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LA BRANCHE ÉTRANGÈRE DES GOLOVKINE

Alexandre Gavrilovitch. — Sa jeunesse; son étlucation. — Pierre I''''Iui fait choisir une épouse par le roi de Prusse. — La romtesse Catherine de Dohna. — Carrière diplomatique d'Alexandre Gavrilovitch. — Le commerce des {{éants. — Sa vie à La Haye. — Il ressent le contrecoup des malheurs de son frère Michel. — Version du comte Fédor.

— L'impératrice Elisaheth appelle en vain en Russie les enfants de l'ambassadeur. — La cour d'Elisaheth. — Le fidèle Tchouikov. —

— Correspondance de l'impératrice avec le comte Alexandre.

Alexandre (1680-17()0) , le second fils du chancelier de Pierre I", est la souche de la branche dite étranjoère des Golovkine. Les carillons de la sainte Moscou bercèrent son enfance et personne de ceux qui virent le petit Sacha jouer avec ses compagnons à l'ombre des coupoles fantastiques du Kreml n'aurait cru, même si on le leur eût assuré, que ce bambin moscovite deviendrait un jour le père et l'aïeul d'une nombreuse progéniture hollandaise, prussienne et suisse, mais nullement russe, et de plus fermement attachée à l'église réformée.

Alexandre fut envoyé de bonne heure à Berlin où il passa sa jeunesse et fit ses exercices à l'académie fondée par le roi Frédéric I" (l). Presque au sortir de l'enfance, il fut du nombre de ceux que Pierre I" honora d'une faveur particulière. Nommé en 17 II,

(1^ Mémoires du baron de PoeUnUz, lettre datée de I-a Haye, 2 février 1733.

alors qu'il avait à peine vingt-deux ans, envoyé extraordinaire à la cour de Berlin, il y resta jusqu'en 1727. En 1715, il épousa la comtesse Catherine de Dohna. Il contracta cette alliance brillante, grâce à la protection puissante du tsar. « Étant au siège de Stralsund, raconte le comte Fédor, Pierre I" pria le roi de Prusse de trouver dans ses états une fille riche et de grande qualité pour son ambassadeur. Frédéric I", ne voulant rien laisser à désirer à l'empereur, choisit la comtesse Catherine de Dohna, héritière des burgraves de Dohna (l), tenant par sa mère à toutes les cours du Nord et par sa grand'mère, Espérance du Puy de Montbrun, à toutes les grandes maisons de France (2). »

(1) Plus tard, l.i <lot de la comtesse Golovkine née Dolina fut augmentée par la niunilicence de Pierre. D'après l'ukase impérial du l3 février 1723, elle reçut certaines terres « qui appartenaient jadis à ses ancêtres » (probablement les chevaliers de l'ordre teutonique ou Porte-glaives) et sises en Li'.onie. Der Adel der russicheii Ostseeproviitzen von Gritzner. {Siebmachers (jrosses uitd albjemcines Wappenbucli.)

l2 Table III

ANCÊTRES DE CtTllEIUXE-HENRlETTE, COMTESSE GOI-OVKINE, NEE DOHNA

FRÉDÉRIC IV (1), dit le Cadet (gouverneur d'Orange) épouse : Espérance du Puv de FEnRASSiÈREs, marquise de Monthrun.

Jeax-FhÉdÉric, né 166i, -j 1712 à Denain comte DE Ferrassières, marié à : 1" Élisaretii, comtesse Mac-Carthy;

2" Alreutine-Henriette, comtesse Bylandt.

ÉlISAHETH-EspÉRANCE (jATIIERINE-MeNRIETTE EsPKRANCE-TiOLISE

m. à Orro.N 1694-1768 1705-1733

comte de .ScuwÉRix. m. à Alexandre m. à FrÉdÉric-Louis

comte Goi.ovKiNE. comte Douna-

Reichertsavalde.

(1) Frédrric l\ aclieln, cii 16j7, li's baroiiiiies de Ccippcl el de Pr;rQf;iiis el habita le inciiie cliàicau (]iii, plus lard, ftille séjo ir de Nccker el Mme de Stai-l. Ici séjourna aussi quelques années Pierre Bayle, piéccpleur des fils de Frédéric IV. L'héritier (le Jean-Frédéric, le feld-riiarécha! Uohua, vendit le château en 1713. — Graf Sijjmur Doiixa, Aufzeiclmunyen iiber die Vergangenheh der Fainilie Doliua. •

IJNTRODLCTION HISTORIQUE 25

Les services que le comte Alexandre rendit à la Russie furent nombreux et appréciés. C'est à lui qu'incomba principalement la tache de correspondre avec les savants allemands qu'on invitait à Pétersbour^ pour remplir les rangs de l'Académie des sciences, nouvellement créée (1).

Habile diplomate (2), il joua un rôle prépondérant au congrès de Soissons et à celui de Brunswick. Adroit et remuant, il négocia et conclut avec les puissances étrangères maints traités qui furent contresignés par son père le chancelier. Le détail de son activité diplomatique serait déplacé ici, cependant certaines circonstances de la vie publique d'Alexandre Golovkine méritent d'être signalées.

Ceux de nos lecteurs qui ont parcouru les nombreux Mémoires historiques du dix-huitième siècle ont évidemment feuilleté l'œuvre bien connue de Frédérique Sophie Wilhelmine, Margrave de Bareith. Ils se souviendront de l'impression que la visite de Pierre 1" et de son épouse à Berlin produisit sur la jeune princesse. « On lui fit voir... tout ce qu'il y avait de remarquable à Berlin et entre autres le cabinet de médailles et de statues antiques. Il y en avait une parmi ces dernières, à ce qu'on m'a dit, qui représentait une divinité païenne dans une posture fort indécente : on se servait du temps des anciens Romains de ce simulacre pour parer les chambres nuptiales. On regardait cette pièce comme très rare: elle passait pour une des plus belles qu'il y

'1^ ViEiiK\\Âh.i, Histoire (le l'Académie (les Scleni:es, t. I et II, passiin.

'2) L'hooirne le plus distiiifjue de la famille Golovkine fut le comte Alexandre. II fut l'un des diplomates les plus habiles de son temps, un homuie d'une intelligence remarcjuable et sérieuse et l'un des Russes les plus civilisés de son époque. Dolookoukov, Mémoires, t. 1, p. 115.

ait. Le czar l'admira beaucoup et ordonna à la czarine de la baiser. Elle voulut s'en défendre, il se fâcha et lui dit en allemand corrompu :Kop ah (I), ce qui signifie : je vous ferai décapiter si vous ne m'obéissez. La czarine eut si peur qu'elle fit tout ce qu'il voulut. Il demanda sans façon cette statue et plusieurs autres au roi Frédéric I" qui ne put les lui refuser. Il en fit de même d'un cabinet dont toute la boiserie était d'ambre. Il eut le triste sort d'être conduit à Pétersbourg au grand regret de tout le monde. >» C'est au comte Alexandre Golovkine qu'échut la tâche d'expédier le précieux cadeau de Berlin à Memel.

L'épisode anecdotique relaté par la spirituelle margrave mériterait certainement le sort de tant d'anecdotes — d être oublié, — si d'autres faits d'un ordre plus sérieux ne s'y attachaient pas. Celui qui fait des cadeaux est dans le cas d'en recevoir. Le cabinet d'ambre fut amplement payé par Pierre \", qui envoya de sa part trente-cinq géants pour la garde du roi de Prusse, une barque, un gobelet tourné de sa propre main et en plus un banc de tourneur qu'aujourd'hui encore on peut voir à Berlin au musée des Hohenzollern. Certes, les origines de l'alliance entre la Prusse et la Russie ne sont point dépourvues d une certaine originalité saugrenue, et ces cadeauxd'hommes en échange d'objets inanimés n ont nullement contribuée cimenter l'amitié entre ces deux grands Etats (2).

(1^ Un historien russe, M. Chtchoutchenko, adopte pour Kop ah la variante Keb ab, ce qui correspondrait à lexpression russe « Eka hoba! «luelle femme! » Cité par ÎN. S. Galitzine dans l'article » Le salon d'ambre du grand palais de Tsarskoïé-Sielo " [Antiquité russe, t. LVIII,

(2) Frédéric-Guillaume recul eu tout, de 1714 à 1724, 248 soldats

Nul doute que ces envois de géants russes n'aient nécessité une correspondance suivie et laborieuse de la part du comte Alexandre. Malheureusement, jusqu'ici, les historiens russes n'ont pas encore découvert les pièces qui en font partie.

Le comte Alexandre resta à son poste de Berlin jusqu'en 1727, date à laquelle il fut transféré à Paris. En I 731, nous le retrouvons à La Haye. A cette époque où les relations de la France avec la Russie étaient fort peu développées, le poste d'ambassadeur auprès des Etats généraux des Pavs-Bas n'était nullement considéré comme inférieur à celui de Paris (1).

Alors, comme aujourd'hui, La Haye était un charmant séjour animé par la société des diplomates étrangers. Le baron Charles-Louis de Poellnitz (2), cet agréable causeur, n'en dit que du bien. Il n'oublie point le comte Golovkine quand il passe en revue les membres de la colonie étrangère. « Le comte de Golovkine, écrit-il, est le ministre plénipotentiaire de la Russie et remplit ce poste avec l'approbation générale de tous ceux qui le connaissent. Il est autant civil et honnête

russes de liante taille. Oa a bonne raison tic supposer que ce nomlire ne paraissait pas suffisant au roi de Prusse, autrement il ne se serait point adressé déjà en 1715 à l'autocrate russe, avec la prière de lui envoyer " quelques centaines de soldats géants russes». L'appétit vint au roi de Prusse tout en mangeant, car peu de temps après il redemanda à Pierre non seulement « encore 60 ou 70 géants » , mais aussi « des chevaux d'une taille imposante ". Les cadeaux d'hommes, du côté des souverains de la Russie, se renouvelèrent au commencement du dix-neuvième siècle, quand Alexandre \" envoya à Frédéric-Guillaume III, amateur des chansons militaires russes, un cliœur de soldats chantres en guise de cadeau. — « Les soldats russes au service de la Prusse » , par le prince N. S. GKLiTziyE (^Aiiti<^iiitè russe, t. LXVI, p. 123).

(i) Golovkine recevait à Paris 48,000 roubles de traitement par an. Archives du prince Vorontsov, t. I, p. 390.

(2) Mémoires. Lettre du 2 février 1733.

que le climat dans lequel il a pris naissance est rude. On estime sa sag^acité et la douceur de son caractère. Pendant son séjour à Berlin, il y a épousé la fille du feu comte Ferrassières de Dohna, qui périt malheureusement à l'affaire de Denain en qualité de lieutenantgénéral d'infanterie, au service des Etats. C'est une dame d'une vertu respectable, qui a la plus charmante famille qu'on puisse voir. "

La disgrâce de son frère fut un coup de foudre qui tomba dans la vie paisible du comte Alexandre. « On se rend aisément compte, écrit le comte Fédor dans ses Mémoires, des sentiments et des réflexions qui durent l'assaillir à cette époque. Tremblant pour son sort, pour ses enfants, pour sa fortune, marié à une femme qui lui avait apporté autant de prétention qu'elle lui avait donné d'enfants, qui avait des parents partout et et ne communiquait avec eux que pour exprimer l'horreur que lui inspirait la Russie et celle qui y régnait, il ne songeait qu à trouver le moyen de se retirer des affaires sans éveiller le soupçon et les persécutions, lorsque Elisabeth lui écrivit pour lui proposer la place de grand chancelier. "

" Peut-être fallait-il l'accepter, peut-être pouvait-il en acceptant sauver encore son frère ; mais la hauteur et la dévotion de sa femme l'en empêchèrent. J'ai dit plus haut qu'il s'établit entre elle et l'impératrice une longue correspondance en allemand (1) qui a été conservée

1) H existe à la chancellerie de l'aïubassade de Hollande en Russie un volume de lettres allemande», écrites par l'impératrice Elisabeth et Mme Gulovkine sur des matières de controverse au sujet des enfants de cette dernière, que la cour sous ce règne et celui de Catherine II chercha toujours à faire revenir en Russie. {Note du comte Fédor.)

comme un monument de ce que peut Tenvie de réussir dans une àme despotique. Elisabeth offrit pour le fils aîné, le comte Ivan, fort jeune encore, la place de conseiller privé, le cordon de Saint-Alexandre et la main de la fille (1) unique du grand chancelier, comte Yorontsov, qui depuis épousa le comte Stroganov (2) , mais toutes les marques et promesses de faveur furent inutiles. On se borna à un traité par lequel la mission de Hollande fut érigée en ambassade perpétuelle pour mon grand-père, auquel les Etats généraux, en reconnaissance de quelques services rendus au congrès de Soissons, donnèrent à vie la jouissance du fameux château de Ryswik. »

Le récit du comte Fédor reflète sans doute l'état d'esprit de l'ambassadeur, mais serait-il prudentd'attaclier une foi absolue aux détails qu'il contient? Est-il possible que des lettres assez nombreuses pour former un volume aient été échangées entre l'impératrice Elisabeth et la comtesse Golovkine ? Qu'une telle correspondance soit restée inédite jusqu'à nos jours, surtout depuis qu'un amateur de curieux documents, comme l'était le prince A. B. Lobanov-Rostovski, s'est occupé de l'affaire, j'en doute. La vie de cette souveraine si populaire parmi ses sujets coulait doucement. Rien d'ennuyeux dans ce règne. Une cour brillante rehaussait l'éclat de la couronne. Des fêtes bruvantes alternaient avec les pieux pèlerinages et autour de l'astre central, — l'autocratrice de toutes les Russies, — se mouvaient des météores éblouissants, récemment sortis des ombres. C'étaient les Razoumovski, les Chouvalov

(1) Anna Mikhaïlovna.

(2) Alexandre Serguiéievitch (1733-1811).

et une pléiade de satellites moins importants. Le tourbillon des amusements ne cessait ni jour ni nuit.

Jamais l'impératrice ne se couchait de bonne heure. Le coup d'état noctuine par lequel elle était arrivée au pouvoir lui avait forcément appris les dangers de la nuit. Le fidèle Tchoulkov la suivait dans sa chambre à coucher. Chambellan, général en chef, chevalier de l'ordre Alexandre-Nevski pendant le jour, il redevenait pendant la nuit Vistojjuik, le chauffeur de poêles de jadis, en étalant son petit matelas sur le plancher auprès du lit de sa souveraine. Et les vieilles commères attachées au service de Sa Majesté de commencer leur besogne ! En chatouillant la plante des pieds de leur souveraine, les gratteuses s'entretiennent à mi-voix des cancans de la cour. De temps en temps Tchoulkov se mêle à la conversation pour mettre un frein à leur médisance « employant des termes qu'il eût été plus séant de ne point entendre au palais (1) « .

Le lever se fait vers l'après-midi. Puis vient la toilette; l'impératrice possède 15,000 robes... Tout bien considéré, est-il donc probable qu'Elisabeth de Russie ait trouvé le temps d'écrire un volume de lettres à Mme Golovkine ?

Jusqu'à présent on connaît seulement deux lettres écrites en langue russe par Elisabeth au comte Golovkine (2). C'est le prince A. B. Lobanov qui les a publiées, sans cependant nous informer dans quelles archives il les a trouvées.

Voici la traduction du texte russe :

(1) WiGEL, Mémoires, t. I, p. 13.

(2) Antiquité russe, t. XVI (1876;, p. 174.

" Très noble, cher et féal sujet,

(1 Nous vous recommandons d'appliquer vos efforts dans votre place pour nous trouver et acheter quelques petits perroquets qui s'accoutument le plus facilement aux conversations des hommes et qui peuvent parler; obtenez-nous en outre quelques canaris blancs qui savent siffler des menuets et d'autres petits airs. Et ceux que vous auriez trouvés, qu'on les envoie dans de bonnes cages à notre cour aussitôt que possible sur des navires qui partent de chez vous. Pour les sommes que vous aurez dépensées, informez notre département des affaires étrangères, et le susdit département vous remboursera vos dépenses immédiatement. D'ailleurs nous sommes, etc.

« Elisabeth. «

a Donné à Saint-Pétersbourg, le 22 avril 1746.

a Coniresigné : Alexis Bestoujev-Rioumine.

« Au conseiller privé actuel et ambassadeur plénipotentiaire, le comte A. G. Golovrine. »

« Nous, par la grâce de Dieu, impératrice et autocratrice de toutes les Russies, etc., etc.

" A notre conseiller privé actuel, l'ambasssadeur extraordinaire et plénipotentiaire le comte Alexandre Golovkine.

« Nous entendons avec plaisir les rapports flatteurs

32 T,A nOUll ET T,E RI-X^^R D K PALT, I'"

sur les qualités et la bouue conduite de vos fils, cependant nous ne pouvons dissimuler notre étonnement, que vous les reteniez tous auprès de vous, quoiqu'ils soient déjà suffisamment âgés, particulièrement les aînés. Ils ne sont utiles à personne et cependant vcus ne les envoyez pas chez nous pour qu'ils entrent à notre service d'après leur mérite. Ce qui est arrivé à votre frère ne doit nullement effrayer ni vous, ni vos enfants; car c'est lui-même qui s'est rendu malheureux et il est responsable de ses actions.

Il D'ailleurs, nous n'avons pas oublié que nos défunts parents souverains ont comblé de bienfaits feu votre père et vous tous, ses enfants, voulant marquer par cela leur appréciation de leurs bons services et leur fidélité. Aussi c'est notre intention de vous traiter exactement de la même manière, vu les services rendus et la fidélité que vous avez témoignée à nos parents et à nous.

I' Votre frère aurait pu jouir des mêmes avantages s'il ne s était adonné, conjointement avec d'autres, à des crimes si graves. Et puisque vous pouvez voir que notre faveur souveraine envers vous ne sera nullement diminuée, mais qu'elle sera répandue également sur vos enfants, parce que vous n'avez aucunement participé aux crimes de votre frère, nous vous déclarons que c'est notre désir souverain que vous envoyiez vos fils aînés chez nous. Nous les verrons avec plaisir au service de notre cour et leur donnerons, animée de notre bonté souveraine, un rang qui correspondra aussi bien à leurs mérites qu'à la haute position de leur famille. Et puisque nous avons entendu qu'ils pourraient être utiles, grâce à leur éducation

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soignée, nous serons d'autant plus enclins à leur donner une place dans notre ministère ou comme env'oyés auprès des cours étrangères.

« Donné à Saint-Pétersbourg^, le 27 octobre 17 4G.

« Elisabeth.»

L'effet que dut produire cette dernière lettre se fit attendre bien des années (1). Deux des fils de l'ambassadeur se présentèrent en Russie au commencement du règ^ne de Catherine. " Le premier, relate le comte Fédor, accepta même la place de ministre près de la ville de Dantzig et siég^ea dans la commission pour la rédaction du Gode des lois, mais ils avaient apporté dans leur patrie beaucoup de prétentions et de légèreté et s'en éloignèrent pour toujours et avec d'autant plus de facilité que les étrangères qu'ils épousèrent ne leur donnèrent point d'enfants (2). »

Alexandre Gavrilovitch ne retourna jamais en Russie. Il existe de lui un portrait dessiné au crayon par le comte Henri-Aug;uste de Saint-George (3) . Le vieillard est représenté en robe de chambre, assis sur un fauteuil dans un appartement du château de Ryswik. Une ample perruque recouvre sa tête. L'expression de ses traits est calme et sereine. On croit lire sur son visage

(1) En 1754, le vice-cliaiioelier, M. L. Voronlsov, écrivit au comte Golovkiiie, sur l'ordre de riin|)ératrice, une lettre en date du 5 mars dan.s le même sens, ordonnant l'envoi de ses deux fils aines en Russie. Là-dessus, la comtesse Golovkine répondit, le 19 avril, au vice-chancelier le suppliant de faire revenir l'impératrice sur sa décision. [Archives Vorout'iov, t. Ilî, p. 663.)

;2) Tal)leIV.

^:i) Les Golovkine et les Saint-Gcorjje «■•tal(MU alliés par mariage à la même famille — aux de .Mestral, — quoique à des époques différentes. V. Haac. La France protestante, et ta!)le V.

l,A COI II ET I,K KKG.NK DE l'AUL V

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les paroles : « J'y suis, j'y reste. » Et il avait bien raison de rester en Hollande. Les délits qu'il avait commis au point de vue des lois russes étaient d'une {jravité exceptionnelle. Non seulement il s'était refusé à rentrer dans sa patrie quand sa souveraine l'y appelait, mais sous l'influence de sa femme, zélée protestante, il avait aussi embrassé la foi réformée (1).

Le reste de leurs jours, l'ambassadeur et sa femme s'occupèrent du sort de leurs enfants. Ils en eurent vingt-cinq (2) dont buit seulement parvinrent à l'âge de raison. A la faveur des puissantes protections que leur valut la baute naissance de la comtesse, ils furent tous avantageusement placés (3) ,

(1) La liberté de conscience est un principe reconnu par les lois russes, mais seulement pour ceux des sujets dn l'empereur qui confessent les religions dites étrangères. Un protestant, par exemple, peut enirer dans l'église orthodoxe. Une fois devenu orthodoxe, il s'exposerait à un grave risque s'il osait redevenir protestant.

(2) Cet énorme nombre d'i-nfanls est peut-être dû à des influences religieuses. Le comte de Ziiizendorf, le même (|ui fonda la secte des frères moraves, fut un des familiers des Golovkine. La procréation de nombreux enfants — autant di; temples du Saint-Esprit — était un des précHptes de la secte qu'il avait fondée.

(3) Voir notes explicatives à la Table IV.

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