‹ La cour et le regne de Paul Ier;Chapitre 29 sur 54 · H A MI LT ON · texte numérisé non relu

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Sir William Hamilton était depuis trente et un ans ministre d'Angleterre à Naples lorsque j'y arrivai dans la même qualité. Il passait en Europe et même dans son pays pour un savant et n'était rien moins qu'instruit. Son goût ou son dévouement à la chasse lui valut pendant nombre d'années une sorte de faveur à laquelle le système politique de cette cour ne nuisait pas. Toujours tournés vers le soleil levant, les Napolitains ont parmi eux des gens fort savants et comme la science n exclut pas la bassesse, on s empressait de toutes parts d'envoyer au chevalier Hamilton les découvertes et les dissertations que ce territoire si riche en phénomènes donnait occasion de faire et dont les ambitions de province voulaient occuper la cour. Le secrétaire de la légation, pauvre Hollandais qui n avait rien de mieux à faire, était chargé de traduire en anglais tous ces mémoires et quand la collection fut devenue assez considérable, le ministre eut l'idée de l'envover à Sir Joseph Banks, président de la société royale de Londres. Celui-ci, dans sa reconnaissance, la publia sous le nom d Hamilton. Le succès de ce premier volume en amena un second et, si je ne me trompe, un troisième, sous le nom de « Campi Phlegrœi » , et l'auteur prétendu parut dès lors digne de tous les sièges académiques. C'était beaucoup pour la réputation de quelqu'un qui ne pouvait prétendre à aucune, mais il est un genre de bonne fortune qui semble à bien des

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gens plus solide que la gloire et que M. Hamilton ne négligea jamais, j'entends l'argent.

La femme de M. Tanucci, ancien précepteur du roi, et devenu son principal ministre, avait admiré dans ce pays où tout est rare une vieille montre émaillée que portait Sir William. Il la lui offrit. Elle refusa. Grandes obstinations de part et d'autre ; enfin il lui dit : « Prenez-la et faites-moi donner ces vieux pots couverts de poussière qui sont dans la première chambre de la secrétairerie d'État au-dessus des armoires. » Ce n'était rien moins que le choix des vases étrusques déterrés sous le règne précédent et que Charles VII partant pour l'Espagne avait ordonné d'envoyer à Madrid . Quand le bonhomme Tanucci eut appris cet arrangement, il entra dans la plus violente colère, traitant sa femme de coquine d'oser accepter un bijou de si grand prix, et portant aux nues la délicatesse du ministre d'Angleterre, d'en mettre à de vieux pots qui n'étaient bons qu'à être brisés; et dès le soir même il les fit transporter à son hôtel. C'est la superbe collection que la Société royale s'empressa d'acquérir et dont Hamilton lui fit payer une somme si considérable. L'heureux négociateur m'a conté vingt fois au moins ce marché, comme une preuve de la profonde ignorance des Napolitains, même des plus renommés pour leurs talents, et de son savoirfaire, dont il déguisait le côté honteux sous le nom de patriotisme.

Il avait été marié en premières noces avec la fille de lord Cathcart, femme d'un mérite éminent. Celle qui lui succéda était si différente d'extraction, de mœurs et de moyens, elle a joué des rôles si différents et si publics, qu'elle mérite ici une mention détaillée.

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