne veux que leur bien. » — « Ah! sire, croyez qu ils en sont fort persuadés. " L'Empereur ne comprit pas ce jeu de mots, qui, trois semaines après, courait toute l'Europe.

LA BELLE FANARIOTE (1) (Madame de Witt)

Qui n'a pas entendu parler, il y a trente ans, de la belle Grecque ? Qui ne l'a vu promener par toute l'Europe? Pour moi, je la vis à Berlin en 1781. C'était une porteuse d'eau du Sérail, que Boscamp, agent de la Pologne à Constantinople, enleva et que, par la suite, il céda à un homme, on ne sait de quel pays, nommé de Witt, qui la promena dans toutes les grandes villes (2). La guerre étant survenue entre la Porte et la Russie, elle s'en fut au quartier général de Jassy où elle captiva si bien le prince Patiomkine, que mesdames ses nièces en prirent le plus grand ombrage. Elle n'était là qu'à titre d'amie, elle voulait, disait-elle, le civiliser; elle y mettait beaucoup de grâce et d'astuce et le gouvernait absolument; or ces dames étaient bien plus jalouses du crédit que du cœur de leur cher oncle, mais leurs agitations, leurs petites perfidies ne

(2) " Slovvaclii, le poète polonais que Paris a vu mourir en 1849, a consacré un poème à l'histoire des dernières années de sa vie, en s'excusant presque, dans une préface, de toucher à un sujet aussi scabreux. » Waliszewski, Autour d'un trône, p. 152.

parvinrent pas à la débusquer. Elle suivit le prince à Pétersbourjj (1791), se trouva avec un hôtel magnifique, de brillants équipages, une garde-robe qui ne laissait rien à désirer et le diplôme de comtesse du du Saint-Empire Uomain. En dépit des usages les plus sévères, le prince la présenta lui-même à l'Impératrice, qui dès le lendemain l'honora d'un cadeau en pierreries. Toute la cour fut à ses pieds et les bassesses allèrent si loin, que, tandis que Sa Majesté donnait audience au corps diplomatique, le comte de Cobenzl, ambassadeur d'Autriche, promenait Mme de Witt en cabriolet sous les fenêtres du palais impérial. A la mort de son nouvel ami, elle se retira dans les terres qu'il lui avait fait obtenir et pendant un temps on n'en parla plus.

Ce fut dans ces terres, voisines de sa fameuse seigneurie de Tulczyn que le comte Potocki fit sa connaissance. Son cœur, si longtemps vacant, se donna aussitôt et cet amour le conduisit aux actions les plus folles et les moins délicates, d'autant que son fils aîné vint se placer au nombre de ses rivaux. Entre Polonais ces sortes d affaires ne sont pas longues; on parla de procès de divorce et il fut résolu que la comtesse Potocka serait forcée d'y consentir. Sa faveur étant passée, sa langue lui avait fait beaucoup d'ennemis, ses dépenses beaucoup de créanciers et M. de Choiseul-Gouffier et moi, qui lui étions restés fidèles, n'avions ni secours, ni conseils à lui donner. Un jour qu'on lui demandait des nouvelles de son procès : « Hélas ! dit-elle, M. Potocki s'obstine à croire ses enfants bâtards. C'est ajouter l'injustice et la calomnie au fâcheux cachet de leur légitimité. »

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Paul I", qui ne l'aimait pas parce qu'il la craignait, ne lui était point favorable. On passa outre et la nouvelle comtesse Potocka parut à la cour. Autant elle avait paru belle et pleine de g^râces en costume grec, autant elle parut ridicule en costume ordinaire et avec des airs de grande dame. On pouvait dire que cette comédienne, ravissante dans la servante-maîtresse, était maussade et laide dans Ninette à la cour. Pendant ce temps, la véritable comtesse Potocka se consolait ou se vengeait en disant des bons mots qui finirent par l'éloigner de la cour et de la capitale.

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