LA COUR GALANTE DE CHARLES H
qui n'était pas restauré, et l'envoyé espagnol, don Luis de Haro, s'était confondu en protestations stériles. Le traité des Pyrénées n'avait rien amené d'heureux pour Charles II et, après une courte visite à Colombes où sa mère et sa sœur avaient fixé leur résidence, il était retourné à Bruxelles pour y attendre les événements (i). Malgré son refus d'une intervention personnelle, Mazarin suivait et faisait suivre avec beaucoup d'intérêt par son ambassadeur à Londres, M. de Bourdeaux, les fluctuations de l'opinion et les actes de Monk. Un moment même, il lui parut utile de jouer un rôle actif. M. de Bourdeaux fit appeler Clargis et dans le mystère de son cabinet lui fit des ouvertures précises : « Le général, lui dit-il, a quelque grand dessein. Tout le monde le voit. Il veut sans doute, ou se faire roi lui-même, ou ramener le roi. Eh bien, dans ces deux cas, personne ne peut lui rendre les mêmes services que moi. Un Anglais se compromettrait; moi je ne cours aucun risque. Mais ce n'est pas de moi qu'il s'agit, c'est du cardinal, car, il convient que vous le sachiez, le cardinal a été l'allié intime d'Olivier Cromwell. Cromwell n'a pris le pouvoir qu'avec sa participation, c'est le cardinal qui l'a guidé pas à pas dans toute cette affaire. » Clargis éluda, se disant un trop petit personnage pour s'occuper de si grands intérêts, (^uant à son beau-frère, il s'en remettrait à la décision du Parlement (2). Mazarin était entré trop tard en ligne ; personne n'avait besoin de son concours.
Le i^' mai iô(>u, cette comédie qui ne trompait plus personne prit fin. Ce jour-là, Pepys, qui était à Deal, note que la ville était en fête. « Les drapeaux du roi flottaient au haut des arbres du mai. Les habitants à genoux ont bu à sa santé dans la rue et ont tiré le canon, malgré les soldats du château qui les menaçaient très mollement, à ce qu'il paraît. » A Londres, (ireenville se présentait à la
(1) Comte de Bâillon. Henriette- A une d'Angleterre, duchesêe d'Or~ léans, p. 27-29.
(2) Guizol. Mon/», i:.5.
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LA COCR ÛALANTE DE CHARLES II
LA RESTAURATION
porte du Onseil d>^tât. Monk prit ses lettres, en feignant une vi\*e surprise à la vue du cachet du roi et en ordonnant à Greenville, d'un ton sévère, de rester à la porte sous la sarveillance des gardes. Les lettres de Charles II, rédigées sur les indications de Monk. lui avaient été communiquées officieusement le matin par l'envoyé du roi. Charles II fut reconnu aussit«M dans les deux Chambres (i). Une grande effervescence régnait à Londres toute la journée. « Le soir, note Pepys dans son journal, nombreux feux de joie et sonneries de cloches. Beaucoup de gens buvaient à genoux à U santé du roi, ce qui me parait un peu exagéré. Enfin b joie était générale. Nos officiers supérieurs (de la flotte) qui, la semaine dernière, étaient impénétrables, se déclaraient ouvertement pour le roi, et ceux de nos matelots qui ont de Targent ou du crédit n'ont cessé de boire toute la ■oirée. » Le ô mai, pour engager la milice, on la réunit à Hydc Park. « Le général, rapporte une dépêche de Bourdeaux à Marann, ne s'y trouva pas, ayant été prié par k Conseil de ne pas s'exposer. Il y eut quelques régiments qui crièrent : « Vive le roi d'Angleterre » et l'inclination de tout le peuple ne lui est pas aujourd'hui moins favorable qu'elle fut contraire au roi défunt au commencement de la guerre (i) s. Le 8 mai, Charles II était proclamé dans Londres. Monk lui faisait voter >oooo livres sterlings, fournies iooùd en or par la Cité et le reste en traites sur Amsterdam. Greenville les emporta avec lui à bord de la flotte qui, sous le commandement de l'amiral Montagne, d«?puis Lord Sandwich, allait sur les côtes de Hollande aaluer le roi. Le i3 mai. les députés du Parlement qui voulaient s'embarquer n'eurent qu'un convoi sans escorte. £n attendant leur arrivée, c'était à qui, des royalistes anciens ou nou\*eaux, s'empresserait le plus pour faire agréer ses services. Chacun offrait des dons, chacun adhérait avec enthousiasme, désireux de faire oublier les compromissions
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du passé. Chacun ne songeait qu'à venger ses insultes personnelles, les Presbytériens se séparant avec éclat des républicains et des indépendants et Monk eut grand peine à faire réduire à sept le nombre des régicides qui ne seraient pas compris dans l'amnistie (i).
Charles II, cependant, s'était rendu à Bréda, à la Cour de sa sœur la princesse d'Orange et c'est là qu'il attendait la solution de la négociation engagée (2). Depuis la fin d'avril, il n'était bruit que des événements qu'on attendait, et le crédit du jeune roi, fort médiocre quelques semaines avant, subissait déjà l'influence de ses espoirs. Il avait pu commander à un tailleur de Paris, Seurgean, des habits pour l'été dont sa sœur Henriette-Anne devait choisir les rubans, la garniture et les plumes. Mais, en attendant, il était assez mal nippé. Fils de tailleur, Pepys a soigneusement noté, d'après le témoignage d'Edwards Pickering, tailleur lui-même, dans quelle pénurie de vêtements et d'argent les envoyés de Milord Montaigne, amiral de la flotte, avaient trouvé le roi et sa suite, i Leurs meilleurs habits, dit-il, ne valaient pas 40 shellings. Le roi, transporté de joie à la vue de la somme que lui apportait sir G. Greenville, fit appeler la princesse royale (la veuve du prince d'Orange) et le duc de Gloucester et ne voulut pas qu'on retirât ce trésor du portemanteau avant qu'ils l'aient contemplé (3) ». Bientôt, la flotte fut en vue de Schevelingen. Pepys, embarqué avec Milord Montaigue, fournit les détails les plus circonstanciés sur les premières audiences du roi et des ducs, ses frères, a Je cherchai, raconte-t-il à la date du 17 mai, quelqu'un qui pût me faciliter le moyen de voir le roi incognito et fus assez heureux pour rencontrer le capitaine Whithington... Il me conduisit, moi et le jeune Edward Montaigue, en présence du roi, qui em-
(1) Guizot. Monk, 155.
(2) Comte de Bâillon. NenrieUe-Amne d'AngUUrre, duchesse d'Orlearu, p. 33. *
(3) Journal de Pepys.