‹ La cour galante de Charles II [microform], d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 6 sur 22 · W>^^''^^^/>^^^^^^^^^^^^^AAA · texte numérisé non relu

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(1) Clarendon. Mémoires, IL p. 28.

(2) Clarendon. Mémoire», II, p. 34.

Barbara Palmer, comtesse de Castlemaine, duchesse de Clevetand.

Portrait par Peler Lely, gravé par Thomas Wright.

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avait frappé au cœur mon maître, je viens lui confesser la vérité et solliciter son pardon». Le duc d'York embrassa le capitaine de ses gardes. Il était trop heureux pour ne pas lui pardonner, mais dans le public anglais on fut un peu étonné cependant de voir Berkeley conserver sa faveur.

Les jours qui suivirent furent employés à des négociations propres à amener la reine-mère à accepter les décisions de ses fils. L'hostilité qu'elle montrait au mariage du duc d'York, se trouva dissipée tout à coup. Clarendon rapporte dans ses Mémoires qu'il reçut un beau jour la visite de l'abbé Montaigue qui était chargé de lui expliquer ce changement de front. Il provenait d'une lettre qu'elle avait récemment reçue du cardinal Mazarin et dans laquelle il lui disait positivement qu'elle ne serait pas bien reçue en France si elle quittait l'Angleterre brouillée avec ses fils et se déclarait l'ennemie des ministres en qui le roi avait le plus confiance. Mazarin relevait les services rendus par le chancelier et conseillait à la reine de consentir à ce qu'on ne pouvait plus éviter et de se réconcilier sans arrière-pensée avec ses enfants et avec ceux en qui ils avaient mis leur confiance (i). Henriette- Marie, qui se proposait de repartir pour la France dans les premiers jours de Tannée 1661, obéit aux conseils de Mazarin. Ensuite, on invita le chancelier à aller voir la reine-mère par l'entremise de laquelle un accommodement était possible. Clarendon alors offrit sa démission à Charles II, disant que puisqu'il avait mal jugé dans cette affaire, son esprit devait être affaibli et qu'il devait se retirer. Charles II le pria de conserver les sceaux (2). L'accord fait dans la famille royale, le jour de l'an, le duc d'York alla prendre la duchesse chez le chancelier, son père, à Worcesterhouse et la conduisit en grande cérémonie à Whitehall. Au moment où la reine-mère se rendait dans la salle du banquet, la dame s'agenouilla devant elle, Henriette la releva

(1) Clarendon. Mémoires, II. p. 28.

(2) Clarendon. Mémoirei, II, p. 34.

Barbara Palmer, comtesse de Castîemaine, duchesse de Cleveland.

Portrait par Peler Loly, gravé par Thomas Wright.

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et, Fembrassant, la conduisit à sa table. Le soir, dans son audience d'adieu dans sa chambre, à Whitehall, elle fit asseoir la duchesse à ses côtés et, quand le chancelier se présenta, la reine tint à lui donner audience en tête à tête. Elle le combla d'éloges et lui déclara recevoir Anne comme sa fille. « Je lui pardonne du fond du cœur ainsi qu'à mon fils, conclut-elle, et je veux désormais leur témoigner à tous deux l'entière affection d'une mère ». Le revirement, dicté par Mazarin à Henriette-Marie, lui était imposé par la nécessité où elle se trouvait de s'assurer le concours du chancelier pour le mariage de sa fille. Lord Clarendon ne fut pas dupe de cet apaisement. Il n'ignorait pas que la reine faisait élever à Paris, sous ses yeux, l'enfant que Charles II avait eu de Lucy Walters et il se préoccupa d'établir les droits de son petit-fils. En février 1661, s'il en faut croire Pepys, « il fit comparaître le dMc d'York, la duchesse, sa suivante, Milord Ossory et un docteur, devant les principaux juges du royaume, pour leur faire affirmer sous serment toutes les circonstances du mariage. Il fut prouvé que le duc ne s'était marié que peu de temps avant les couches de la demoiselle. Mais, ajoute Pepys, les amoureux étaient engagés depuis assez longtemps pour que l'enfant soit légitime (i) ». Quelques années plus tard, les ennemis du chancelier n'avaient pas pris leur parti de ce mariage et Pepys rapporte, à la date du 4 novembre 1666, que Monk, duc d'Albemarle, étant ivre, dit un jour à Trontebecke que le mariage de Nan Hyde avec le duc d'York lui avait toujours paru une chose surprenante. Trontebecke avait aussi sa charge de vin. « Si vous voulez me régaler d'une autre bouteille, répliqua-t-il, je vous ferai part d'un plus grand miracle. » Et la bouteille apportée, il s'expliqua : « C'est que notre sale Bess soit devenue duchesse d'Albemarle [2) ».

(1) Journal de Pepys à la date du 23 février 1661. L'enfant du duc d'York mourut le 6 mai 1661.

(2) Journal de l'epys.

JUSTES NOCES 67

Le voyage d'Henriette- Marie, qui avait complètement échoué sur le terrain de l'opposition au mariage du duc d'York, avait, à un autre point de vue, produit tous ses résultats. Un des premiers contrecoups de la restauration avait été le mariage d'Henriette d'Angleterre. « C'était une délicieuse petite princesse. Sa beauté, dit Mme de Motteville, n'était pas des plus parfaites, mais toute sa personne, quoiqu'elle ne fût pas bien faite, était néanmoins, par ses manières et ses agréments, tout à fait aimable (i) ». Elle plaisait également aux Français et aux Anglais. John Reresby, qui l'avait vue au Palais- Royal un peu avant la restauration, la trouvait charmante. ((Je parlais français et j'étais bon danseur, dit-il. Aussi la jeune princesse en usait-elle vis-à-vis de moi avec autant de liberté et de politesse que possible. Elle dansait avec moi, jouait du clavecin pour moi dans ses appartements, me permettait de l'accompagner dans ses promenades au jardin et parfois de tirer la corde de sa balançoire suspendue entre deux arbres, enfin, d'assister à toutes ses innocentes distractions (2)». Sitôt le mariage de Louis XIV avec Marie- Thérèse décidé, Anne d'Autriche avait songé à Henriette d'Angleterre pour Monsieur. Le 21 août, la reine Henriette écrivait à la princesse d'Orange : « Je vous ai mandé la semaine passée de vous tenir prête à partir ; je vous dis présentement de venir aussitôt que vous voudrez. Je vous en prie, et on sera bien aise ici de vous y recevoir. Le mariage de votre sœur étant, en une manière, conclu, c'est-à-dire que le roi, votre frère, et moi le voulons bien, et que l'on va dépêcher en Angleterre pour cet effet, vous

(1) M'a» de Motte ville. Mémoires.

(2) Reresby. Mémoires, p. 3 (trad. Guizot). —Pepys, qui vit la princesse pepdant son séjour à Londres, la dépeint ainsi : « La princesse Henriette est jolie, mais je la croyais mieux. Elle se coitte avec des frisures qui ne dépassent pas l'oreille et qui ne sont pas de mon goût. Ma femme, avec deux ou trois mouches et en toilette élégante, me parut bien supérieure en beauté. »

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ne sauriez mieux faire que de venir (.) ». E'î.flf^'' ^"f*^^ iours après, la reine ramenait sa plus )eune fille a Pans et le lendemain elle écrivait à Charies II : « Jarrivai hier en cette ville. Aussitôt que j'y fus, la reine me vint voir et me dit qu'elle venait de la part du roi, son fils, pour me dire que tous deux ensemble me priaient de vouloir appuyer une demande quils me faisaient de faire l'honneur à Monsieur de lui donner ma fille en mariage, et qu'ils avaient résolu d'envoyer un ambassadeur vous trouver pour cet eHet... Je crois que vous me donnerez commission de leur dire que vous l'approuvez; je vous assure que votre sœur n est nullement fâchée et, pour Monsieur, il est tout a fait amoureux et fort impatient de votre réponse (2). »

La mort du duc de Gloucester avait retardé le départ des princesses, mais, le 6 novembre, elles étaient à Calais ou elles devaient s'embarquer. Charies II vint à la rencontre de la reine sa mère à Douvres et l'entrée à Londres eut lieu le 21 novembre sans solennité, et sans grande al etfresse publique. « Ce soir, notait ce jour-là Pepys, il y avait peu de feux de joie. On n'en comptait que deux ou trois dans la ville ; d'où je conclus, ce que ) avais deja supposé, que le retour de la reine plaît à fort peu de monde. . L'ambassadeur extraordinaire de France, le comte de Soissons, était déjà à Londres, et la reme tint a ce qu'il présentât ses devoirs à sa fille. « Nous la trouvâmes en cornette, avec une indienne de mille couleurs, )0uant a Vhombre, avec Monseigneur le duc d'York et M-« la princesse d'Orange, écrivait Bartet, secrétaire du comte do Soissons, au cardinal Mazarin. On peut dire à Monsieur qu'il ne l'a jamais vue sous les armes plus belle que ce jour-là. Et un jour qu'il la menait dans votre galène, que e lui dis qu'elle était aussi belle que son petit ange gardien, je n'en avais pas tant de raisons qu'elle en avait en

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terre, p. 579. . j.

(2) Comte de Bâillon. Lettre» de la reine Henneile-Maru, 58^

JUSTES NOCES

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Le Mariage de Charles U et de Catherine de Bragance (1662). Stent, graveur (Bibliothèque Nationale. Estampes.)

cornette dans son indienne à Whitehall (i) ». Henriette- Anne eut d'ailleurs le plus grand succès en Angleterre. Ce fut à qui multiplierait le plus les hommages et les présents. La Chambre des Communes lui vota 10 000 jacobus, et chacun fêtait de son mieux la fiancée. Le général Monk offrit à la reine et à sa fille un souper suivi d'une comédie. « Toute la Cour, raconte Bartet le i3 novembre, monta en carrosse, précédée des gardes du corps, qui étaient la garde du général Monk. Ils sont cinq cents avec un collet de buffle et la carabine, aussi bien montés qu'on en puisse voir et de la meilleure mine. Il y avait encore soixante gentilshommes à cheval qu'on appelle la compagnie des pensionnaires, qui est une garde établie comme les mousquetaires du roi (2) ». Le Parlement vota à Henriette- Anne

(1) Archives des Affairés étrangères : Angleterre, 1660, snppl^

(2) Archives des Affaires étrangères : Angleterre, 1660, suppl^ Monk allait bientôt recevoir le titre de duc d'Albemarle.

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La mort du duc de Gloucester avait retardé le départ des princesses, mais, le (i novembre, elles étaient à Calais ou elles devaient s'embarquer. Charles II vint à la rencontre de la reine sa mère à Douvres et l'entrée à Londres eut lieu le 2 1 novembre sans solennité, et sans grande al e- ..resse publique. « Ce soir, notait ce jour-là Pepys, il y avait peu de feux de joie. On n'en comptait que deux ou trois dans la ville ; d'où je conclus, ce que ) avais deja .supposé, que le retour de la reine plait à fort peu de monde. . L'ambassadeur extraordinaire de Irance, le comte de Soissons, était déjà à Londres, et la reine tint a ce qu'il présentât ses devoirs à sa fille. « Nous la trouvâmes en cornette, avec une indienne de mille couleurs, jouant a l'hombre, avec Monseigneur le duc d'York et M™» la princesse d'Orange, écrivait Bartet. secrétaire du comte do Soissons, au cardinal Mazarin. On peut dire à Monsieur qu'il ne l'a jamais vue sous les armes plus belle que ce jour-là. Et un jour qu'il la menait dans votre galerie, que e lui dis qu'elle était aussi belle que son petit ange gardien, je n'en avais pas tant de raisons qu'elle en avait en

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JUSTES NOCES

Le Mariage de Charles II et de Catherine de Bragance (1662). Stent, graveur (Bibliothèque Nationale. Estampes.)

cornette dans son indienne à Whitehall (i) ». Henriette- Anne eut d'ailleurs le plus grand succès en Angleterre. Ce fut à qui multiplierait le plus les hommages et les présents. La Chambre des Communes lui vota loooo jacobus, et chacun fêtait de son mieux la fiancée. Le général Monk offrit à la reine et à sa fille un souper suivi d'une comédie. « Toute la Cour, raconte Bartet le i3 novembre, monta en carrosse, précédée des gardes du corps, qui étaient la garde du général Monk. Ils sont cinq cents avec un collet de buffle et la carabine, aussi bien montés qu'on en puisse voir et de la meilleure mine. Il y avait encore soixante gentilshommes à cheval qu'on appelle la compagnie des pensionnaires, qui est une garde établie comme les mousquetaires du roi (2) ». Le Parlement vota à Henriette-Anne

(1) Archives des Affaires étrangères : Angleterre, 1660, suppl*.

(2) Archives des Affaires étrangères : Angleterre, 1660, suppl^ Monk allait bientôt recevoir le titre de duc d'Albemarle.

une dot de 40000 jacobus qu'en monnaie de France on évaluait à 56oooo livres. Charles II y ajouta un don de 20000 jacobus, partie en espèces et partie en pierreries. De leur côté Louis XIV et son frère assuraient à la future duchesse d'Orléans un douaire de 40 000 livres de rente, et pour sa résidence, le château de Montargis, très richement meublé. Ces points réglés, lord Jermyn, comte de Saint- Albans, fut nommé ambassadeur extraordinaire à Paris, pour former la maison de la princesse et régler les détails des questions d'intérêts. Le comte de Soissons reprit la route de France, après avoir été très festoyé par le duc de Buckingham. « Celui-là, disait Bartet dans une de ses dépêches, est un vrai homme de plaisir qui ne songe à autre chose au monde qu'à se réjouir |i) ». Buckingham avait jusque-là fait une cour assidue à la princesse d'Orange, mais, s'il en faut croire Mme de Lafayette, sitôt qu'il vit Henriette-Anne, il en devint si passionnément amoureux, qu'on peut dire qu'il en perdit là raison. Il n'y eut pas d'extravagances qu'il ne fît pour obtenir de l'accompagner en France et la princesse, ayant été atteinte à bord d'une indisposition qu'on reconnut bientôt être la rougeole, il voulait à toute force mettre l'épée à la main contre le comte de Sandwich pour le châtier des soins qu'il lui prodiguait (2). Enfm, dans les derniers jours de janvier, on remit à la voile pour le Havre, où

Ceux de VEgUse et de justice,

La soldatesque et la milice

Firent à ces princesses voir

Qu'ils savaient fort bien leur devoir (3).

Aussitôt après le débarquement, la reine signifia à Buckingham qu'il ait à se rendre directement à Paris, tandis qu'elle restait au Havre, pour donner à sa fille convales-

(1) Comte de Bâillon. Henriette-Anne d'Angleterre^ duchesse d'Orléans, 50.

(2) Comte de Bâillon. Henriette- Anne d'Angleterre^ duchesse d'Or^ le'anSf 53.

(3) Loret. Muze historique ^ féTrier 1661.

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JUSTES NOCES

cente le temps de reprendre ses forces. Elles allèrent ensuite se retirer au monastère de Chaillot, pour y attendre la dispense du pape et, là encore, Buckingham trouva le moyen de multiplier tant d'extravagances et de folies que Monsieur témoigna quelque irritation d'assiduités aussi marquées et qu'Anne d'Autriche et la reine d'Angleterre, d'un commun accord, lui signifièrent en termes nets qu'il était temps pour lui de se rembarquer (i). Alors, le mariage d'Henriette- Marie et de Philippe d'Orléans fut célébré dans la chapelle privée de la reine d'Angleterre par l'évêque de Valence, Daniel de Cosnac, aumônier de Monsieur.

Tous ces mariages avaient préoccupé Topinion de la situation du roi Charles II. « L'on parle du mariage du roi avec la nièce du prince de Ligne, dont il a, dit-on, deux fils, écrivait Pepys le 28 février 1661. Cette union ne me sourit pas. J'aime pourtant mieux qu'il en soit ainsi, que de voir arriver au trône le duc d'York dont on connaît les penchants catholiques ». Toute l'Angleterre presbytérienne ou anglicane pensait sur ce chapitre comme Pepys. Pourvu que la femme qu'épouserait le roi ne fût pas une Française, chacun devait être satisfait, du moment que le duc d'York serait écarté du trône (2). L'attitude dominatrice des diplomates français avait accentué le peu 'de sympathie qui régnait alors entre les deux nations. Quand, en septembre 1661, à l'entrée du comte Brahé, ambassadeur de Suède, il y eut une bagarre entre les gens du baron de Watte ville, ambassadeur d'Espagne à Londres, et ceux du comte d'Estrades, ambassadeur de France, le populaire prit nettement parti pour les Espagnols. De plusieurs jours, les Français n'osèrent se montrer dans les rues de peur d'être tués. « Il est étrange de voir comme

(1) Comte de Bâillon. Henriette- Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans, p. 58.

(2) Charles II ne se souciait pas d'épouser des princesses allemandes. « Elles sont toutes stupides », disait-il (Jesse. Memoirs, II, p. 3). Il ne restait de choix qu'entre des princesses catholiques.

tout le monde se réjouit, notait Pepys. Eh! en vérité, nous aimons tout naturellement les Espagnols et nous haïssons les Français (i). » Cependant, s'il en faut croire un agent français à Londres, « le duc d'York, le roi et toute la Cour faisaient des vœux pour la France ». A peu près brouillé avec le gouvernement de son beau-père à la suite de ce déplorable incident, Louis XIV prit sa revanche en faisant écarter par Charles II les propositions de l'Espagne et en poussant la Cour de Lisbonne, ennemie naturelle de sa trop proche voisine, à offrir au roi de la Grande-Bretagne avec la main de l'infante Catherine, une dot de Sooooo livres, le port de Tanger sur la côte d'Afrique, et Vile de Bombay dans les Indes orientales. En outre, on assurait au commerce anglais la liberté de négoce avec le Portugal et ses colonies. Le Portugal était, à ce moment, pleinement entré dans la sphère de l'influence française. Au lendemain de la mort du duc de Bragance qui avait restauré la monarchie portugaise en prenant le nom de Jean IV, Luisa de Guzman, fille du duc de Médina Sidonia, avait exercé la régence au nom de son fils Alfonso, mais on craignait l^s tentatives sans cesse menaçantes de l'Espagne et les ministres de Louis XIV étaient disposés à tous les sacrifices pour consolider l'indépendance du Portugal au détriment des prétentions castillanes. Fouquet envoya un agent en Angleterre pour soutenir la proposition portugaise, offrant une alliance avec Louis XIV contre l'Espagne, la France contribuant pour Soooco pistoles dans les frais d'une expédition (2). Les conseillers, que Charles II appela à fournir leur avis sur la proposition de mariage, furent séduits par des avances qui paraissaient aussi avantageuses. Les caisses royales étaient vides ; Catherine de Bragance et sa dot seraient les bienvenues. Même Clarendon, anglican

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(1) La haine des Français s'étendait même aux huguenots que le peuple anglais ne différenciait pas des catholiques. Pepys, qui avait épousé la tille d'un huguenot Trançais, partageait l'opinion de ses compatriotes.

(2) Clarendon. Mémoires, III, p. 187.

JUSTES NOCES 7

renforcé, admit, à la faveur d'une si belle dot, un article garantissant à la reine le libre exercice de sa religion et l'autorisant à avoir, dans chacun de ses palais, une chapelle et des aumôniers. On s'occupa, dès lors, de former la maison de la future reine, et parmi les dames d'honneur qui furent désignées pour en faire partie, se trouvait une amie de la jeune princesse d'Orléans, Frances Stewart, élevée en France, et pour qui sa mère avait rêvé un instant la faveur de Louis XIV. Henriette- Marie écrivait donc à son frère le 24 février 1662 : « Je n'ai pas voulu perdre cette occasion de vous écrire par Mme Stewart qui mène sa fille pour être une de celles de la reine votre femme. Si ce n'eût pas été à ce sujet, je vous assure que j'aurais eu bien de la peine à la laisser partir d'ici, étant la plus jolie fille du monde et la plus propre à parer une Cour (i) ».

La maison de la nouvelle reine composée, tout le monde s'attendait à la voir bientôt débarquer, mais la flotte anglaise, commandée par le comte de Sandwich, que Charles II avait envoyé à Lisbonne avec ordre de ramener la fiancée et la dot, ne paraissait point. Les papiers du président Bouhier contiennent à ce propos une curieuse explication. « Les Anglaises, dit-il, ont à déshonneur d'être rasées quelque part que ce soit. Les Portugaises tiennent l'opinion contraire. C'est ce qui fit que, Charies II ayant épousé par procureur Catherine de Portugal, on retarda son voyage jusqu'à ce qu'elle fût en état de paraître devant lui comme une Anglaise (2) t. Les notes du président Bouhier sont souvent sujettes à caution. En cette circonstance, la réalité était plus étrange encore que ce bizarre

(i) Comte de Bâillon. Henriette-Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans, p. 80. — « C'est assurément la plus belle fille qui soit en cette Coup », écrira Courtin en 1665.

(2) Barrière. La Cour et la Ville, 379. — Ce qui donna lieu à celte anecdote courante à cette époque en Angloterre. c'est qu'il y avait dans la suite de la reine un officier qu'on appelait le barbier de l'Infante. C'était, en réalité, un chirurgien. Mais, en Angleterre, les fonctions du chirurgien et du barbier étant séparées, on jasa a ce propos [Mémoires de Grammont, ch. VI).

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récit. En promettant une opulente dot à l'infante, les ministres portugais ne s'étaient pas préoccupés d'immobiliser dans les coffres de l'État somme suffisante pour les versements à faire. Aussi, tout le cortège de dames, d'aumôniers et de fonctionnaires divers, qui devaient accompagner Catherine de Bragance, réuni et prêt à embarquer, il fallait, après avoir employé tous les moyens dilatoires, avouer au comte de Sandwich, qui devenait pressant, la pénurie du trésor royal. Le comte de Sandwich n'avait pas dans ses instructions l'ordre de faire confiance au gouvernement portugais. Il insista pour un versement et, faute d'espèces, dut se contenter d'emporter la dot en valeurs et en marchandises. Il se borna à stipuler pour se garantir que l'estimation des marchandise» embarquées serait faite à Londres et que quitus ne serait donné qu'après réalisation. Cet arrangement tirait le gouvernement portugais d'une situation difficile et fut en conséquence accepté avec reconnaissance. On s'empressa d'embarquer, dans les cales des navires anglais, tout ce que les docks de Lisbonne contenaient de çiarchandises coloniales disponibles et le comte de Sandwich put mettre à la voile. Le 20 mai, la flotte était en vue de Speathead, et le jour même, le roi recevait l'infante à Portsmouth (i). « Je suis arrivé hier, vers deux heures de Vaprès-midi, écrivait-il à . lord Clarendon, et dès que je me fus changé, j'allai dans la chambre de ma femme. Je l'y trouvai alitée par suite d'un léger rhume et d'une certaine tendance à la fièvre. Je suis en état de vous dire ce que j'ai vu, ce qui peut se résumer ainsi : sa figure n'est point de celles qu'on pourrait qualifier à bon droit de belle, bien qu'elle ait de fort beaux yeux et qu'elle n'ait dans ses traits aucun détail qui puisse faire honte à qui que ce soit. Loin de là, l'impression

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(1) Pepys note dans son Journal : « Le soir, toutes les cloches sonnèrent et on fit des feux de joie en l'honneur de la reine, débar-

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qu'elle produit est des plus agréables que j'aie jamais rencontrée et si je me connais un peu dans l'art d'interpréter les traits du visage, comme je le crois, elle doit être une des meilleures personnes qui soient au monde. Sa conversation, autant que j'en puis juger, est très bonne, car elle ne manque pas d'esprit et le timbre de sa voix est fort agréable. Vous serez étonné de voir à quel point nous nous connaissons mutuellement. En un mot, je me trouve très heureux, car j'ai l'espoir certain que nos deux caractères s'accorderont fort bien. Je n'ai pas le temps d'en dire davantage (i) ».

Deux jours après, il écrivait à sa sœur, la duchesse d'Orléans : « Milord Saint-Albans vous fera une description si complète de ma femme, que je n'entreprendrai pas de vous la donner, seulement, je dois vous dire que je me trouve fort heureux. J'ai été marié avant-hier (2), mais la mauvaise chance qui poursuit ma famille est aussi tombée sur moi, car M. le Cardinal m'a fermé la porte au ne&, et quoique je ne sois pas aussi furieux que l'a été Monsieur, et que même je ne sois pas fâché de laisser passer tout cela, avant d'aller trouver ma femme dans son lit, néanmoins, je compte bien lui faire passer son temps, la première nuit, mieux qu'il ne l'a fait pour vous. J'ai l'intention d'aller lundi prochain à Hampton Court, où je resterai jusqu'à ce que la reine (3) y vienne (4) ». Le portrait, tracé par Charles II, était plutôt indulgent. Pour d'autres que le roi, l'infante de Portugal était une petite brune, gauche, courte, trapue, basanée ; ses dents mal plantées déformaient sa bouche (5). Avec ses vingt-quatre ans et ses costumes exotiques, elle avait déjà

(1) Jesse. Memoirs, HT, 6.

(2) Daubigny, aumônier de la reine-mère, célébra d'abord le mariage catholique dans la chambre de Catherine. Puis Charles II et la reine furent mariés, selon le rite anglican, par Sheldon, évêque de Londres.

(3) Charles II désigne toujours ainsi Henriette-Marie.

(4) Comte de Bâillon. Henriette- Anne, d'AngleUrre, duchesse d'Orléanh, p. 85. ,

^5) Agnès Strickland. Lifes of the queens of England, t. VIII, p. 312.

JUSTES NOCES

la taille épaissie par une vie sédentaire. Elle ne savait pas un mot d'anglais, ses femmes lui ayant persuadé qu'il était de l'intérêt et delà grandeur du Portugal, qu'elle ne fit point cette concession à sa nouvelle patrie. Elle n'avait jamais parlé à un homme, elle ne s'était montrée à aucun regard, même pendant la traversée. « C'est une chauve-souris, disaient les courtisans, ce n'est pas une femme (i) r>. Peutêtre étaient-ce cette réserve excessive, cette maladresse d'allure qui plurent d'abord au roi et le portèrent à se vanter qu'il offrirait à sa Cour un modèle de fidélité conjugale. « La reine est à Hampton Court depuis quelques jours, écrivait Pepys le 3i mai. Tout le monde dit qu'elle est jolie et modeste et que le roi la trouve à son goût. Je crois d'après cela que M^-e Castlemaine sera supplantée. » Supplanter lady Castlemaine ! Pepys y songeait-il ? La maîtresse royale était sur le point d'accoucher et son état avait mis quelque trouble dans ses relations avec son amant, mais la comtesse n'était point décidée à se laisser évincer. Pour la faire consentir au mariage, il avait fallu lui faire des promesses dont elle allait exiger l'exécution. « La reine, dit John Reresby, n'avait rien, ni dans son maintien ni dans sa personne qui put lutter avec la comtesse de Castlemaine, la plus belle femme de son temps (2) ». John Evelyn vint de Londres à Hampton Court et vit la reine qui dînait en public. Le duc d'Ormond le présenta et il lui baisa la main. Son impression fut assez favorable. Il constata que c'était encore la plus belle femme de toute la compagnie. « Quoique petite de stature, dit-il, elle était joliment faite avec de beaux yeux pleins de langueur. Des dents, qui lui gâtaient la bouche, s'avançaient un peu trop, mais tout le reste était assez attrayant ». Dire qu'elle était la plus belle des femmes présentes, ce n'était pas au fond faire d'elle un grand éloge, car, s'il en faut croire les contemporains, jamais on ne vit bande de plus

(1) Jease. Memoirs, II, p. 7.

(2) J. Reresby. Mémoires, 9.

affreux laiderons que les suivantes portugaises qm jormaient son entourage. Clarendon se demande conament on avait pu rencontrer un pareil nombre de vieilles harîçneuses (i). « A la Taverne da Triomphe le capitaine Ferrers, rapporte Pepys, me montra des dames portugaises venues avec la reine.

Leurs vertugadins sont étranges. Je ne trouvai en elles rien de plaisant. » Il est vrai qu'il ajoute aussitôt que ces bizarres personnes commencent à se civiliser.

« Elles regardent déjà à droite et à gauche, savent très bien embrasser et je suis certain qu'elles négligeront bientôt les habitudes de réclusion de leur pays. Elles se plaignent beaucoup de ne ,

pas avoir de bonne eau à boire. Plusieurs personnes de qualité, hommes et femmes, étaient venues pour les voir. .

,* ' • - Ti /t1Q — « Cette suite, disent les (1) Clarendon. J»^'^»'"';. "' J'";^^ d. la comtesse de Panetra. Mémoire, de Grammonl.eU^t «""Ç"'" °* , „; ^e disaient filles en qualité de dam. d »'»»"• '^^^^^.^Xit pou? gouTernanl. de ce. ?:'i:rb\\ré's."^.Tun'r;rX\:re'^^^^ '- l. maU^esse

de Buckingham.

Catherine de Bragance, reine d'Angleterre. Peinture do Peter Lely, gravé par B. Hall.

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la taille épaissie par une vie sédentaire. Elle ne savait pas un mot d'anglais, ses femmes lui ayant persuadé qu'il était de l'intérêt et delà grandeur du Portugal, qu'elle ne fit point cette concession à" sa nouvelle patrie. Elle n'avait jamais parlé à un homme, elle ne s'était montrée à aucun regard, même pendant la traversée. « C'est une chauve-souris, disaient les courtisans, ce n'est pas une femme (i) ». Peutêtre étaient-ce cette réserve excessive, cette maladresse d'allure qui plurent d'abord au roi et le portèrent à se vanter qu'il offrirait à sa Cour un modèle de fidélité conjugale. « La reine est à Hampton Court depuis quelques jours, écrivait Pepys le 3i mai. Tout le monde dit qu'elle est jolie et modeste et que le roi la trouve à son goût. Je crois d'après cela que M"'® Castlemaine sera supplantée. » Supplanter lady Castlemaine ! Pepys y songeait-il ? La maîtresse royale était sur le point d'accoucher et son état avait mis quelque trouble dans ses relations avec son amant, mais la comtesse n'était point décidée à se laisser évincer. Pour la faire consentir au mariage, il avait fallu lui faire des promesses dont elle allait exiger l'exécution. « La reine, dit John Reresby, n'avait rien, ni dans son maintien ni dans sa personne qui put lutter avec la comtesse de Castlemaine, la plus belle femme de son temps (2) j). John Evelyn vint de Londres à Hampton Court et vit la reine qui dînait en public. Le duc d'Ormond le présenta et il lui baisa la main. Son impression fut assez favorable. Il constata que c'était encore la plus belle femme de toute la compagnie. « Quoique petite de stature, dit-il, elle était joliment faite avec de beaux yeux pleins de langueur. Des dents, qui lui gâtaient la bouche, s'avançaient un peu trop, mais tout le reste était assez attrayant ». Dire qu'elle était la plus belle des femmes présentes, ce n'était pas au fond faire d'elle un grand éloge, car, s'il en faut croire les contemporains, jamais on ne vit bande de plus

(1) Jesse. Memoirs, II, p. 7.

(2) J. Reresby. Mémoires, 0.

affreux laiderons que les suivarites portugaises qm formaient son entourage. Clarendon se demande comment on avait pu rencontrer un pareil nombre de vieilles hargneuses (.). « A la Taverne du Triomphe, le capitaine Ferrers, rapporte Pepys, me montra des dames portugaises venues avec la reine.

Leurs vertugadins sont étranges. Je ne trouvai en elles rien de plaisant. » Il est vrai qu'il ajoute aussitôt que ces bizarres personnes commencent à se civiliser.

« Elles regardent déjà à droite et à gauche, savent très bien embrasser et je suis certain qu'elles négligeront bientôt les habitudes

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leur pays. Elles Catherine de Bragance, re.ne àAngleierrc.

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pas avoir de bonne eau à boire. Plusieurs personnes de qualité, hommes et femmes, étaient venues pour les voir. .

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Ce que l'on reprochait surtout à ces étrangères, c'était de former autour de la reine une petite cohorte qui ne se laissait pas entamer.

La comtesse de Gastlemaine, favorite en titre, avait vu d'un fort mauvais œil le mariage de Charles II. Pour apaiser sa colère et ses plaintes, le roi lui avait promis solennellement que son mariage, loin d'être pour elle une cause de bannissement de la Cour, serait un prétexte à lui donner une position officielle. Et il l'avait en effet nommée dame de la chambre de la nouvelle reine. Restait à faire agréer la nomination par la reine. Convaincu que Catherine n'était en rien au courant des choses de la Cour, le roi eut soin, sur la liste quil soumit à la reine, de placer en première ligne la comtesse de Castlemaine. Mais, Catherine avait été prévenue contre la faute de Marie-Thérèse et on l'avait engagée à lutter contre les favorites. Elle raya le nom de la comtesse sur la liste présentée par le roi et pria Charles II de lui donner la permission de retourner d'où elle venait (i). « Là dessus, il y eut dans le ménage royal, raconte Pepys, une brouille d'une nuit et d'une journée. Enfin le roi a promis de ne plus voir la comtesse. Je ne puis croire qu'il la délaisse ainsi, il l'aime trop pour cela. » En effet, quelques jours après, cédant à de nouvelles instances de l'impérieuse favorite, il voulut l'imposer à la reine devant toute la Cour assemblée. Catherine, se maîtrisant, essaya de faire un accueil gracieux à sa rivale, mais ses yeux se remplirent de larmes, et, prise d'un spasme violent, il fallut l'emporter dans ses appartements (2). « Vous me mandez, écrivait sa sœur à Charles II que l'on a rendu de mauvais services à une personne auprès de la reine votre femme. Hélas! comment est-il possible qu'on puisse dire de telles choses? Pour moi, qui connais votre innocence, je l'admire; mais pour laisser la raillerie, je vous prie de me mander comment la reine prend cela. L'on dit ici qu'elle

(1) Journal de Pepys, 26 juin 1662.

(2) Jesse. Memoira, II, p. 15.

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en est dans une douleur sans pareille et à vous parler franchement, je crois que c'est avec raison. Pour ce qui est de ces sortes d'affaires, il y a bien du ravage ici, non pas comme chez vous par la reine, mais par les maîtresses (i). »

Charles II, non content d'avoir imposé la comtesse de Castlemaine à Catherine, était résolu à tenir la parole qu'il avait donnée de la faire dame de la chambre. Vainement, le duc d'Ormond et le chancelier Clarendon s'efforcèrentils de l'en dissuader. C'était, disaient-ils, forcer la reine à une complaisance contre laquelle se révoltaient la chair et le sang (2). Au lendemain de cette démarche, Clarendon recevait du roi la note suivante : < La dernière fois que vous fûtes ici, j'oubliai de vous prier de donner à Brode rick le bon conseil de ne plus se mêler désormais de ce qui regarde Milady Castlemaine et qu'il fasse attention à ne point se faire l'auteur de propos scandaleux, car, si je découvre qu'il se soit rendu coupable de pareille chose, je ferai en sorte qu'il se repente jusqu'au dernier moment de sa vie. Et puisque j'ai abordé ce sujet, je crois très nécessaire de vous donner un bon petit conseil pour que vous n'alliez point vous imaginer qu'en faisant un peu plus de bruit sur cette affaire, vous êtes en état de me faire renoncer à ma résolution, ce que rien au monde ne saurait faire. Je veux être malheureux dans ce monde et dans l'autre, si je manque si peu que ce soit à ce que j'ai résolu, qui est de faire Milady Castlemaine dame de la chambre à coucher de ma femme. Et quel que soit celui que je trouverai à se mettre en travers de ma résolution, à moins que ce ne soit exprès par mon ordre, je serai son ennemi jusqu'à la fin de ma vie. Vous savez quel ami j'ai été pour vous. Si vous voulez m'obliger éternellement, rendez-moi cette affaire-là aussi aisée que vous pourrez, quelle que soit

(1) Comte de Bâillon. Henriette" Anne d'Angleterre, duchesse d'OrléanSf p. 121.

(2) Clarendon. Mémoires, II, 431.

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l'opinion que vous en ayez, car je suis résolu à la mener à bonne fm, quoiqu'il en puisse advenir, et je le jure solennellement devant Dieu tout-puissant. Si donc vous voulez que je vous continue mon amitié, ne vous mêlez plus de cette affaire, sinon pour faire taire tous les propos faux et scandaleux et pour faciliter ce en quoi j'estime que mon honneur est tout à fait intéressé. Et qui que ce soit que je trouve être hostile à Milady Gastlemaine en cette affaire, je vous promets, de ma parole, d'être son ennemi aussi longtemps que je vivrai. Vous ferez voir cette lettre à Milord lieutenant et si vous êtes, l'un et l'autre, dans l'intention de m'être agréable, vous vous comporterez en celte affaire comme étant de mes amis (i) ». Tout le monde se le tint pour dit. Malgré la résistance de Catherine, la favorite fut admise quotidiennement dans sa chambre où elle était l'objet de l'attention du roi et des courtisans, tandis que Catherine restait à l'écart, seule et silencieuse. Après avoir longtemps résisté, la reine prit le parti de se résigner. Elle finit par parler à Castlemaine et à la recevoir sans faire de distinction avec ses autres dames, c Cette concession faite au roi, rapporte Clarendon, lui enleva l'estime qu'il conservait, malgré tout, pour la courageuse résistance de la reine, et il n'y vit plus qu'un caprice de femme (2) ».

Cependant, en octobre i663, elle tomba gravement malade. Elle l'appela près d'elle et, sans lui faire aucun reproche sur le passé, le pria de permettre que son corps fût transporté en Portugal pour être inhumé au milieu des siens. Elle le supplia de protéger son pays contre les entreprises de l'Espagne. Charles II, baignant de ses larmes la main de la malade, le lui jura. « La nuit du vendredi au samedi, raconte l'ambassadeur français, le comte de Comminges, la reine pensa mourir. Elle reçut le viatique, fit son testament et se fit couper les cheveux après avoir donné ordre à ses affaires domestiques. Elle consola

(1) Law. A Short history of Hampton Court, p. 275.

(2) Clarendon. Mémoires, II, 453.

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l'opinion que vous en ayez, car je suis résolu à la mener à bonne fin, quoiqu'il en puisse advenir, et je le jure solennellement devant Dieu tout-puissant. Si donc vous voulez que je vous continue mon amitié, ne vous mêlez plus de cette affaire, sinon pour faire taire tous les propos faux et scandaleux et pour faciliter ce en quoi j'estime que mon honneur est tout à fait intéressé. Et qui que ce soit que je trouve être hostile à Milady Gastlemaine en cette affaire, je vous promets, de ma parole, d'être son ennemi aussi longtemps que je vivrai. Vous ferez voir cette lettre à Milord lieutenant et si vous êtes, l'un et l'autre, dans l'intention de m'ètre agréable, vous vous comporterez en celte affaire comme étant de mes amis (i) ». Tout le monde se le tint pour dit. Malgré la résistance de Catherine, la favorite fut admise quotidiennement dans sa chambre où elle était l'objet de l'attention du roi et des courtisans, tandis que Catherine restait à l'écart, seule et silencieuse. Après avoir longtemps résisté, la reine prit le parti de se résigner. Elle finit par parler à Castlemaine et à la recevoir sans faire de distinction avec ses autres dames. « Cette concession faite au roi, rapporte Clarendon, lui enleva l'estime qu'il conservait, malgré tout, pour la courageuse résistance de la reine, et il n'y vit plus qu'un caprice de femme (2) ».

Cependant, en octobre iô63, elle tomba gravement malade. Elle l'appela près d'elle et, sans lui faire aucun reproche sur le passé, le pria de permettre que son corps fût transporté en Portugal pour être inhumé au milieu des siens. Elle le supplia de protéger son pays contre les entreprises de l'Espagne. Charles II, baignant de ses larmes la main de la malade, le lui jura. « La nuit du vendredi au samedi, raconte l'ambassadeur français, le comte de Comminges, la reine pensa mourir. Elle reçut le viatique, fit son testament et se fit couper les cheveux après avoir donné ordre à ses affaires domestiques. Elle consola

(1) Law. A Short history of Hampton Court, p. 275.

(2) Clarendon. Mémoires, II, 453.

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le roi avec beaucoup de tranquillité et de douceur, se réjouit de le voir bien fort, en bon état de se marier avec une princesse de plus grand mérite et qui pût contribuer à la satisfaction et au repos de son État. Il fallut retirer le roi de ce spectacle funeste qui s'était attendri jusqu'à l'évanouissement. Tout le jour se passa en craintes. Le soir, le sommeil lui donna quelque repos. La nuit se passa sans redoublement et, présentement, elle est en meilleur état bien que les médecins n'assurent encore rien de sa santé. La religion catholique ferait une grande perte et sans ce prétexte-là sans doute poursuivrait-on davantage que Von ne fait et du moins plus ouvertement (i). » Pendant ces journées, la Cour désorientée se préoccupait déjà de la reine du lendemain. Quant à Charles II, son émotion, réelle pendant cette scène touchante, ne l'avait pas empêché d'aller souper chez Lady Castlemaine où il était certain de trouver la belle Stewart, car « il avait menacé la dame, où il soupe tous les soirs, de ne mettre jamais les pieds chez elle si la demoiselle n'y était (2). » Chaque soir, Pepys avait par M™e Sarah, la femme de charge du comte de Sandwich, voisin de logement de Lady Castlemaine, le détail de ces soupers. C'était son mari qui les cuisinait. « C'est une chose bien étrange ! » écrivait le digne annaliste dans son journal, ne comprenant rien à la comptabilité en partie double du cœur de Charles II (3). La reine, cependant, semblait avoir triomphé du mal. La crise redoutable était passée et la fièvre pourpre l'avait laissée tachetée comme un léopard. Mais, du moins, pendant ces instants critiques, on lui avait laissé toute liberté de faire appel aux secours de la religion. « Elle a reçu l'Extrême Onction, et les prêtres y ont mis tant de temps que les médecins étaient furieux (4). » Elle souffrait horriblement de la tête

(1) Bib. Nat., Fd« français 10712. Lettres de Comminges,

(2) Archives des Affaires étrangères : Angleterre, Dépêches de CornmingeSf t. IV.

(3; Journal de Pepys, 20 octobre 1663.

(4) Journal de Pepys, 19 octobre 1663.

et de la gorge. On lui mit sur la tête un bonnet de nuit contenant de précieuses reliques. Daubigny, l'aumônier de la reine-mère, lui dit pendant sa convalescence que c'était à cela qu'elle devait sa guérison. « Non, répUqua-t-elle en souriant au roi, c'est plutôt aux prières de mon mari (i). » Dans les derniers jours d'octobre, elle avait toujours le délire. < Ce matin, raconte Pepys le 26 octobre, elle était persuadée qu'elle était accouchée, s'étonnait d'avoir été délivrée sans douleur et était fort chagrine d'avoir un enfant aussi laid. Mais le roi qui était présent, dit : « C'est un très beau garçon. — Non, répliqua-t-elle, s'il vous ressemblait, il serait beau et j'en serais fière. » Le lendemain, après une fort bonne nuit, elle divaguait encore, parlant toujours de ses enfants. Elle se figurait qu'elle en avait trois et que sa fille ressemblait au roi. Les attentions que lui avait témoignées Charles II au plus fort de son mal, avaient beaucoup frappé les gens de service et, par leur canal, la petite bourgeoisie. Un poète alors très apprécié, Waller, célébra Charles II rendant la vie à Catherine. « Celui-là, disait-il, que jamais on ne vit s'attrister au sujet de tant de royaumes qu'on lui arracha, il réserva ses larmes pour vous qui lui êtes plus chère et qui avez plus de prix pour lui que tous ses royaumes, car lorsqu'échouait tout art de guérir, alors qu'élixirs et cordiaux restaient sans effet, il laissa tomber sur vos joues pâlies cette pluie qui vous ranima comme une fleur qui languit (2). » Les gens de Cour, cependant, suivant la coterie à laquelle ils appartenaient, envisageaient les choses sous des jours différents. « Il faut avoir été témoin de ce que j'ai vu pour le

(1) Ward. Journal, 98.

(2) Jesse. Memoirs, [II, p. 27. — Saint-Evremond écrivait à Corneille au sujet de Waller : « M. Waller, un des plus beaux esprits du siècle, attend toujours vos pièces nouvelles et ne manque pas d'en traduire toujours un ou deux actes en vers anglais pour sa satisfaction particulière. Vous êtes le seul de noire nation dont les sentiments aient i'avanlage de toucher les siens. Il demeure d'accord

u'on parle et qu'on écrit bien en France. 11 n'y a que vous, dit-il, e tous les Français, qui sachiez penser. »

croire, écrivait le comte de Comminges à Louis XIV. Jusqu'au moindre courtisan se donnait la liberté de marier son maître, chacun selon son inclination. Mais les plus confidents parlaient de la fille du prince de Ligne, à laquelle le roi d'Espagne devait faire de grands avantages. Je puis assurer à Votre Majesté que si la malade échappe, elle rompra bien des mesures, et que peu de gens en auront de la joie, si ce n est M. et M"»® la duchesse d'York qui se voyaient bien éloignés des belles espérances, desquelles, apparemment, ils se peuvent flatter, puisque l'on dit que la reine ne peut avoir d'enfants. »

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