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(1) Bib. Nat. Fds français. 10712. Lettres de Comminges.
Le Règne de Barbara Palmep.
ARBARA Palmer est la plus grande favorite qui, au prix d'éclipsés, d'intérims acceptés et de complaisances plus ou moins perverses, a régné pendant près de dix-huit ans sur la Cour de Charles IL .
Mariée de bonne heure à un gentihomme royaliste, le roi n'avait pas été son premier caprice. «Je suis prête, écrivait-elle en 1659 au brillant comte de Chesterfield, je suis désireuse d'aller courir le monde avec vous... Je vivrai et je mourrai en vous aimant au delà de tout. » Mais pour filer le parfait amour avec le comte de Chesterfield, Barbara se heurtait à deux obstacles. Tout d'abord, elle avait un mari, qui ne pouvait guère l'empêcher de le tromper, mais qui pouvait l'empêcher de partir. Puis, comme elle était aussi joueuse que le chevalier de Grammont, mais ne savait pas comme lui corriger la fortune, elle ne tardait à perdre tout ce qu'elle possédait et à quereller son amant pour en obtenir des prêts d'argent. Charles II se trouva tout heureusement sur sa route pour consoler ses désillusions et la réargenter. Au moment de la restauration, elle était maîtresse plus ou moins officielle et ne devint guère maîtresse déclarée qu'en juin 1661. C'est le mois suivant que Pepys, placé devant elle au théâtre, rapporte qu'il ne cessa de la regarder pendant tout le spectacle et qu'elle lui plut beaucoup. A dire vrai, cet excellent commis de la Marine paraît avoir eu pour la maîtresse du roi un fort, quoique platonique béguin. Le 8 décembre 1661, comme employé au sceau privé, il scella la patente qui faisait de Roger Palmer, un comte de Castlemaine et un baron de
Limcrick en Irlande (i). « Mais, ajoute-t-il dans son journal, les seigneuries appartiennent aux enfants mâles issus de sa femme Lady Barbara. L'on sait pourquoi. » Oui, toute la Cour savait pourquoi, et certain jour où la duchesse de Richmond, pas Frances Stewart, qui n'était pas mariée alors, une autre duchesse de Richmond, se prit de querelle avec la comtesse de Castlemaine, elle l'appela « Jane Shore » et lui souhaita de finir en mendiante comme la maîtresse d'Edouard IV. Il est vrai que la duchesse de Richmond était une femme et que si elle avait, comme Pepys, trouvé dans le jardin privé de Whitehall, étendu sur des cordes le beau linge de Lady Castlemaine, elle n'eût pas admiré ses magnifiques chemises et ses jupons ornés dans le bas de riches dentelles, mais elle les eût jalousés. « Je n'avais jamais rien rêvé de si beau, observe Pepys, et je fus enchanté de les contempler».
C'était le moment où la reine Catherine venait de débarquer. Le roi dînait et soupait tous les soirs chez la favorite. Il y était, la nuit où l'on fit des feux de joie pour l'arrivée de la reine. Presque toutes les maisons de la rue étaient illuminées. La sienne n'avait pas de feux et cela fut remarqué. Quand le roi se rendit à Portsmoulh, elle versa beaucoup de larmes et s'abstint pendant son absence de sortir de chez elle. Une seule fois, elle se hasarda au théâtre, mais le peuple lui jetait des regards de mépris. «Je fus chagrin de le voir, note son adorateur Pepys (2). » Et ce curieux observateur ajoute que, quelques jours avant le départ du roi, celui-ci avait envoyé chercher des balances pour se peser ainsi que sa maîtresse. Elle était enceinte de l'enfant, qui fut plus tard titré duc de Southampton et se trouva plus lourde que le roi, ce qui les fit beaucoup rire. Quelques jours après, une querelle violente éclatait entre Lady Castlemaine et son mari. Et, à la suite de cette scène,
(1) Clarendon rapporte dans ses Mémoirei aue ce fut un ouvrage imprimé en France, sur les amours du roi Henri IV, qui donna à Charles H l'idée de titrer Lady Castlemaine M"»» Palmer.
(2) Journal de Pepyt, 21 mai 1662.
LE R^GNE DE BARBARA PALMER
elle désertait le domicile conjugal, emportant sa riche argenterie, ses joyaux, ses belles affaires, et allait s'installer à Richmond, chez un de ses frères, pour être au dehors de la ville afin que le roi, qui était alors à Hampton Court, puisse aller plus facilement la voir. Cette bourrasque faisait scandale et il ne fallait rien moins que la cause qu'on lui donnait une dizaine de jours plus tard pour apaiser l'indignation populaire. Le comte de Castlemaine n'avait pas querellé sa femme en mari qui ne se souciait pas de jouer le rôle d'un complaisant. Il s'agissait de l'enfant qui venait de naître et de son baptême. Palmer avait fait appeler un prêtre catholique. Quelques jours après, Barbara avait fait baptiser de nouveau le bébé par un ministre anglican. Lord Oxford et la duchesse de Suffolk servant de témoins, en présence du roi. Après la scène du i5 juin, le mari, abandonné, sans linge et sans domestiques, sauf le portier, avait pris la route de la France. Où allaitil? Evidemment s'enfermer dans quelque monastère. C'était bien la preuve qu'il avait tort. Sitôt après ce départ, Lady Castlemaine revenait s'installer dans sa maison de King's street.
C'est là qu'elle habitait lorsque, le 23 août, la reine venait s'installer à Whitehall. On lui fit une assez belle entrée, « Toute la fête, rapporte Pepys, se résumait en un grand nombre de bateaux et de barques et deux arcs de triomphe, représentant l'un un roi et l'autre une reine, avec ses filles d'honneur assises très gracieusement à ses pieds. Le roi et la reine parurent, sous un dais, dans un bateau accompagné de mille barques, autant que j'en pus juger, car il y en avait tant que l'on ne pouvait voir la rivière ni discerner le roi et la reine. Ils abordèrent au pont de Whitehall et furent salués par les canons. Ce qui m'enchanta, ce fut la présence de Milady Castlemaine près de nous, appuyée sur un canon de Whitehall. C'était bien étrange de voir son mari et elle se promenant en long et
(1) Journal de Pepysj 26 juin 1662.
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.en large, sans faire attention l'un à l'autre (i). A son arrivée, il ôta son chapeau et elle lui fit un salut très poli. • Puis, après cela, ils ne se regardèrent plus. Seulement, de temps à autre, il prenait Venfant, que la nourrice tenait dans ses bras, et le dodelinait. Un petit incident. Un échafaudage au-dessous de nous menaça de crouler et nous craignions un accident qui n'eut pas lieu, mais elle fut la seule de toutes les grandes dames qui courut en bas, parmi la populace, pour savoir ce qui était arrivé, et prit soin d'un enfant qui s'était fait mal. Je trouve cela très généreux de sa part. Dans la suite, un personnage botté et épe- .ronné eut avec elle une longue conversation. Comme elle était coiffée en cheveux, elle prit son chapeau qui était très simple, se le mit sur la tête pour se garer du vent, et cela lui allait très bien comme tout ce qu'elle porte. Je partis sans pouvoir me rassasier de la voir (2) ». Quelques jours plus tard, chez la reine-mère, Pepys revoit Milady Castlemaine ; il la compare à Catherine et elle lui plaît davantage. Quant à la reine Marie, « c'est, constate-t-il, une très petite personne, fort ordinaire, qui n'a rien, pas plus dans son extérieur que dans ses vêtements qui la distingue d'une autre femme. » Elle a ramené de France, d'où elle arrive, M. Crofts, James, le bâtard du roi, né à Rotterdam de Lucy Walters, le 7 avril 1649 et qu'on appelle Crofts parce qu'il a été élevé en France par les soins de ce lord. C'est un jeune garçon élégant, et plein de vivacité. Il ne quitte pas Lady Castlemaine. On dit, d'ailleurs, que les deux reines sont très bonnes pour lui. Henriette- Marie a surveillé ses études chez les Jésuites, car James Crofts a été élevé par les Révérends Pères. « Le roi et la reine étaient très gais. Le roi voulait faire croire à sa mère que la reine était enceinte et affirmait que celle-ci le lui avait dit. A cela la jeune reine répondit : « Vous mentez » . Comme ce sont les premiers mots d'anglais qu'elle prononce, le roi s'en divertit
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(1) M. Palmer était revenu de France après an court séjour.
(2) Journal de Pepys, 23 août 1662.
LE RÈGNE DE BARBARA PALMER
La Signature de la paix à Bréda (24 août 1667). (rravure hollandaise non signée. (Bibliothèque Nationale. Collection Hennin.)
et voulut lui faire dire en anglais : « Avoue et sois pendu (i). »
Quelques semaines plus tard, Lady Castlemaine accompagne la reine à sa chapelle qu'on vient de terminer d'édifier à Saint-James. Elles arrivent en voiture à travers le parc. « Je me faufilai après elle, rapporte notre badaud, et parvins jusqu'à son cabinet. Là, j'admirai le bel autel, les ornements, les moines dans leurs vêtements et les prêtres portant leur belle livrée. J'entendis leur musique. Il n'y avait pas d'accord (2). » En novembre, voici qu'on annonce que Lady Castlemaine est de nouveau enceinte des œuvres du roi. « Quoique son mari, tout en demeurant en ville, ne
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(1) Journal de Pepys^ 7 septembre 1662.
(2) Journal de Pepys, 21 septembre 1662.
LE REGNE DE BARBARA PALMER
en large, sans faire attention l'un à l'autre (i). A son arrivée, il ôta son chapeau et elle lui fit un salut très poli. Puis, après cela, ils ne se regardèrent plus. Seulement, de temps à autre, il prenait l'enfant, que la nourrice tenait dans ses bras, et le dodelinait. Un petit incident. Un échafaudage au-dessous de nous menaça de crouler et nous craignions un accident qui n'eut pas lieu, mais elle fut la seule de toutes les grandes dames qui courut en bas, parmi la populace, pour savoir ce qui était arrivé, et prit soin d'un enfant qui s'était fait mal. Je trouve cela très généreux de sa part. Dans la suite, un personnage botté et épe- .ronné eut avec elle une longue conversation. Gomme elle était coiffée en cheveux, elle prit son chapeau qui était très simple, se le mit sur la tête pour se garer du vent, et cela lui allait très bien comme tout ce qu'elle porte. Je partis sans pouvoir me rassasier de la voir (2) ». Quelques jours plus tard, chez la reine-mère, Pepys revoit Milady Castlemaine ; il la compare à Catherine et elle lui plaît davantage. (;)uant à la reine Marie, « c'est, constate-t-il, une très petite personne, fort ordinaire, qui n'a rien, pas plus dans son extérieur que dans ses vêtements qui la distingue d'une autre femme. » Elle a ramené de France, d'où elle arrive, M. Crofts, James, le bâtard du roi, né à Rotterdam de Lucy Walters, le 7 avril 1649 ^^ qu'on appelle Crofts parce qu'il a été élevé en France par les soins de ce lord. C'est un jeune garçon élégant, et plein de vivacité. Il ne quitte pas Lady Castlemaine. On dit, d'ailleurs, que les deux reines sont très bonnes pour lui. Henriette- Marie a surveillé ses études chez les Jésuites, car James Crofts a été élevé par les Révérends Pères. « Le roi et la reine étaient très gais. Le roi voulait faire croire à sa mère que la reine était enceinte et affirmait que celle-ci le lui avait dit. A cela la jeune reine répondit : « Vous mentez ». Comme ce sont les premiers mots d'anglais qu'elle prononce, le roi s'en divertit
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(1) M. Palmer était revenu de France après un court séjour.
(2) Journal de Pepys, 23 août 1662.
La Signature de la paix à Brèda (24 août 1667). (Irtiviire hollandaise non signée. (Ribliothèqiio Nationale. Collection Hennin.)
et voulut lui faire dire en anglais : « Avoue et sois pendu (i). »
Quelques semaines plus tard, Lady Castlemaine accompagne la reine à sa chapelle qu'on vient de terminer d'édifier à Saint-James. Elles arrivent en voiture à travers le parc. « Je me faufilai après elle, rapporte notre badaud, et parvins jusqu'à son cabinet. Là, j'admirai le bel autel, les ornements, les moines dans leurs vêtements et les prêtres portant leur belle livrée. J'entendis leur musique. Il n'y avait pas d'accord (2). » En novembre, voici qu'on annonce que Lady Castlemaine est de nouveau enceinte des œuvres du roi. (c Quoique son mari, tout en demeurant en ville, ne
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(1) Journal de Pepys, 7 septembre 1662.
(2) Journal de Pepys, 21 septembre 1662.
mange ni ne couche avec elle, on lui mettra Venfant sur le dos (i) », remarque philosophiquement Pepys.
Vers le même temps, la Cour et la Ville commencent à s'entretenir des fredaines du duc d'York. Jacques estime sans doute, en effet, qu'il a fait suffisamment en donnant un rang à la fille du chancelier, et tout l'amour qu'il lui jura jadis est oublié, depuis qu'il a mis sa conscience en repos par la déclaration de son mariage. Tout d'abord, il fait la cour à Mme Carnegy. C'est une galante qui est à la mode. « Sa bonté naturelle ne fit pas beaucoup languir son nouvel amant», observe malicieusement Hamilton. Son mari ne la gêne guère, car il est en Ecosse et il n'en revient qu'à la mort de son père qui lui laisse le nom de Southesk. Le duc d'York est depuis longtemps chez lui chez M™» Carnegy et ce retour du mari lui paraît bien incommode. Talbot, qui revient de Portugal, ne sait rien des choses de Londres. Le duc d'York l'invite à l'accompagner chez la femme à qui il fait la cour, mais il le laisse dans l'antichambre. Southesk, assure la dame, est allé faire un tour aux dogues, aux ours et aux taureaux, spectacles qu'il préfère au théâtre, et il convient de profiter de son absence. On en profite si bien que Talbot s'ennuie dans l'antichambre et se met à la fenêtre pour regarder les passants. Or voici qu'un carrosse s'arrête et Talbot en voit descendre son vieil ami Carnegy qu'il n'a plus revu depuis l'exil en Flandre. « Eh, bonjour, Carnegy, mon vieux cochon, lui dit-il, d'où diable sors-tu qu'on ne t'a plus vu depuis Bruxelles ? Que viens-tu faire ici ? En voudrais-tu, toi aussi, à la Southesk ? Si cela est, mon pauvre ami, tu peux t'en retourner d'où tu viens, car je t'apprendrai que le duc d'York en est amoureux et ma foi, à l'heure où je te parle, il est en train, là-dedans, de lui en dire deux mots. » Et Talbot, en sentinelle ferme sur la consigne, pousse le fâcheux vers l'escalier et le met à la porte de chez lui. Southesk hésite un instant dans la rue, puis
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(1) Journal de Pepys, 3 novembre 1662.
LE RÈGNE DE BARBARA PALMER
remonte en carrosse et quand le duc d'York sort des cabinets de la belle dame, Talbot, qui meurt d'envie de séparer du service qu'il a rendu, fait à son prince un récit qu'il est seul à trouver plaisant. Tel fut l'incident qui mit fin à la liaison du duc d'York et de M"»^ Southesk, interruption fort opportune, car Southesk s'avisait à ce même moment de se venger à la façon du mari de la belle Ferronnière. Il transmit aisément son mal à sa femme, mais le duc d'York avait pris le large et papillonnait autour de Mme Robarts. Elle avait épousé un vieillard avare et ambitieux, mais encore plus prudent. Il n'eut point de repos qu'il n'eût mis les hautes montagnes du pays de Galles entre sa femme et le prince trop galant. Le duc d'York s'en consola en chassant.
Digby, comte de Bristol, qui ménageait au roi des parties de plaisir et de débauche, avait deux belles cousines, M»es Brooke. Il avait essayé d'intéresser le roi à quelqu'une de ces belles personnes. Mais Mme de Castlemaine, qui se croyait sûre de M"e Stewart, ne se souciait pas d'accepter une autre rivale. Elle chercha pouille à Charles II et signifia au comte de Bristol qu'il eût à rengainer ses desseins. Alors M"e Brooke se laissa courtiser, faute de roi, par un prince et les choses eussent été assez loin, si le chevalier Denham, écrivain satirique, qui se plaisait à goguenarder les maris jaloux et les femmes infidèles, ne s'était avisé, à l'âge de soixante-dix-neuf ans, d'épouser M»® Brooke qui n'en avait que dix-huit. Le chevalier Denham avait trop raillé les aventures du mariage pour ne se point méfier et quand on offrit à sa femme le poste de dame du palais de la duchesse, il estima que ce serait trop le payer de son honneur de mari. Tandis qu'il exerçait une surveillance sévère, le duc d'York, d'abord pour rompre les chiens et puis ensuite sérieusement, ébaucha une intrigue avec lady Chesterfield. C'était une des filles de lord Ormond et un des Hamilton lui avait fait la cour. Mais, selon l'expression d'un contemporain, tout respirait à Whitehall les jeux et les plaisirs. Les beautés voulaient charmer et les hommes
ne cherchaient qu'à plaire. Pour arriver plus facilement à Mme de Chesterfield, le duc d'York, qui étudiait la musique avec un guitariste à la mode, Francisco Gorbetta, prit prétexte d'aller s'exercer en compagnie du comte d'Arran, frère de M™e de Chesterfield, qui était logée dans la maison de son père. Un jour, on avait rêvé d'écarter le mari. Un seigneur français qui faisait alors florès à la Cour de Charles II, le chevalier de Grammont, avait composé sur la Sarabande de Francisco un petit poème que frère, sœur et prince avaient répété plus de vingt fois en trio :
Jaloux, que sert tout votre effort?
' " L'amour est trop fort
Et quelque peine, Que Von prenne, Elle est vaine
Et quand deux cœurs, une fois, sont d'accord, Il faut devant vous Cacher ce qu'on fait de plus doux.
On contraint ses plus chers désirs iMais pour les soins De cent témoins En secret on n'aime pas moins.
M. de Chesterfield, roide comme un piquet, résistait à toute cette guitarrerie. Enfin survint un page : la reine, dont il était chambellan, le mandait au palais. Elle donnait audience à sept ou huit ambassadeurs de Moscovie. Sitôt Chesterfield sorti, son beau-frère alla à ses affaires, laissant le prince aux siennes. L'audience des ambassadeurs moscovites terminée, le mari entra chez MH® Stewart sur les pas du duc d'York : puisqu'il était là, point besoin n'était de se presser pour rentrer au logis. La conversation roula, en présence du roi, sur ces ambassadeurs lointains. « Les Moscovites ont tous de belles femmes, dit Crofts, et leurs femmes ont toutes la jambe belle. — Il n'y en a point de si belle que celle de Mii« Stewart », dit le roi (r). La jambe de MUe Stewart était réputée dans toute l'Europe.
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(1) Uamilton. Mémoire8\de Grammont^ ch. IX.
Frances Stewart, duchesse de Richmond.
Portrait 'par Peter Lely, gravé par S. Freeman.
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ne cherchaient qu'à plaire. Pour arriver plus facilement à Mme de Ghesterfield, le duc d'York, qui étudiait la musique avec un guitariste à la mode, Francisco Gorbetta, prit prétexte d'aller s'exercer en compagnie du comte d'Arran, frère de M™«= de Ghesterfield, qui était logée dans la maison de son père. Un jour, on avait rêvé d'écarter le mari. Un seigneur français qui faisait alors florès à la Gour de Gharles II, le chevalier de Grammont, avait composé sur la Sarabande de Francisco un petit poème que frère, sœur et prince avaient répété plus de vingt fois en trio :
Jaloux, que sert tout votre effort?
L'amour est trop fort
Et quelque peine,
Que l'on prenne,
Elle est vaine
Et quand deux cœurs, une fois, sont d'accord.
Il faut devant vous
Cacher ce qu'on fait de plus doux.
On contraint ses plus chers désirs
Mais pour les soins
De cent témoins
En secret on n'aime pas moins.
M. de Ghesterfield, roide comme un piquet, résistait à toute cette guitarrerie. Enfin survint un page : la reine, dont il était chambellan, le mandait au palais. Elle donnait audience à sept ou huit ambassadeurs de Moscovie. Sitôt Ghesterfield sorti, son beau-frère alla à ses affaires, laissant le prince aux siennes. L'audience des ambassadeurs moscovites terminée, le mari entra chez M'ie Stewart sur les pas du duc d'York : puisqu'il était là, point besoin n'était de se presser pour rentrer au logis. La conversation roula, en présence du roi, sur ces ambassadeurs lointains. « Les Moscovites ont tous de belles femmes, dit Grofts, et leurs femmes ont toutes la jambe belle. — Il n'y en a point de si belle que celle de Mii« Stewart », dit le roi (i). La jambe de MUe Stewart était réputée dans toute l'Europe.
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(1) Hamilton. Mëmoires\de Grammont^ ch. IX.
Frances Stewart^ duchesse de Richmond.
Portrait 'par Peler Lely, gravé par b. Freeman.
LE RÈGNE DE BARBARA PALMER
Elle avait eu les honneurs d'une note diplomatique. Dans sa relation d'Angleterre, Courtin, ambassadeur de France, n'avait-il pas noté qu'elle avait la jambe si bien faite que les ambassadeurs qui venaient en Angleterre, allant chez elle par audience, lui demandaient, de la part de leur maître, la grâce de voir sa jambe (i). D'ailleurs, M"» Stewart était tellement persuadée des avantages qu'elle avait par-dessus toutes les autres, elle était si prête à faire la preuve par la démonstration qu'il n'eût pas été difficile, avec un peu d'adresse, de la mettre nue sans qu'elle y fît réflexion (2). Or,siM»« Stewart n'était pas très intelligente, elle était adorablement excitante. En effet, pour soutenir sa cause, elle se mit à remonter ses jupes jusqu'au dessus du genou. Toute l'assistance se plongea dans l'admiration. Seul, le duc d'York se posa en critique. La jambe de Mil* Stewart était trop menue; il préférait une jambe plus grosse et moins longue. Il n'y avait point de salut pour une jambe sans bas vert. Or, M. de Ghesterfield savait parfaitement que sa femme avait la jambe grosse et courte et portait des bas verts. Quand un mari berné cherche un confident, il a toujours des choix exquis. Ghesterfield conta ses soupçons et ses malheurs à Hamilton, le premier des galants de sa femme et servit ainsi à une explication qui les réconcilia. Mais M""*' Denham, furieuse de voir le duc d'York lui échapper, eut soin d'exciter Ghesterfield, qu'Hamilton avait calmé. A de nouvelles confidences Hamilton, dans une crise de jalousie, répondit en engageant Ghesterfield à mener incessamment sa femme à la campagne. On était en plein hiver. Rien n'y fit. Il installa la petite Ghesterfield dans une maison des champs pour passer les fêtes de Noël, laissant ainsi le champ libre à Mm« Denham. Le vieux Denham n'avait pas de maison de campagne où cacher la femme qu'il surveillait, mais il avait voyagé en Italie. On y connaît des moyens plus sûrs
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(1) Archives des AfiPaires étrangères : Angleterre, GXXXYII.
(2) Hamilton. Mémoires de Grammont,
d'éviter les accidents du mariage. Une tasse de chocolat, habilement assaisonnée, mit fin aux intrigues de la coquette. Denham, menacé d'être lapidé par la populace de son quartier, ordonna un enterrement magnifique, où Ton distribua au peuple quatre fois plus de vin brûlé qu'on n'en avait bu dans aucun enterrement en Angleterre (i). Gela le réconcilia avec la populace.
Tels étaient les jeux et les propos de la Gour de Gharles II sur la fin de l'année 1662. Le roi, alors en très bonne santé, se rendait très souvent à Hampton Gourt et en revenait le jour même, mais sans suite et comme un simple particulier, Le matin, il prenait de l'exercice dans la cour du tennis, lorsqu'il ne sortait pas à cheval. S'il montait, il était en selle dès la pointe du jour et rentrait avant midi. Il aimait beaucoup le jardinage, s'intéressait aux plantations de la grande avenue de tilleuls, rayonnant de la façade Est du palais et au creusement du grand canal qui s'étend de cette façade jusqu'au fleuve (2).
Buckingham, Killegrew et Berkeley, comte de Falmouth, étaient alors ses favoris. Un jour, Thomas Killegrew entra chez le roi en costume de pèlerin. « — Où vas-tu ? lui demanda le roi. — En enfer, répondit Killegrew. Je vais demander au diable qu'il envoie Olivier Cromwell se charger des affaires de l'Angleterre. Gar, pour ce qui est de son successeur, il est toujours occupé d'autres affaires que de celles-là (3) ». Gharles II se mit à rire, mais il ne s'en occupa pas davantage des affaires de l'État. Le comte de Falmouth devait sa haute position au rôle d'entremetteur qu'il jouait entre le roi et lady Gastlemaine. Il faisait grande dépense, avait belle humeur et tour d'esprit libertin. Quand il fut tué au combat naval de Lowestoft, le roi et surtout le duc d'York le pleurèrent ; lady Gastlemaine le regretta aussi. G'était un confident, et peut-être plus. Des
(1) Hamilton. Mémoires de Grammont, ch. IX.
(2) Law. A Short hisiory of Hampton Court, p. 261.
(3) Jesse. Memoirs, III, 337.
LA COUR GALANTE pE CHARLES II
amis de Pepys prétendaient l'avoir vue se mettre au lit, tandis que Berkeley était dans sa chambre (i).
Elle était plus en faveur que jamais dans l'année 1 663. Le roi soupait chez elle au moins quatre fois par semaine et restait avec elle jusqu'au matin, mais il revenait toujours se coucher dans la chambre de la reine. Les sentinelles du palais voyaient ces promenades nocturnes et en jasaient. En février i663, on fit beaucoup de bruit d'une fantaisie de la favorite. Elle avait engagé M^e Stewart à un divertissement. Il lui passa par la tête un caprice qu'elle prétendit contenter. Elle voulut être mariée avec M'Je Stewart. La noce se fit avec l'anneau, les cérémonies religieuses, les rubans et l'enlèvement de la jarretière. De méchantes langues prétendirent que lady Castlemaine, qui jouait le rôledel'épouseur, se leva pour céder sa place au roi (2). Mais ce n'était là qu'un cancan. Miss Stewart, experte demivierge, allumait et ne flambait jamais. La parodie des rites anglicans avait très fort choqué les esprits religieux et notamment le chancelier Glarendon. On disait que lady Gastlemaine avait étudié l'Arétin, qu'elle poussait le roi à ne s'occuper que de ses plaisirs et à avoir en horreur tout ce qui demandait du travail. En fait, tous ceux qui prétendaient lui donner de sages conseils étaient bien vite délaissés pour les conseillers de plaisir qui l'entouraient. Le chancelier, traité de vieux radoteur, ne faisait plus aucune figure à la Cour (3). Il était même rare qu'il parlât au roi. Quand le duc de Buckingham, qui était devenu l'un des principaux favoris, le voyait paraître, il disait au roi : « Sire, voici notre maître d'école qui vient ». D'autres fois, dans la chambre même du roi, il prenait le soufflet du foyer et le portait avec une gravité ridicule, caricaturant le chancelier portant le grand sceau. Alors le colonel
(1) Barnet. Histoire d'Angleterre, t. I, p. 16 décembre 1663.
(2) Journal de Pepys, 9 février 1663.
(3) Journal de Pepys, 15 mai 1663.