FERDINAND I
taient les intrigues de la reine, jamais souverain n'eût été adoré autant que lui. Il avait cette facilité, cette bonhomie qui rendaient Henri IV si cher et assuraient aux moments de faiblesse l'indulgence la plus entière. Ayant établi à Santa-Lucia des manufactures en soieries sous la direction du cardinal Ruffo, il y donnait des fêtes aux paysannes et s'amusait de leurs familiarités. Elles allèrent jusqu'à fouiller dans les poches du roi et emportèrent l'or qu'elles y avaient trouvé. Le roi rit, mais il était économe et mauvais plaisant, et comme il prévit qu'à la première occasion l'attaque se renouvellerait, il remplit ses poches de jetons de cuivre. Les paysannes ne manquèrent pas d'aller à l'assaut et le roi de rire à leurs dépens. Mais qu'arriva-t-il ? Cette monnaie leur étant inconnue, elles partirent en hâte pour Naples et demandèrent aux marchands de les changer contre des pièces d'or ordinaires. On leur répondit que cette monnaie était fausse ; mais elles la maintinrent de bon aloi comme avant été donnée par le sou^ erain et traitèrent les marchands de fripons. Les brailleuses étaient en force, le tumulte allait croissant, les marchands eurent peur; ils escomptèrent des sequins pour des jetons, mais furent demander justice au roi. Elle était facile à rendre On racheta les jetons au prix qu'ils avaient été payés et le roi nous dit : » Il n'y a que moi de coupable; je serai plus sage à l'avenir. » Dans un royaume sans mœurs, un roi sans éducation devait avoir des principes fort étranges (1) sur les
(i) « Le roi de Suède lui ayant demandé si le général Acton était marié. Ferdinand lui répondit que non, mais qu'il aimait les femmes de ses amis, et là-dessus il éclata de rire... Quelquefois il dit que le diadème des rois ne sert souvent qu'à rendre plus visibles les cornes dont
vertus domestiques et les convenances; aussi n'était-il nullement étonné d'apprendre que quelqu'un s'introduisit de jour là où de nuit il régnait sans partage. Il n'en témoignait rien à la reine, mais lorsqu'on lui présentait un nouveau favori, ce qui ordinairement était pendant sa partie de billard, il le toisait un moment, lui adressait une phrase quelconque par laquelle il le traitait en ricanant d'Altesse Royale et puis ne le regardait ni ne lui parlait plus. Cette manière philosophique de considérer les intérêts conjugaux n'était pas celle de la reine, et l'exemple du roi n'avait aucune influence sur elle. Sa jalousie croissait avec le nombre de ses propres infidélités. C'est que dans ce genre de choses le roi ne considérait que le plaisir et la reine ne calculait que l'influence dans les affaires. Il lui semblait que l'extrême souci que se donnait la reine pour le gouvernement de ses États méritait pour récompense une liberté indéfinie, et qu'après de si grands services, il n'y fallait pas regarder de si près. Il semblait à la reine, par la même raison, que si elle n'admettait personne aux soins de l'empire, que si son zèle pour le monarque et pour la monarchie la portait à se charger seule d'un si grand fardeau, elle ne devait partager avec personne l'amour et la confiance du roi (1).
leur front est chargé ; mais qu'il vaut mieux souffrir le libertinage des reines que d'en venir à des éclats qui compromettraient la dignité du trône. » Gorani, Mémoires secrets.
(1) Cf. sur Ferdinand et Caroline de Naples les Souvenirs de la baronne du Montet (Paris, Plon\ p. 98, 109, 245, 250.
HAMII-TOIS 263