BOISSY D ANGLAS
Bou^ival, 22 juin 1813.
Je vous félicite, monsieur le comte, sur tous les honneurs qui vous arrivent; l'Impératrice Joséphine est venue il y a deux jours, accompagnée de Mme Lignereux (2), visiter votre charmante maison, et on assure qu'il n'y a pas un coin de tout le parc de Montallègre qui n'ait été l'objet de son attention et de ses éloges. Si j'avais été averti de sa venue, j'aurais été à la tête de ses vassaux lui présenter des roses et des couplets, mais tout cela s'est fait si à l'improviste que je n'ai rien su de cet événement que longtemps après qu'il s'était passé. Vous savez que Sa Majesté a acheté le château de Mme de Mayn (3) , mais qu'elle ne doit
(1} Le comte de Flahaut 178.5-1870).
(2) Veuve d'un marchand de curiosités qui avait fait fortune.
(3) En 1812, Joséphine avait .acheté, pour 500,000 Irancs, le château •en briques et pierres construit sur la chaussée de Marly et appelé le
l'occuper qu'après la mort de celle-ci; en attendant, elle veut s'arrondir dans le voisinage et j'ai bien peur qu'elle ne réussisse par devenir aussi la protectrice de notre confédération. Il paraît qu'elle a des intelligences dans le pays et que Mme Lignereux notamment ne nous est pas trop fidèle. J'ai bien peur que nous ne soyons priés de faire comme l'Europe, de recevoir la loi des vainqueurs.
En attendant que cela arrive, permettez-moi de vous parler sérieusement mais avec la plus entière confiance. Le bruit court que l'Impératrice doit acheter votre maison pour elle ou pour quelqu'un de sa cour. J'en suis fort aise si cela vous convient, cependant il m'en coûtera beaucoup de perdre un voisinage aussi agréable que le vôtre. J'aime à croire que vous connaissez tout le prix que j'y attachais. J'avais désiré vous donner tous les moyens possibles d'en user facilement, et je me trouvais trop heureux quand je vous rencontrais dans mes promenades. Ce qui était un grand agrément pour moi quand il s'agissait de vous pourrait être une incommodité pénible s'il s'agissait de quelque autre, et vous pourriez être remplacé par des personnes qui se croiraient un droit d'exiger de moi ce qu'il m'était si doux de vous voir accepter.
Vous sentez déjà qu'il s'agit du pont de communication qui existe entre votre chalet et mon terrain. Sans doute, je puis le faire abattre quand je le voudrai et vos successeurs n'y auront aucun
château de la Chaussée, mais elle en avait laissé l'usufruit à la propriétaire et, .T sa mort, rien n'était encore payé. (Frédéric Massox, Joséphine répudiée, p. 388).