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CHAPITRE IV

LK COMTE ALEXANDRE ALE X AN D li O VJTCH

» Golovkine le philosophe. » — Un orijjiiial, mais «le la bonne sorte. — Séjour à Monniiz et à l^ausanne. — La société de Lausanne. — I^'épouse du comte Alexandre, plus tard duchesse de Noailles. — Le comte accepte l'offre de Frédéric II de Prusse et devient son « directeur de spectacles ». — Frédéric II et le thé.itie. — Bref séjour de Golovkine à Bcilin; il i>c retire à Paris. — Sinfjuiarité de ses idées en matière d'éducation. — Leur application sur ses propres enfants. — Sa correspondance avec Paul I", empereur de Russie.

Le comte Alexandre Alexandrovitch Golovkine, fils de l'ambassadeur à La Haye, était ce qu'on appelle un » original » .

Les contemporains l'appelaient Golovkine le philosophe.

Après avoir fini le cours de ses études en Hollande, il avait été effrayé de voir qu'il ne savait rien, quoique pourtant on eîit toujours été assez content de lui. « Voilà, racontait-il un jour à Dieudonné Thiébault (l), îe temps d'apprendre qui est passé pour moi et je ne sais rien! Est-ce la faute de ceux qui ont eu à m'instruire! Non; ce sont de braves gens qui ont autant de zèle que de connaissances. Est-ce la faute des livres qu'on m'a fait étudier? L'Europe entière a-t-elle pu se tromper à ce choix durant des siècles, et décider

(1) Mes souvenus de vingt ans de séjour à Berlin, t. III, article «Le comte de Kameke » .

cVun accord unanime qu'on remettrait ainsi à la jeunesse des livres qui ne lui apprendraient rien? Gela est encore impossible. Si donc je ne sais rien, c'est uniquement de ma faute. Eh bien, commençons pour faire mieux. » » Ce fut ainsi que, raconte Thiébault, sans secours et sans confident, il reprit toutes ses classes, seul, dans sa chambre, et durant plusieurs heures tous les jours, étudiant de suite et par leçons tous les livres qu'il avait précédemment vus, et méditant, pour ainsi dire, jusqu'aux moindres passages, autant qu'il le pouvait. Ce nouveau travail lui prit plusieurs années et eut le double avantag^e de l'accoutumer à la vîe sédentaire et à la réflexion. « Si je sais quelque chose, me " disait-il, je ne le dois qu à ce second cours d'études " qui m'a du moins bien convaincu que nous ne savons " que ce que nous apprenons par nous-même. »

L'ardeur scientifique du jeune comte est d'autant plus méritoire qu'il était destiné par ses parents h leur succéder dans la possession d'un charmant château situé sur les bords du Léman et que dans ce temps-là l'érudition nécessaire à un châtelain ne comptait guère. En 1 7 6 1 , le comte Alexandre prêta serment aux autorités bernoises, la mort de son père étant survenue à La Haye, et transféra son domicile au château de Monnaz (1). Mais la plus grande partie de l'année il prit l'habitude de séjourner dans une campagne sise sous Montriond, prés Lausanne. On voit encore aujourd'hui l'habitation rustique entourée de vieux cèdres, qui jadis fut habitée par Voltaire, puis par le prince Louis de Wurtemberg et enfin par le comte Golovkine.

(1) Ce manoir, assis sur les premières pentes de la Côte, à deux kilomètres de Morges, est voisin du superbe château de Vufflens.

C'étaient les beaux jours de Lausanne. Capitale d'un pays agricole, celte ville attirait dans ses murs 1 aristocratie des campagnes. Les noms sonores dos seigneurs vaudois rappelaient les temps héroïques d'iuie époque reculée, mais leurs esprits cultivés et leurs manières élégantes étaient de leur siècle. Les agréments de la société rivalisaient avec les beautés d'une nature enchanteresse. Encadrée de la verdure des vignes et de nombreux vergers, la pittoresque silhouette du vieux Lausanne excitait l'admiration du voyageur, non moins que les cimes grandioses des monts de la Savoie et les lignes sinueuses des bords du Léman.

Tous ces avantages exerçaient une influence magnétique sur les étrangers distingués. On les voyait arriver de toutes parts et se fixer à Lausanne. Tels furent Gibbon, Voltaire, le marquis de Langallerie, Servan, Razoumowski, le prince Louis de Wurtemberg, et un grand nombre d'autres, parmi lesquels le comte Alexandre Golovkine, occupait sans doute la place que lui assuraient sa naissance et ses lumières.

Tout ce monde se délassait, s'amusait, s'occupait selon ses moyens et ses penchants. Gibbon écrivait l'histoire du Bas-Empire, Voltaire montait un théâtre, Razoumovski s'occupait de l'histoire naturelle du Jorat, le prince Louis de Wurtemberg enfin fondait "la Société morale de Lausanne " , association dont les membres s'engageaient à s'éclairer mutuellement par la conversation et la correspondance. « Un petit journal fut destiné à répandre les lumières qui devaient jaillir de ce commerce entre gens dont quelques-uns joignaient à un mérite solide un esprit enjoué et naturel; mais au bout de deux mois, Aristide ou le Citoyen

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ennuya les habitants du pays de Vaud et se lassa de les moraliser (l) . "

Quoique philosophe et ami du prince de Wurtemberg, Golovkine n'appartenait point aux membres actifs de cette association. Les études, les doux plaisirs du foyer domestique et Tamitié du célèbre docteur Tissot remplissaient son existence. Il avait épousé la fille du professeur Johann Lorenz von Mosheim, dont l'érudition profonde, l'éloquence élégante et la fécondité littéraire avaient illustré pendant de longues années les chaires de théologie de Helmstedt et de Goettingue.

L'auteur de cette préface a maintes fois contemplé avec autant d'intérêt que de plaisir le portrait de la comtesse Golovkine, née von Mosheim. Bien que l'artiste ne l'ait point représentée dans l'éclat de sa jeunesse, son visag^e aux traits fins et intellig^ents garde les traces d'une grande beauté. Son reg^ard pensif décèle une àme sensible. On sait qu'elle s'émut au récit des tragiques aventures des émigrés français au point de devenir l'ange consolateur de 1 un des plus illustres, mais non des moins éprouvés. Jean-Paul- François, duc de Noailles, dont la mère, la femme et la fille tombèrent en un jour, le i thermidor de l'an II (22 juillet 1T04), sous le couteau de la guillotine, épousa la veuve du comte Golovkine en 1796 et habita avec elle jusqu'en 1823 la campagne des Uttins près de Rolle.

(1) SiYOUS, Le dix-huitième siècle a l'étranger. L'érutlit auteur n'est pas tout à fait exact en attribuant seulement deux mois d'existence à l'orfjane de la Société morale de Lausanne. Le premier discours fut prononcé le 28 juin 1766, le dernier le 20 juin 1767. C'est donc pendant tout un an que les Vaudois écoutèrent " Aristide » .

40 1,A COUU ET I.K HEGNE DE PAUI, I"

En 1765, le séjour paisible des Golovkine à Lausanne et à Monii.iz fut interrompu par une offre inattendue de la part du roi dePrusse. La place de « Directeur des spectacles " était devenue vacante à sa cour et Frédéric II croyait le comte Golovkine qualifié pour la remplir à souhait. Souvenons-nous que le comte Golovkine avait deux sœurs mariées à des membres de l'aristocratie prussienne ; l'une, la comtesse Kameke (I), était fort bien vue par F'rédéric le Grand. C'est probablement à ces influences féminines que le comte Alexandre fut redevable de cette offre inattendue. Cependant les amis de Golovkine doutaient de la stabilité de sa nouvelle position. Le docteur Tissot lui écrit en date du 22 mars 1765 (2) :

Il J'ai toujours su, monsieur, préférer le bonheur de mes amis au mien; ainsi moyennant que vous puissiez me dire : Mon nouveau poste me rend plus heureux que nous ne l'étions, je serai consolé de votre éloig^nement et je ferai, avec joie, à vos plaisirs le sacrifice des miens; mais je vous avouerai que je doutai pendant quelques jours de la première nouvelle de vos eng^agements à la cour de Berlin; j'avais quelque peine à les concilier avec cet amour de la liberté qui m'a paru fort cher chez vous, et la nature du poste ne me paraissait pas assortie à ce dégoût que vous avez, monsieur, pour les plaisirs bruyants ou plutôt pour le tumulte des plaisirs Votre lettre a levé mes difficultés, je vois que les caresses d'un roi qui se connaît trop en hommes pour

(1) TiiiÉBAL'LT, Mes souvenirs de vingt ans, article " Kaiiieke » , cl J. D. E. I'reuss, Friedrich der Grosse mit seiiien Verwandten uitd Freiiiiden, p. 349.

(2) LeUre inédite.

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ne pas vous combler, les sollicitations de toute uue famille à laquelle vous êtes tendrement attaché, les agréments d un séjour brillant et d'une compagnie choisie, les avantages du poste, sont autant de raisons qui ne vous ont pas permis de le refuser, et je suis bien persuadé que la liberté de revenir en Suisse, quand il vous plairait, a été une condition nécessaire pour vous le faire accepter. "

Gomme on le voit, les doutes de Tissot étaient plutôt basés sur sa connaissance du caractère de son ami que sur les difficultés qu'il prévoyait pour lui, autour de lui. La position était en effet difficile. Le u Directeur des spectacles » se trouvait en relations quotidiennes avec un monarque exigeant, parfois capricieux et dont la tendance à économiser les deniers de l'État atteignait depuis la guerre de Sept ans un degré d'avarice méritant le nom de lésinerie. Frédéric le Grand aimait passionnément la musique. Arrivé au pouvoir suprême, un des premiers actes de son régne fut l'érection d un somptueux édifice pour l'opéra qui embellit encore aujourd'hui le boulevard « Unter den Linden » à Berlin. Le temple des Muses étant achevé, le roi assigna à leur culte un nombre suffisant d'acteurs et d'actrices. La danse eut néanmoins ses prêtresses et Berlin put se vanter de posséder la célèbre danseuse Barbarina (1) qui, à son tour, jouit pour quelque temps, assure-t-on, des faveurs du grand Frédéric.

(1) L'en{i;a{;einent de la Barbarina amena un incident diplomatique entre la Prusse et la république de Venise, Ayant déjà signé son contrat avec l'adminisiration de l'Opéra à Berlin, la belle danseuse s'éprit du jpune lord Markenzie Stuart et déclara qu'elle ne voulait pas aller à Berlin. On l'y amena par force, prenant bien {;arde de la séparer de son

De tout temps, le roi de l'russc s'occupa jusqu'à la minutie des affaires du théâtre. Sa correspondance avec les directeurs des spectacles présente bon nombre de traits curieux. « Je vous fais cette lettre, » écrit-il le 1 l mars 111, i au comte Zierotin-Lilgenau, << pour vous dire, qu'étant averti que la chanteuse Schméling pourrait bien faire un trou à la lune, c'est-à-dire s'échapper clandestinement. Vous la fassiez observer un peu de près pour en être averti et y mettre ordre à temps (l) . » Une autre fois il mande au baron d'Arnim : « Vous pourrez dire à la chanteuse Mara, en réponse à la lettre qu clic vient de m'adresser, que je vous renvoyé ci-incluse, que Je la pavais pour chanter et non pour écrire, que les aires fsic) étoient très-bien, tels qu'ils étoient et qu'elle devoit s'en accomoder, sans tant de verbiage et de difficulté. »

(Post-scriptum de la propre main du roi) :

— « Elle est payée pour chanter non pour écrire (2). »

Si par hasard la haute politique se trouve mêlée aux affaires du théâtre, 1 intérêt que présentent les missives du roi acquiert une saveur piquante. Lorsque le g^randduc Paul vint en Prusse, » ce fut, " raconte Frédéric II (3) , « une fête perpétuelle depuis les frontières jusqu'à Berlin, où le luxe et le goût se disputèrent, lequel des deux honorerait le plus cet illustre étranger " . On ne

amant. Plus tard, elle épousa le baron de Cocceji, et obtint clans sa vieillesse le titre de romtesse de Campanini.

(1) L. Schneider, Geschichte der Opcr und des Koniglichen Opernhauses in Berlin, appendice xxxii, p. 77.

(2) L. SciiNKiDEii, Geschichte der Oper und des Koniglichen Opernhauses, appendice xxxin, p. 83.

(3) OEuvres ^1847), t. VI, p. 121.

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néglig^ea rien pour maintenir Tliéritier du trône russe en bonne humeur. Les poètes et les musiciens se mirent à l'œuvre pour composer un prologue digne de Toccasion et destiné à précéder l'opéra qu'on allait jouer en 1 honneur de cet hôte illustre. Au cours de ce prologue, les génies de la Russie et de la Prusse devaient se saluer mutuellement, joindre leurs voix dans un duo, et enfin tomber dans les bras l'un de l'autre.

Les acteurs chargés de représenter ces deux génies furent choisis par le roi lui-même. Cependant il avait pris en considération uniquement leurs voix et non leurs statures, et le hasard voulut que le génie de la Russie fût chétif, tandis que celui de la Prusse était représenté par un acteur de formes puissantes. Le grand-duc Paul, dont le tempérament irascible et méfiant était bien connu, n'y pourrait-il apercevoir une offense préméditée envers son pays? D'autre part, cette petite satire n'entrait-elle pas dans les plans du souverain? Serait-il donc prudent d'en parler au roi?

Tels étaient les doutes qui obsédaient le directeur des spectacles, le baron von Arnim. Le nœud gordien fut tranché par un musicien hardi, qui se hasarda à attirer l'attention du roi sur cette question scabreuse. Le roi lui sut gré de son courage. Les deux lettres qu'il adressa au baron von Arnim en sont la preuve.

« C'est par des raisons raisonnantes que je viens d'ordonner au Maître de Ma Chapelle Reichardt, de donner dans le prologue de l'Opéra prochain, le rôle

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(le laKoch à l^orporini et de faire prendre à la première le rôle de celui-ci.

il Vous aurez soin que cet échange se fasse sans le moindre délai, mais sans bruit et sous quelque prétexte plausible; précaution que j'ai également fortement recommandée au Sr. Reichardt, et sur ce je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde, u

Il A l^olsdiiin, ce 16 de juillet 1776. »

« Dans réchange du rôle de la Koch, que j'ai ordonné hier, il ne s'agit que de faire représenter le Génie de la Russie par un chanteur de grande taille. Si donc Porporini ne ])eut pas l'apprendre en si peu de tems, il faut choisir un autre de sa taille, pour faire le Génie de la Russie dans la comj)arse, et travestir la Koch en enfant de chœur, pour chanter son rôle dans le voisinage de son représentent, et de manière qu'on ne puisse pas remarquer que le Génie, et celle qui chante, sont deux personnes différentes. Je vous abandonne donc le soin d'arranger tout cela, de concert avec le Maître de Ma Chapelle et de façon que mes vues soient remplies sans préjudicier au prologue. Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde (1). »

La correspondance entre le roi et Golovkine est dépourvue de traits piquants comme ceux qu'on vient de lire.

Ce sont des minuties, des détails techniques, des

(1) L. ScHNKiDKH, Gcselliclite (1er Opcr und des Koniglichen Opernhauscs in Berlin, appendice xxxni, p. 84.

économies à réaliser dont le Grand Frédéric s'occupait principalement. « Je n'aime ni qu'on me plume, ni qu'on plume les autres » , écrit-il à son nouveau directeur des spectacles, « ainsi je laisse à chacun le soin de plumer la poule sans la faire crier et le soin de faire venir de France les plumes dont on aura besoin. »

a Vous devez tâcher, » écrit-il derechef, « de trouver les meilleurs acteurs et actrices qu'on payera suivant l'état qui a déjà été fait, et de disposer les choses de façon qu'il y ait dans les spectacles toute l'économie et la perfection possibles. »

Entre autresobjets,leroi s'occupa avec Golovkine d'un règlement concernant la distribution des loges et des places du théâtre aux charges de la cour et au public à chacun selon son rang. Les meilleures places étaient réservées aux généraux, aux ministres, aux hauts fonctionnaires militaires et civils et à la noblesse. « Quant au quatrième rang ou paradis : les marchands, banquiers, bourgeois qui voudront y être et les Juifs pourront être placés là " , mande le roi au directeur des spectacles.

A ce qu'il paraît les dociles marchands, banquiers, bourgeois et juifs de la capitale de Prusse se contentèrent de leur place d'honneur au u paradis " . Cependant les chroniques du temps racontent qu'un banquier hollandais, professant la religion israélite, indigné de cet honneur douteux, renvoya son billet au roi.

Là-dessus l'épigramme suivante courut les salons de Berlin :

De ce siècle éclairé, nous nous croyons les sages; Nous taxons d'insolent un bon et riche héhreux Qui renvoie un billet pour être pincé mieux. Mais de la médisance arrêtons les ravajjes.

Qui donc aura la faute? ■ — pardon si je le dis :

Ma foi, c'est jjien (-elui qui place un juif au paradis {V .

Les lettres du roi à Golovkine se trouvent dans les archives de Monnaz. Elles ne présentent qu un intérêt très médiocre, comme je l'ai dit plus haut; pourtant j'ai contemplé avec un profond intérêt ces petits bouts de papier jauni, couverts de l'écriture serrée du secrétaire du roi Le Gatt et signés par le vainqueur de Rosbach et de Leuthen.

« M. le comte de Golovkine ne fut pas longtemps à s'apercevoir que la direction des spectacles lui valait de petites tracasseries, qui ne pouvaient que le fatiguer et le dégoûter de cette place. Ainsi, malgré l'accueil très distingué qu'il recevait de Frédéric, il ne resta que deux ans à Berlin. »

Débarrassé des entraves d'une position onéreuse, le comte se retira à Paris pour y jouir à son aise de sa liberté reconquise. Admirateur de Rousseau, il appliqua les préceptes de ce philosophe à l'éducation de ses enfants et eutle courage d'ajouter aux traités surl'éducation, fort nombreux de son temps, un opuscule anonyme intitulé : Mes idées sur Véducdlion du sexe ou Précis d'un plan d'éducation pour ma fille (dédié à Mme la comtesse d'H***, née princesse de la G*** (2), Londres 1777, in-12, de VIII-8 I pages) (3).

A défaut de cet opuscule à peu prés introuvable, j'ai pu recueillir quelques témoignages épars des contem-

(1) Journal du Luxe cl des Modes, vol. V, p. 222, cité par Sghnëidbr, Geschichte dcr Oper und des Kônit/liclirii Operiiliauses iu Berlin, p. 237.

(2) Cotnte.ssc d'Harvillc, née princesse de la Cisterna.

(3) OiKiiAiiD, La Fiance lillerairr, vol. VIII, 1829. D'après le catalogue du Musée britannique, la mcine brochure fut imprimée à Mannlieini, en 1778

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porains propres à donner des indications assez précises sur les méthodes éducatrices du comte. Si elles ne furent pas dépourvues d'orig^inalitè, elles plaisaient au moins à Rousseau, dont le philhellène Eynard cite à ce propos le fragment d'une lettre datée de Bourgoin, 1768 :

« Je suis aussi touché qu'honoré de l'intérêt que veulent bien prendre à moi M. et Mme Golovkine et je vous prie de leur témoigner ma reconnaissance. La route qu'ils ont prise pour l'éducation de leurs enfants est sans contredit la plus difficile et celle dont le succès marque le mieux la vertu des parents, etc;., etc. (1). » " J'ai revu le comte à Paris dans mon voyage de 1776 à 1777, raconte son ami Thiébault. Il vint me voir accompagné de mademoiselle sa fille, charmant jeune homme jusqu'à une heure après-midi et très aimable demoiselle depuis ce moment jusqu'au soir (2). »

Aux méthodes excentriques, correspondaient des précepteurs extraordinaires. L'inventeur futur du calendrier républicain, Gilbert Romme, connu par le cours pratique de républicanisme qu'il donna à son élève le comte Paul Stroganov et surtout par sa fin tragique, enseigna quelque temps l'arithmétique aux enfants du comte Golovkine (3 .

Des soins particuliers furent donnés à l'éducation physique de ces mêmes enfants. » Ce fut pour préserver ses enfants de la goutte, dont il avait eu des attaques dés l'âge de cinq ans, raconte Thiébault, que tous les

(1) lissai sur la vie de Tissot, p. 187.

(2^' Elle était habillée en garçon le matin et en demoiselle depuis l'heure du dincr jusqu'au soir. (Note de Thiéhault)

(3j IVicolas MiKiiAÏLoviTcH (Le j'Tand-dii<). Le contle P. A. Stro- (/aiiov, l. I, p. 4i.

jours et dès leur naissance, il accoutuma ses enfants à se jeter au sortir de leur lit dans un bain d'eau froide, et de plus à ne vivre que de lait et de légfumcs. »

Les faits ont prouvé l'excellence de la méthode du comte Alexandre. Ses deux enfants vécurent en pleine santé jusqu'à un âge très avancé.

Le comte mourut le 5 août 1781. D'après son acte de décès, il fut inhumé au cimetière des étrangers à Paris; de son vivant, il était chevalier de Malte, chambellan de LL. MM. les rois de Prusse et d'Angleterre, seigneur de la baronnie de Monnaz, Grand et Petit Vaux en Suisse, âgé d'environ quarante-neuf ans, né à La Haye et naturalisé Suisse.

Sa fille Amélie, que Thiébault rencontra à Paris, habillée le matin en garçon et le soir en demoiselle, fut élevée en Prusse, séparée de sa mère, par son tuteur et oncle, le comte Schmettau. Elle épousa M. de Mestral d'Aruffens et habita le beau château de Vullierens près de Lausanne. Très belle, très grande dame, . elle ne mourut qu'en 1855 âgée de quatre-vingt-neuf ans, ayant joui jusqu'à la fin d'une excellente santé et de toutes ses facultés. A l'époque de la Révolution, elle accueillit avec empressement les émigrés réfugiés dans le pays de Vaud et entre autres la mère du marquis de Gustine. Elle n'eut qu'une fille, qui épousa INL Alexandre de Freudenreich.

D'après Thiébault, le comte Alexandre Golovkine eut durant nombre d'années une correspondance avec Paul I", alors grand-duc de Russie, " correspondance que le grand-duc avait vivement désirée d'après la réputation du comte qu'il n'avait jamais vu, et qui fut de la part de celui-ci purement philosophique et

morale, plutôt que littéraire ou politique. » Les historiens russes, pas plus que le comte Fédor, n'en parlent. Il n'en reste aucune trace dans les papiers du comte Alexandre. Ces lettres seraient-elles perdues irrévocablement ou existaient-elles uniquement dans l'imagination de Thiébault? Leur découverte fournirait une contribution précieuse à l'histoire de Paul I".

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